Réseau iranien en Israël : un attentat préparé dans un appartement de Haïfa contre une haute personnalité

Un jeune habitant de Haïfa de 22 ans fabriquait des explosifs dans un appartement loué, sur ordre direct des services de renseignement iraniens, dans le but de neutraliser une personnalité israélienne de haut rang. L’affaire, révélée ce jeudi 9 avril 2026 dans un communiqué conjoint du Shin Bet et de la police israélienne, illustre la profondeur de la pénétration iranienne sur le territoire israélien en temps de guerre — et la capacité de Téhéran à recruter des citoyens israéliens pour des missions de sabotage intérieur.

Le réseau iranien à Haïfa est le fait sécuritaire de cette révélation : un cas concret de guerre hybride menée depuis l’intérieur du pays, par des ressortissants israéliens retournés contre leur propre État.

L’arrestation d’Ami Gaïdrov

Dans le cadre d’une opération conjointe du Shin Bet et de l’unité Lahav 433 de la police israélienne, Ami Gaïdrov, 22 ans, habitant de Haïfa, a été arrêté au cours du mois de mars 2026, soupçonné d’avoir commis des infractions sécuritaires incluant des contacts avec des agents de renseignement iraniens et une aide à l’ennemi en temps de guerre, en exécutant des missions de sécurité sous leur direction.

Le communiqué conjoint du Shin Bet et de la police précise que l’enquête a révélé que Gaïdrov était en contact avec un agent iranien depuis août 2025 — soit plusieurs mois avant le déclenchement de l’opération « Rugissement du Lion ». Ce détail de chronologie est important : le recrutement a précédé la guerre ouverte. Il s’agit d’un travail de préparation à long terme, pas d’une réaction opportuniste à l’escalade militaire.

Une infrastructure clandestine montée de toutes pièces

Ce qui distingue cette affaire d’un cas d’espionnage classique, c’est le niveau d’organisation opérationnelle mis en place sur le territoire israélien. Pour gérer ses contacts avec ses commanditaires, Gaïdrov a acheté des téléphones dédiés. Il a loué un appartement à Haïfa spécifiquement pour y fabriquer les explosifs. Et il documentait méthodiquement son travail — photos et vidéos envoyées à son opérateur iranien comme preuves de l’accomplissement de ses missions.

Cette logique de « proof of work » — démontrer visuellement que la tâche est accomplie pour en percevoir la rémunération — est une signature opérationnelle des réseaux de recrutement iraniens contemporains. Elle permet à l’opérateur de valider à distance, sans contact physique, que l’agent a bien exécuté les instructions. Elle crée aussi une archive compromettante pour le recruteur comme pour le recruté — archive que les enquêteurs du Shin Bet ont précisément retrouvée et exploitée.

Un réseau de complices dans le Nord

L’affaire ne s’arrête pas à Gaïdrov. Selon le communiqué, il a associé plusieurs amis à ses activités et a fait appel à eux pour l’achat des matières premières nécessaires à la fabrication des explosifs. En conséquence, plusieurs autres citoyens israéliens du Nord ont été arrêtés pour interrogatoire, dont Sergei Libman et Eduard Choubtiouk. L’enquête a établi que ces derniers avaient aidé Gaïdrov à se procurer des matériaux, à cacher les explosifs, et avaient même participé à un test d’efficacité du matériau explosif — chacun selon son rôle dans la chaîne.

Ce cercle de complicité — qu’il soit fondé sur l’idéologie, l’argent, l’amitié, ou la naïveté — révèle une vulnérabilité structurelle : une fois un premier agent recruté, il peut lui-même constituer un réseau secondaire sans que les commanditaires iraniens aient à multiplier leurs contacts directs sur le terrain israélien. La contamination du réseau se fait de l’intérieur, par des liens sociaux préexistants.

Espionnage portuaire et surveillance de Haïfa

Au-delà de la fabrication d’explosifs, la mission de Gaïdrov comprenait une dimension de renseignement géographique d’une sensibilité considérable. Pendant l’opération « Rugissement du Lion », son opérateur lui a ordonné de transmettre aux Iraniens des photos du port de Haïfa, des sites de chutes de missiles dans la région Nord, et lui a demandé de localiser un bien immobilier à louer offrant une vue sur la zone portuaire afin d’y installer une caméra fixe.

Le port de Haïfa est l’une des infrastructures stratégiques les plus sensibles d’Israël — point d’entrée logistique majeur, présence navale militaire, et installation d’importance nationale en temps de guerre. Tenter d’y installer une surveillance permanente par caméra, depuis un appartement loué à cette fin, relève d’une opération de renseignement structurée, planifiée sur le long terme, et visant à fournir à l’Iran une capacité d’observation continue des mouvements portuaires israéliens.

Plus de 70 000 shekels via portefeuilles numériques

Pour l’ensemble de ses activités, Gaïdrov a reçu une rémunération de plus de 70 000 shekels, dont la majeure partie lui a été transférée via des portefeuilles numériques. L’utilisation de cryptomonnaies ou de portefeuilles numériques pour rémunérer des agents sur le territoire israélien est une tendance documentée et croissante dans les opérations iraniennes — anonymat relatif, difficulté de traçage en temps réel, et contournement du système bancaire sous surveillance.

Mise en accusation formelle ce jeudi

Le communiqué conjoint précise que ce jeudi 9 avril, une déclaration du procureur a été déposée dans son dossier, et qu’un acte d’accusation devrait être présenté contre Gaïdrov et d’autres personnes dans les prochains jours. La procédure judiciaire prend ainsi le relais de l’enquête de sécurité — une étape qui rendra publics des éléments supplémentaires du dossier au fil des audiences.

La guerre hybride iranienne sur le sol israélien

Cette affaire s’inscrit dans un tableau plus large. Depuis le début de la guerre directe entre Israël et l’Iran, les services de sécurité israéliens ont multiplié les opérations contre des réseaux de recrutement actifs sur le territoire national. Le profil de Gaïdrov — 22 ans, habitant du Nord, probablement issu d’une communauté russophone — correspond au type de cible privilégiée par les recruteurs iraniens : des individus économiquement vulnérables, éloignés des cercles de pouvoir, et donc moins susceptibles d’être surveillés a priori. La région Nord d’Israël, exposée aux tirs et sous pression depuis des années, constitue un terreau que les services iraniens exploitent avec méthode et patience.

 


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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