Gadi Eizenkot, aujourd’hui à la tête du parti Yesher, a affirmé lors d’une conférence consacrée à l’égalité que Benyamin Netanyahou se serait opposé, alors qu’il était Premier ministre, à la nomination de Sharon Afek au poste d’avocat général militaire — Afek étant devenu le premier général ouvertement gay de l’histoire de Tsahal. Selon le récit d’Eizenkot, Netanyahou aurait exprimé des réserves, avant que la nomination soit finalement confirmée.
Cette anecdote, si elle est exacte, mérite d’être replacée dans son contexte. Car les faits publics et vérifiables racontent une autre histoire, ou du moins une histoire plus complexe que celle suggérée par une accusation d’homophobie. En décembre 2022, quelques mois après la formation du gouvernement Netanyahou, c’est Amir Ohana — député du Likoud, le parti même de Netanyahou, et l’un de ses proches — qui a été élu président de la Knesset. Ohana devenait ainsi la troisième personnalité de l’État, selon le protocole, derrière le président de la République et le Premier ministre lui-même. Il avait déjà été, en 2019, le premier ministre ouvertement homosexuel de l’histoire d’Israël, nommé précisément par Netanyahou au ministère de la Justice, avant de diriger le ministère de la Sécurité intérieure.
Lors de son discours d’investiture à la présidence de la Knesset, Ohana a déclaré, en présence de son conjoint et de leurs deux enfants, que le Parlement israélien représente « tous les citoyens d’Israël — Juifs, Arabes, Druzes, Circassiens, laïcs, religieux, ultra-orthodoxes, séfarades, hétéros, ashkénazes, LGBT ». Un moment marquant, largement couvert par la presse internationale, qui s’est déroulé sous une coalition dirigée par Netanyahou et avec le soutien de la majorité parlementaire qu’il conduit.
Cette réalité ne permet pas, à elle seule, de confirmer ou d’infirmer l’épisode précis relaté par Eizenkot concernant la nomination de Sharon Afek — un désaccord ponctuel, à supposer qu’il ait eu lieu, ne se laisse pas mécaniquement réduire à une position idéologique globale, et inversement. Mais elle invite à la prudence face à une accusation d’homophobie portée de façon générale contre le Premier ministre : un dirigeant dont le parti a porté au perchoir de la Knesset le premier élu ouvertement gay de l’histoire du pays, et qui l’avait lui-même nommé ministre quelques années plus tôt, ne correspond pas simplement au portrait qu’on voudrait parfois en dresser.
Il convient néanmoins d’être honnête sur la complexité du tableau : la coalition formée par Netanyahou fin 2022 comptait aussi le parti Noam, ouvertement hostile aux personnes LGBTQ, dont le chef Avi Maoz s’était vu confier une administration dédiée à « l’identité juive ». Une partie de la presse israélienne avait d’ailleurs suggéré à l’époque que la nomination d’Ohana visait précisément à contrebalancer, aux yeux de l’opinion, les critiques suscitées par cette alliance. Le tableau politique israélien sur ces questions n’est donc ni univoque ni simple à résumer en une punchline de meeting — ce qui devrait inciter à la mesure des deux côtés du débat, plutôt qu’à des anathèmes politiques instrumentalisés en pleine période électorale.






