« L’armée est un devoir religieux, la yeshiva est un devoir national »

Les yeshivot Hesdér ne ressemblent à rien d’autre dans le paysage religieux israélien. Ni tout à fait des institutions d’étude, ni tout à fait des bataillons de combat, elles incarnent depuis des décennies le pari que la Torah et le service militaire ne s’excluent pas — qu’ils se renforcent. C’est dans cet esprit que la conférence annuelle des directeurs de ces yeshivot s’est tenue hier soir (mardi) au centre Shapira, dans la maison mémorial du Rav Drukman z.s.l., fondateur de reference du mouvement sioniste-religieux.

Le rassemblement, auquel participaient des dizaines de directeurs venus de tout le pays, s’est déroulé sous la tension d’une actualité brûlante : la décision récente de la Haute Cour exigeant l’intégration de combattantes dans les unités blindées de manœuvre a provoqué une réunion d’urgence des chefs de yeshivot quelques jours avant la conférence. Une position commune a été formulée, soulignant la difficulté halakhique d’un service mixte dans ce type d’unités, tout en insistant sur la nécessité de trouver des solutions permettant la poursuite d’un engagement militaire significatif sans compromettre l’identité religieuse des soldats.

La formule du Rav Drukman

La conférence elle-même s’est ouverte par la projection d’un film sur la vie et l’œuvre du Rav Drukman z.s.l., dont la pensée constitue la colonne vertébrale du mouvement. C’est son gendre, le Rav Shimon Lapid, directeur de la yeshiva Hesdér Or Etzion, qui a rappelé la formule que le Rav répétait inlassablement : « Dans l’armée, nous accomplissons notre devoir religieux. Dans la yeshiva, nous accomplissons notre devoir national. » Cette équation, formulée dans les premières décennies de l’État d’Israël, continue de structurer la vision du monde du réseau Hesdér — une vision où la défense physique du pays et la transmission spirituelle du peuple juif sont deux faces d’une même responsabilité.

Le Rav Lapid a développé cette pensée lors de son allocution : « L’esprit des yeshivot ne reste pas confiné aux murs du beit midrach. Il agit pour préserver l’identité et les fondements spirituels du peuple d’Israël, et à partir de là, pour construire concrètement une réalité nationale équilibrée. Les yeshivot veillent à la fois sur l’esprit de la Torah et de la foi, et simultanément sur leur édification réelle au sein de l’État, de l’armée et de la société. C’est ainsi qu’elles contribuent à la construction de la nation, aussi bien dans la vie quotidienne que dans les épreuves particulières auxquelles elle est confrontée. »

La dynamique du nombre

Données à l’appui, le coordinateur de l’association des yeshivot Hesdér, Uri Pinsky, a annoncé une hausse significative du nombre d’élèves rejoignant le cursus. « Nous observons une augmentation du nombre d’étudiants qui rejoignent le parcours Hesdér », a-t-il déclaré, et « dans une perspective plus large, nous sommes témoins depuis trois ans d’une tendance claire de croissance et de consolidation ». La particularité soulignée par Pinsky est que cette montée en puissance intervient dans un contexte de guerre : « Le fait que, précisément dans une période où beaucoup de nos étudiants ont risqué leur vie sur les champs de bataille et accumulé des centaines de jours de combat, témoigne de la grande confiance que le public place dans ce projet et dans la voie qu’il trace. »

Le réseau Hesdér représente une réponse israélienne originale à une question que la société débat passionnément depuis des années : comment articuler l’étude de la Torah et la défense nationale ? Les yeshivot ultra-orthodoxes refusent le service. Les institutions laïques ignorent la Torah. Entre les deux, le modèle Hesdér maintient qu’un jeune Israélien peut passer des années de combat dans les unités d’élite et des années d’étude intensive dans le beit midrach — et que ces deux expériences ne s’annulent pas, mais se nourrissent.

Dans un pays où le débat sur la conscription des haredim atteint un niveau d’intensité inédit, la conférence annuelle des directeurs Hesdér est aussi, implicitement, un rappel discret : un autre modèle existe, et il fonctionne.


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