L’information que le Shin Bet avait jusqu’ici gardée sous silence vient d’être levée par la censure. La « personnalité de haut rang » que les services iraniens avaient chargé Ami Gaïdrov de neutraliser avec les explosifs fabriqués dans son appartement de Haïfa n’était autre que l’ancien Premier ministre Naftali Bennett. C’est la chef du desk judiciaire d’i24NEWS, Lee Ayash, qui publie l’information ce jeudi 9 avril 2026, après autorisation des services de sécurité.
La cible iranienne était Naftali Bennett — c’est le fait qui transforme cette affaire d’espionnage en tentative d’assassinat politique planifiée contre un ancien chef de gouvernement israélien, commanditée depuis Téhéran.
Ce que la levée de la censure révèle
Depuis l’annonce de l’arrestation de Gaïdrov, les communiqués officiels du Shin Bet et de la police évoquaient une « personnalité de haut rang » sans la nommer. La pratique est courante dans les affaires sécuritaires sensibles — protéger l’identité de la cible le temps que l’enquête avance et que les risques résiduels soient évalués. Ce jeudi, l’autorisation de publication est donnée : selon l’évaluation des services de sécurité, les explosifs produits dans l’appartement de Haïfa étaient destinés à frapper Naftali Bennett.
Bennett, qui avait pris la parole la veille au soir pour critiquer vertement la gestion de la guerre par Netanyahou et s’était positionné explicitement comme candidat à la succession, apprend donc simultanément que les Iraniens avaient mis sa tête à prix — et que leur réseau de recrutement avait trouvé sur le sol israélien un exécutant prêt à passer à l’acte pour 70 000 shekels.
Le profil de l’opération iranienne recadré
La révélation de l’identité de la cible change la lecture de l’ensemble du dossier. Il ne s’agissait pas d’une mission de renseignement générique — photographier le port de Haïfa, localiser des sites de chutes de missiles, installer une caméra de surveillance. Ces éléments existaient bien, mais ils s’inscrivaient dans un cadre opérationnel plus ambitieux : éliminer physiquement une figure politique israélienne de premier plan.
Naftali Bennett n’est pas n’importe quelle cible. Il est ancien Premier ministre, fondateur et dirigeant d’un mouvement politique, figure centrale du débat israélien sur la guerre et l’après-guerre. Son élimination aurait constitué un acte de guerre hybride d’une gravité sans précédent — un assassinat politique commandité par un État étranger sur le sol israélien, comparable dans ses implications aux pires épisodes de terrorisme d’État de l’histoire contemporaine.
Chronologie du réseau : d’août 2025 à l’arrestation
Le tableau d’ensemble de l’opération iranienne est désormais complet. Le contact entre Gaïdrov et son opérateur iranien a débuté en août 2025 — soit plusieurs mois avant le déclenchement de l’opération « Rugissement du Lion ». Pendant cette période, Gaïdrov a exécuté de multiples missions contre rémunération, accumulant au total environ 70 000 shekels versés principalement via des portefeuilles numériques. Il a acheté des téléphones dédiés, loué un appartement à Haïfa pour la fabrication des explosifs, documenté son travail en photos et vidéos envoyées à son commanditaire comme preuves d’exécution.
Il a également recruté dans son entourage : Sergei Libman et Eduard Choubtiouk, tous deux résidents du Nord, ont été arrêtés pour avoir aidé à l’achat de matières premières, à la dissimulation des explosifs, et à un test d’efficacité du matériau produit. L’opération iranienne avait donc réussi à constituer un réseau local autonome, capable d’agir sans contact physique avec des agents iraniens sur le sol israélien — le modèle opérationnel que Téhéran perfectionne depuis plusieurs années.
Bennett dans le viseur iranien : une logique politique
Pourquoi Bennett ? La question mérite d’être posée. L’ancien Premier ministre est une cible politique d’un profil particulier : ni en exercice du pouvoir, ni dans l’opposition classique, mais potentiellement en mesure de le reconquérir. Il incarne une droite sécuritaire pragmatique, capable de coaliser un électorat large, et il s’est positionné explicitement contre la gestion de la guerre par Netanyahou. Pour Téhéran, éliminer une telle figure en pleine période de guerre aurait servi plusieurs objectifs simultanément : frapper psychologiquement la société israélienne, déstabiliser le paysage politique, et démontrer la capacité des services iraniens à agir au cœur même d’un État en guerre.
L’échec de cette opération — dû au travail du Shin Bet et de Lahav 433 — est donc aussi une victoire dans la guerre des nerfs que Téhéran mène en parallèle des opérations militaires. Une victoire dont l’ampleur n’apparaît pleinement qu’aujourd’hui, avec la levée de la censure sur le nom de la cible.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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