Aviva Siegel a choisi de parler. Là où d’autres se sont tus, là où sa propre grand-mère — rescapée de la Shoah — avait gardé le silence toute sa vie, la survivante du 7 octobre a pris la plume. Son livre, intitulé L’essentiel, c’est de se lever pour un nouveau matin, a été lancé ce week-end lors d’une cérémonie chargée d’émotion. Un livre né d’une urgence intérieure, écrit carnet après carnet, dans les semaines qui ont suivi son retour de captivité.
Aviva Siegel avait été enlevée le 7 octobre 2023 avec son mari Keith depuis leur maison du kibboutz Be’eri. Elle est revenue après 51 jours aux mains du Hamas. Keith, lui, est resté en captivité bien plus longtemps. Ces 51 jours, elle les a portés en elle — et elle a décidé de ne pas les garder pour elle seule.
Cinq carnets, un livre
Dès son retour, Aviva Siegel a commencé à écrire. Pas comme une thérapie planifiée. Comme une nécessité viscérale. Elle portait partout avec elle un sac avec un cahier et un stylo. Elle s’asseyait et écrivait dès qu’elle le pouvait, laissant les mots se déverser sur les pages. Ce n’est qu’au cinquième carnet qu’elle a réalisé que l’ensemble formait un livre. Une œuvre à part entière. Un témoignage historique, dit-elle, qui devra être préservé pour toujours.
Dans une vidéo partagée par sa fille Shir sur les réseaux sociaux, Aviva Siegel s’adresse directement à ses futurs lecteurs : ceux qui ouvriront le livre se retrouveront à rire, à pleurer, et à éprouver une haine profonde pour ceux qui leur ont fait ce qu’ils leur ont fait. Pas de filtre. Pas d’édulcoration. La réalité de ce qu’elle a vécu, reconstituée dans ses moindres détails, pour que personne ne puisse se contenter d’imaginer. Pour que chacun puisse ressentir, aussi près que possible, ce que c’est que d’être là-bas.
Le choix de parler, contre le silence hérité
La décision de publier ce livre est aussi un acte de rupture familiale et mémorielle. Aviva Siegel a grandi dans l’ombre d’un silence : sa grand-mère, dont la famille entière avait péri dans la Shoah, n’avait jamais parlé. Elle avait choisi de se taire. Aviva, elle, a fait le choix inverse. Sa phrase est simple et définitive : « Ma famille a été anéantie dans la Shoah et elle a choisi de se taire. Moi, j’ai choisi de témoigner. »
Ce parallèle entre les deux traumatismes — la Shoah et le 7 octobre — traverse implicitement l’ensemble de sa démarche. Témoigner, c’est refuser l’effacement. C’est insister pour que les générations futures sachent non pas ce qui s’est passé de manière abstraite, mais comment c’était de vivre ces heures, ces jours, ces nuits.
La communauté des survivantes
Parmi les nombreuses réactions qui ont afflué sur les réseaux sociaux — « tu es une lionne », « merci de nous partager tout ça », « quel courage d’avoir écrit ce témoignage » — une a retenu l’attention. Yarden, la sœur de Romi Gonen, elle-même survivante du 7 octobre, a répondu en évoquant un souvenir précis : elle se rappelle avoir vu Aviva Siegel écrire pendant des heures entières lors d’un vol, concentrée sur ses carnets, alors qu’elles se rendaient ensemble à une délégation consacrée précisément à ces mêmes sujets. Elle attend de lire ses mots.
Ce témoignage croisé entre survivantes dit quelque chose de fort sur la nature de ce livre. L’essentiel, c’est de se lever pour un nouveau matin n’est pas seulement un récit personnel. C’est un maillon dans une chaîne de mémoire collective — celle de femmes qui ont survécu à l’impensable et qui ont décidé, chacune à leur façon, de ne pas laisser l’histoire se refermer sur elle-même dans le silence.
La traumatisme, dit Aviva Siegel, ne disparaîtra pas. Ce qu’elle a vécu l’accompagnera. Mais elle est convaincue de pouvoir en mettre une partie de côté — et d’avancer. Un matin après l’autre.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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