« Tout est faux — du début à la fin » : la sœur de Shoshana Strook brise le silence

Pendant que la guerre fait rage et que les missiles tombent sur Dimona et Eilat, une autre douleur occupe ce samedi soir une partie du cĹ“ur israĂ©lien : celle d’une famille en deuil qui regarde impuissante le web réécrire la vie de leur proche disparue. Racheli Orbach, sĹ“ur de Shoshana Strook, fille de la ministre Orit Strook, dĂ©cĂ©dĂ©e rĂ©cemment, a publiĂ© ce soir un texte d’une franchise dĂ©chirante — une mise au point sur ce que les rĂ©seaux sociaux ont fait Ă  la mĂ©moire de sa sĹ“ur.

« Ils lui ont inventé une vie entière »

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Orbach s’est exprimĂ©e sur la page WikipĂ©dia ouverte au nom de sa sĹ“ur et sur les dĂ©tails biographiques qui y figurent, qu’elle affirme ĂŞtre très Ă©loignĂ©s de la rĂ©alitĂ©. « Sur le rĂ©seau, des milliers de personnes pensent connaĂ®tre ma sĹ“ur, alors qu’ils ont mĂŞme inventĂ© sa date de naissance de toutes pièces », a-t-elle Ă©crit avec douleur. « Le jour, le mois, l’annĂ©e — tout est faux. Seule la date de dĂ©cès est correcte, et je ne comprends toujours pas comment il se fait qu’elle soit juste. »

Elle s’en prend Ă  la tendance des internautes et des militants Ă  s’arroger un savoir mĂ©dical et personnel sur Shoshana : « Ils lui inventent une vie complète. Ils lui inventent des diagnostics, ils lui inventent des traitements. Peu importe maintenant, nous ne fĂŞterons plus son 39e anniversaire. La date de naissance ne figurera dĂ©sormais que sur la pierre tombale. »

Un appel à la prudence, formulé dans la douleur

Ce qui donne Ă  ce texte une portĂ©e qui dĂ©passe le deuil personnel, c’est la conclusion que Racheli Orbach adresse au public et aux influenceurs qui ont utilisĂ© l’histoire de sa sĹ“ur Ă  des fins politiques ou sociales sans vĂ©rifier les faits. « Peut-ĂŞtre qu’un jour vous apprendrez que vous ne savez pas. Peut-ĂŞtre qu’un jour vous ferez attention aux vies des autres. Peut-ĂŞtre qu’un jour vous collecterez des informations avant de rendre un verdict, au lieu de croire n’importe quoi. »

Elle conclut par une phrase qui dit tout : « Ma sœur — ça ne la sauvera plus. »

Ce que ce texte révèle de plus large

L’affaire Shoshana Strook a agitĂ© IsraĂ«l bien au-delĂ  du cercle familial. Sa mort a Ă©tĂ© instrumentalisĂ©e dans des dĂ©bats politiques et mĂ©dicaux, sa vie racontĂ©e et rĂ©interprĂ©tĂ©e par des milliers de personnes qui ne l’ont jamais connue. Ce phĂ©nomène — la mort comme matière première du dĂ©bat numĂ©rique — n’est pas nouveau. Mais quand la sĹ“ur de la dĂ©funte doit publiquement corriger la date de naissance inscrite sur Wikipedia, on touche Ă  quelque chose d’Ă  la fois absurde et profondĂ©ment indĂ©cent.

Le texte de Racheli Orbach rappelle que derrière les titres et les dĂ©bats enflammĂ©s se tient une famille qui a perdu ce qu’elle avait de plus cher, et qui doit maintenant faire face non seulement au deuil, mais aussi Ă  la dĂ©formation de l’image de leur ĂŞtre cher dans l’espace public.

Dans une nuit oĂą IsraĂ«l compte ses blessĂ©s Ă  Dimona, Ă  Zarzir, Ă  Eilat, et pleure un jeune homme de 18 ans tombĂ© en Samarie, la voix de Racheli Orbach nous rappelle qu’il existe aussi une autre forme de violence — celle des mots lancĂ©s sans vĂ©rification, des diagnostics posĂ©s sans connaissance, des vies racontĂ©es sans permission.