Ce que les responsables militaires israĂ©liens n’avaient encore jamais dit ouvertement vient d’ĂŞtre confirmĂ© : des centaines de combattants de la force d’Ă©lite Radwan du Hezbollah opèrent actuellement Ă proximitĂ© de la frontière nord d’IsraĂ«l. Cette première reconnaissance publique de Tsahal, publiĂ©e ce mercredi 18 mars 2026, change la lecture de la menace au nord — et rĂ©vèle Ă quel point les Ă©valuations prĂ©cĂ©dentes avaient sous-estimĂ© les capacitĂ©s rĂ©siduelles de l’unitĂ© la plus redoutĂ©e du Hezbollah.
Radwan : l’Ă©lite qui ne s’est jamais dissoute
La force Radwan est l’unitĂ© d’Ă©lite du Hezbollah entraĂ®nĂ©e pendant des annĂ©es pour une seule mission : envahir le nord d’IsraĂ«l, progresser jusqu’Ă la route Acre-Safed, s’emparer de villages, tuer et enlever. Elle constituait le bras offensif terrestre de l’organisation. Depuis le dĂ©but de l’opĂ©ration actuelle, l’armĂ©e israĂ©lienne avait laissĂ© entendre que cette unitĂ© avait Ă©tĂ© sĂ©vèrement frappĂ©e — et que sa capacitĂ© d’action Ă©tait fortement dĂ©gradĂ©e. Les derniers chiffres font Ă©tat de quelque 200 combattants de cette unitĂ© d’Ă©lite Ă©liminĂ©s depuis le dĂ©but des opĂ©rations, notamment plusieurs commandants de haut rang, dont le chef du secteur sud du Liban au sein de l’organisation.
Mais malgrĂ© ces pertes, l’estimation actuelle est que près d’un millier de combattants Radwan restent dĂ©ployĂ©s au sud du Litani — le fleuve que le cessez-le-feu Ă©tait censĂ© transformer en ligne rouge. Ce que l’armĂ©e admet dĂ©sormais publiquement, c’est que des centaines d’entre eux se trouvent non loin de la frontière avec IsraĂ«l, dans une configuration de guĂ©rilla dĂ©centralisĂ©e et agile.
Une guerre de chasse aux petites cellules
La doctrine de Radwan a changĂ©. Il ne s’agit plus d’une force organisĂ©e en attaque frontale. Les cellules de guĂ©rilla de Radwan et d’autres unitĂ©s du Hezbollah sont descendues vers le sud Ă©quipĂ©es d’armes antichar, de mortiers et, dans une moindre mesure, de lance-roquettes Ă courte portĂ©e. Ce sont des unitĂ©s lĂ©gères — observateurs, collecteurs de renseignement, commandants de tir — qui harcèlent les forces israĂ©liennes et cherchent Ă toucher des blindĂ©s.
Tsahal mène dĂ©sormais une vĂ©ritable chasse Ă ces cellules descendues vers le sud depuis le centre et le nord du Liban, avec une Ă©valuation interne selon laquelle plusieurs dizaines d’entre elles ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© neutralisĂ©es ou mises hors de combat. Selon des officiers supĂ©rieurs du commandement nord, l’emprise territoriale est bonne et le rythme de destruction de ces cellules est Ă©levĂ©.
Ce qui rend la situation plus complexe, c’est que l’ennemi s’adapte. MalgrĂ© plus d’un an de frappes aĂ©riennes intenses qui ont durement touchĂ© le dispositif du Hezbollah, un nombre significatif de capacitĂ©s que l’on croyait dĂ©truites sont en rĂ©alitĂ© encore opĂ©rationnelles. Le Hezbollah reste Ă©quipĂ© d’une gamme de missiles antichar avancĂ©s, dont des versions de missiles Kornet, Metis et Konkours, ainsi que des versions amĂ©liorĂ©es par l’Iran.
L’aveu d’une sous-estimation
La rĂ©vĂ©lation du maintien de plusieurs centaines de combattants Radwan Ă la frontière nord constitue implicitement la reconnaissance d’une erreur d’Ă©valuation. MalgrĂ© deux annĂ©es d’opĂ©rations, il y a eu une sous-estimation du renseignement concernant le Hezbollah et l’analyse de ses mĂ©thodes de fonctionnement en cas de guerre ouverte. L’armĂ©e avait prĂ©sentĂ© Radwan comme une force dĂ©capitĂ©e, incapable d’initiative. Le terrain raconte une histoire diffĂ©rente.
Ce constat rappelle douloureusement les leçons du 7 octobre 2023 : sous-estimer l’adversaire, prĂ©sumer de sa faiblesse sur la foi de bilans de frappes, reste l’un des pièges les plus dangereux de la guerre moderne. Tsahal reconnaĂ®t dĂ©sormais que le Hezbollah a reculĂ© au nord du Litani, mais il identifie dans ce retrait une transformation de posture — l’unitĂ© Radwan, affaiblie et privĂ©e de ses commandants, a Ă©tĂ© reconvertie vers des missions dĂ©fensives et de harcèlement, plutĂ´t qu’abandonnĂ©e.
Le nord, théâtre d’une guerre longue
Depuis le dĂ©but des opĂ©rations, plus de 400 combattants du Hezbollah ont Ă©tĂ© Ă©liminĂ©s, dont environ 115 appartenant Ă la force Radwan revenue opĂ©rer dans le sud. Des centaines de lanceurs et de moyens de combat ont Ă©tĂ© dĂ©truits. Le dĂ©placement de plus d’un million de Libanais du sud du pays, de la Bekaa et de la banlieue sud de Beyrouth permet dĂ©sormais Ă Tsahal de mener des opĂ©rations ciblĂ©es depuis les airs, la terre et la mer.
Pourtant, sur les quelque 150 000 missiles dont disposait le Hezbollah au dĂ©clenchement des hostilitĂ©s, il en resterait encore environ 15 000, dont la majoritĂ© sont des roquettes Ă courte portĂ©e. Trois divisions opèrent actuellement dans le secteur, dans le cadre d’un effort militaire qui s’Ă©tend sur une vingtaine de zones diffĂ©rentes au sud du Liban.
Quarante-quatre ans après l’opĂ©ration « Paix en GalilĂ©e », l’armĂ©e israĂ©lienne revient au modèle de la zone de sĂ©curitĂ©, avec 20 points d’ancrage blindĂ©s en territoire libanais, dans l’objectif de repousser la force Radwan et la menace antichar hors de portĂ©e des localitĂ©s du nord. La question demeure ouverte : cet effort militaire aboutira-t-il cette fois Ă un arrangement politique ? Une question sans rĂ©ponse certaine — mais que le retour de Radwan Ă la frontière nord rend dĂ©sormais urgente.
Source : Maariv, 18 mars 2026
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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