Il y a une différence d’un mètre et demi entre la vie et la mort. Peut-être deux mètres. La distance entre la cage d’escalier d’un vieil immeuble de Bnei Brak et la porte de son abri. Ce matin du 1er avril 2026, un père et sa fille de 10 ans n’ont pas franchi ces deux mètres. Et ce choix — si l’on peut appeler ça un choix — a failli coûter la vie à l’enfant.
Le missile fractionné tiré ce matin depuis l’Iran a frappé vers 8h00 plusieurs zones du Gush Dan, dont Bnei Brak et Tel Aviv. La frappe a causé des blessures à 14 personnes à Bnei Brak et des dommages importants aux biens et aux bâtiments. Parmi les blessés, une fillette de 10 ans hospitalisée à l’hôpital Sheba à Tel HaShomer dans un état critique, les médecins se battant pour sa vie.
La première enquête menée sur le terrain par la police du district de Dan, les pompiers et le Commandement du front intérieur révèle que la fillette et son père se trouvaient dans un ancien bâtiment équipé d’un abri. Au moment où l’alerte a retenti, le père et sa fille ne sont pas descendus à l’abri comme l’avaient fait une partie des autres habitants, mais sont restés dans la cage d’escalier. La munition fragmentée a frappé le bâtiment, et les deux ont été touchés par le souffle qui a détruit une partie des murs intérieurs.
Ce détail mérite qu’on s’y arrête. L’immeuble avait un abri. La protection existait. Elle était accessible. Et pourtant, à l’instant de l’alerte, le père a fait ce que des millions d’Israéliens font depuis trente-trois jours par épuisement, par calcul approximatif, par la fatigue de toujours descendre, toujours courir, toujours interrompre : il s’est arrêté dans la cage d’escalier, qui semblait suffisamment protégée. Elle ne l’était pas.
La fillette a été grièvement blessée par le souffle et évacuée par des ambulanciers du Magen David Adom. Son père, qui a vu sa fille blessée gravement, a subi un choc et a perdu connaissance. Il souffre lui aussi des effets du souffle et son état est défini comme intermédiaire.
Un responsable ayant participé à l’enquête a raconté que lors de leur activité sur place, une nouvelle alerte a retenti et les équipes sont descendues à l’abri du bâtiment : « Nous avons vu que l’abri sauve des vies. Dans ce cas précis, la cage d’escalier n’a pas réussi à empêcher le drame. »
La formulation est froide, administrative, précise. Et elle dit tout. L’abri sauve des vies. La cage d’escalier n’a pas réussi à empêcher le drame. Ce n’est pas une critique — c’est un constat que des enquêteurs ont établi en marchant dans les gravats, en regardant les murs arrachés, en comprenant la trajectoire du souffle.
Dans d’autres zones de Bnei Brak, une femme de 36 ans en état intermédiaire avec une blessure par éclat et son fils de 13 ans — dont l’état s’est amélioré après avoir été initialement défini comme grièvement blessé — ont été évacués à l’hôpital Beilinson. Parallèlement, des équipes de pompiers et de secours ont agi sur un foyer où un éclat a frappé des bonbonnes de gaz provoquant une fuite, et ont effectué des fouilles dans des bâtiments où les étages supérieurs avaient subi des destructions pour exclure la présence de personnes piégées.
Au sein du système de défense, il avait été estimé à l’avance que les tirs allaient s’intensifier à l’approche de la fête de Pessah, et depuis les premières heures du matin une succession d’alertes a retenti dans de larges zones du pays.
L’abri sauve des vies. Ce n’est pas un slogan. Ce matin à Bnei Brak, c’est une équation que les enquêteurs ont tracée dans les décombres : ceux qui sont descendus à l’abri sont indemnes. Le père et sa fille qui s’en sont arrêtés à la cage d’escalier — l’un inconscient, l’autre entre la vie et la mort.
Il y a trente-trois jours que les alertes retentissent. Il y a trente-trois jours que le Commandement du front intérieur répète la même consigne, celle qui n’a pas changé, celle dont personne ne devrait avoir besoin qu’on la répète une troisième fois : quand l’alerte sonne, on descend à l’abri. Pas à mi-chemin. Pas dans la cage d’escalier. À l’abri.
Ce matin, une fillette de 10 ans est dans le service de réanimation de Sheba. Son père a vu sa fille s’effondrer et a perdu connaissance à son tour. Ils avaient un abri à deux mètres. Et la prochaine alerte sonnera peut-être ce soir, pendant le seder.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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