Il y a des déclarations qui traversent la ligne rouge. Et il y a celles de Bezalel Smotrich ce mardi matin. Interrogé sur la radio 103FM par Guideón Okou et Amihaï Atali dans l’émission « Shva Tesha », le ministre des Finances et chef de la Sionisme Religieux a répondu sans hésiter à la question : qu’est-ce qui est le plus grave — former un gouvernement avec Mansour Abbas, ou le massacre du 7 octobre et ses 2 100 victimes ?
Smotrich a affirmé que le massacre du 7 octobre est un « échec tactique affreux et terrible », mais que celui qui a sciemment « vendu l’État d’Israël à ses ennemis et au mouvement islamiste » a commis quelque chose de mille fois plus grave, car il s’agissait d’un acte délibéré et non d’une faute. Sa cible implicite : Naftali Bennett et Yaïr Lapid, qui avaient gouverné avec le soutien de la liste Raam de Mansour Abbas en 2021-2022.
La déclaration a déclenché un incendie médiatique en quelques minutes.
Smotrich: ‘My son wants me to leave some Lebanon for him to destroy later. I told him don’t worry, there will be enough for everyone.’
Generational evil pic.twitter.com/4uN3Lup4Y2
— Ounka (@OunkaOnX) May 4, 2026
Ben Caspit : « psychotique, une ordure »
Sur le plateau de la même radio, le journaliste vedette Ben Caspit, qui présente en tandem avec Yinon Magal, n’a pas mâché ses mots. Son analyse de Smotrich commence par un portrait presque clinique — avant de basculer dans la condamnation morale.
Caspit a décrit Smotrich comme un homme doté d’une éloquence rare, d’un débit de parole impressionnant, d’un hébreu parfait, et qui raisonne correctement dans 85 à 90 % des cas — « jusqu’à ce que la vérité lui échappe soudainement dans une sorte de tic, et là on voit qu’il s’agit d’un homme malade, d’un psychotique ». Le journaliste a précisé qu’on n’avait pas demandé à Smotrich quel acte politique était le plus grave dans une rubrique abstraite — on lui avait demandé de comparer cela aux 1 200 frères et sœurs assassinés. Sa conclusion, sans équivoque : « Au fur et à mesure que je regarde cette déclaration, c’est une ordure. Il n’y a pas d’autre définition. »
Caspit a également pointé la logique interne de Smotrich, en rappelant que ce dernier a lui-même attribué à Netanyahou la responsabilité originelle de la « kontseptsia » — la vision stratégique qui a rendu possible le 7 octobre — mais qu’il en exonère aujourd’hui son chef de coalition.
Yinon Magal : « Quand vous vous indignez, je me calme »
La réplique de Yinon Magal, qui défend habituellement le camp de la droite, a pris une direction inattendue — non pas de défense de Smotrich, mais de refus d’entrer dans la logique de l’indignation médiatique.
Magal a ironisé sur la rapidité avec laquelle ses confrères s’indignent, rappelant que les mêmes citaient Smotrich toute la journée quand il traitait Netanyahou de « menteur fils de menteur ». Il a conclu sur un ton qui combine lassitude et provocation : « Dès que je vous vois vous indigner, je veux vous le dire : je me calme. Je sors une cigarette, un verre de vin, j’ouvre une chaise de plage… peu importe où je suis. Je m’arrête au milieu de la route, je pose la chaise sur un îlot de circulation, je m’assieds, je mets de la bonne musique à la radio et je me calme. »
Son message sous-jacent : la surenchère d’indignation des commentateurs de gauche lui inspire moins de révolte morale que de scepticisme politique. Ce qui n’est pas une défense de Smotrich, mais un refus de jouer le jeu d’un affrontement qu’il juge trop prévisible.
Smotrich en mode clarification — sans vraiment reculer
Face au tollé, Smotrich a publié une clarification dans laquelle il a expliqué que sa réponse portait uniquement sur le plan politique, et non sur une comparaison de la gravité humaine des deux événements. Il a précisé que la question posée concernait « quel acte politique est le plus grave » — aller délibérément dans un gouvernement avec le Hamas, ou siéger dans un gouvernement sous la garde duquel un massacre terrible s’est produit. La nuance est réelle, mais elle n’a pas suffi à éteindre l’incendie.
Mansour Abbas a réagi directement : « Smotrich n’a aucun respect pour les 2 100 assassinés et leurs familles. C’est une déclaration malheureuse et non morale. Même au pire jour du gouvernement du changement, il valait mille fois mieux que le gouvernement de la catastrophe du 7 octobre de Smotrich. »
L’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot, lui, a répondu que « la défaillance la plus grave de notre histoire et le déni de responsabilité sont une tache qui ne s’effacera jamais ». Dans le camp de l’opposition, le président des Démocrates Yaïr Golan a été encore plus direct : selon lui, la déclaration de Smotrich prouve simplement que pour ce ministre, la survie de la coalition compte plus que les vies des citoyens.
Ce qui est frappant dans cette séquence, c’est qu’elle survient alors qu’Israël est en guerre sur plusieurs fronts — et que la politique intérieure israélienne continue à se consumer dans des querelles d’une virulence que même la guerre n’a pas refroidie.
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