Il aurait pu partir. Il aurait pu, comme beaucoup d’autres détenteurs d’une double nationalité et d’un passeport occidental, mettre l’Atlantique entre lui et les sirènes. Il n’a pas bougé. Sylvan Adams, milliardaire canado-israélien évalué à 2,8 milliards de dollars par Forbes, figure parmi les cent philanthropes les plus influents au monde selon le magazine TIME pour 2025 — une liste qui inclut Michael Bloomberg, Warren Buffett et Oprah Winfrey — et il prenait son café dans un café de Tel Aviv le matin où la ville subissait un impact direct de missile.
La trajectoire familiale d’Adams est indissociable du projet sioniste. Son père Marcel, survivant des camps de travail forcés et des persécutions nazies, avait débarqué en Israël en 1943 à bord d’un bateau clandestin, combattu pendant la guerre d’Indépendance, puis travaillé pour l’Agence juive en France avant de s’établir au Canada, où il avait fondé le groupe immobilier Iberville Developments. Marcel Adams est décédé en 2020 à l’âge de 100 ans. Son fils a repris les rênes de l’entreprise en 1995 à 36 ans, et en fait l’une des sociétés immobilières les plus importantes d’Amérique du Nord.
Depuis son aliyah en 2017, Sylvan Adams a réorienté une part substantielle de ses ressources vers deux axes : ancrer Israël dans la scène sportive et culturelle internationale par le « soft power », et investir massivement dans le Néguev. Après l’attaque du 7 octobre, alors que d’autres entrepreneurs reconsidéraient leur engagement, il a annoncé deux dons de 100 millions de dollars chacun — l’un à l’hôpital Soroka, l’autre à l’Université Ben Gourion du Néguev. Un investissement total de 200 millions de dollars, soit environ 700 millions de shekels, dans le seul sud d’Israël.
Dans un entretien à Globes, Adams tient le discours d’un homme convaincu que la guerre crée une opportunité démographique et économique. Il évoque le précédent des années 1990, quand un million d’immigrants en provenance de l’ex-URSS avaient sauvé l’équilibre démographique du pays. Aujourd’hui, dit-il, l’antisémitisme croissant en Occident constitue un « facteur de poussée » comparable, susceptible de provoquer une nouvelle vague d’immigration. Mais pour que cette vague arrive et reste, Israël doit se rendre attractif — économiquement, logistiquement, culturellement. C’est pourquoi il mise sur le Néguev : non comme geste symbolique, mais comme stratégie d’ancrage territorial.
Sa vision critique de la politique mondiale est tranchante. Il qualifie le Premier ministre canadien Mark Carney de « costume vide sans colonne vertébrale morale » et estime que la dérive pro-Pékin d’Ottawa trahit un manque de boussole éthique fondamental. Sur la question des philanthropes juifs américains qui continuent d’alimenter les grandes universités d’élite malgré les éruptions antisémites post-7 octobre, il n’est pas tendre : il convoque le spectre de la communauté juive allemande des années 1930, cultivée, prospère, et trop attachée à ses conforts pour voir venir le danger.
Sur le plan domestique, il plaide pour une réforme radicale de la bureaucratie israélienne — et propose, non sans provocation, de faire appel à Elon Musk pour l’auditer. Il dénonce également le déséquilibre politique entre les petits partis religieux et le reste de la coalition : un veto structurel sur les finances publiques qui, selon lui, entrave la compétitivité économique du pays.
Sa dernière bataille publique concerne l’équipe cycliste Israel Premier Tech, dont il était le sponsor principal, qu’il a quittée après qu’elle a retiré le mot « Israël » de son logo sous la pression d’une campagne de manifestants organisée lors du Tour d’Espagne. Il ne pouvait pas, dit-il, continuer à financer une équipe ayant « peur de montrer le nom d’Israël ».
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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