« Je suis vraiment dans le besoin pour la fête, il ne me reste plus rien, c’est ma pension. » Ces mots, prononcés par l’une des victimes de l’escroquerie, résument à eux seuls la brutalité du stratagème que la police israélienne vient de démonter. L’unité de lutte contre la fraude et la cybercriminalité du district Centre a révélé l’existence d’un réseau organisé qui a ciblé, pendant plusieurs mois, des personnes âgées et des citoyens sans méfiance à travers tout le pays, leur volant des centaines de milliers de shekels via l’application de paiement Bit.
Le mécanisme était rodé, implacable dans sa simplicité. Les suspects repéraient leurs victimes parmi les utilisateurs du site d’annonces Yad2 — l’équivalent israélien du Bon Coin — qui mettaient en vente des objets divers. Ils les contactaient ensuite depuis des numéros opérationnels et des comptes WhatsApp enregistrés sous de fausses identités, en se présentant comme des acheteurs potentiels basés à l’étranger, intéressés par le bien mis en vente et souhaitant verser un acompte immédiatement.
C’est là qu’intervenait le cœur du piège. Plutôt que d’envoyer un paiement à la victime, les arnaqueurs lui transmettaient via des complices une requête Bit formulée de manière à ressembler à une réception d’argent. La victime, persuadée de recevoir l’acompte promis, validait la transaction — et envoyait en réalité de l’argent aux escrocs. Plusieurs milliers de shekels partaient ainsi en quelques secondes, parfois jusqu’au plafond de transfert maximal autorisé par l’application. Après avoir empoché les fonds, les suspects effaçaient systématiquement les échanges et disparaissaient. Les victimes ne découvraient la supercherie que rétrospectivement, en consultant leurs relevés.
La police a comptabilisé quelque 190 plaintes déposées dans des postes à travers tout le pays, dénonçant ce mode opératoire systématique. Les victimes sont en majorité des personnes de plus de 70 ans — une population particulièrement exposée à ce type de manipulation numérique, moins familière des subtilités des interfaces de paiement en ligne et plus facilement trompée par une présentation convaincante.
L’enquête a mis en lumière un autre niveau de sophistication dans l’organisation du réseau. Une partie des individus ayant servi de relais pour transférer les fonds entre membres du groupe avaient été recrutés via des annonces publiées sur Telegram, promettant des gains faciles et rapides en échange de services apparemment anodins. Ces intermédiaires, pas toujours conscients de l’ampleur du dispositif dans lequel ils s’inséraient, constituaient selon la police le maillon de transmission entre les têtes du réseau et les sommes extorquées.
Au terme de la phase d’investigation, l’enquête est passée au stade opérationnel : trois suspects résidant dans la région Centre ont été arrêtés. À l’issue de la procédure judiciaire, un acte d’accusation a été déposé contre eux par l’unité de poursuites rattachée à l’unité Lahav 433, la brigade de lutte contre la criminalité organisée et la grande délinquance en Israël.
La police a profité de l’annonce de cette affaire pour lancer un appel à la vigilance auprès du grand public. Elle rappelle que l’application Bit, comme tout outil de paiement mobile, permet d’envoyer aussi bien que de recevoir de l’argent — et que la confusion entre les deux sens d’une transaction constitue précisément le levier sur lequel misent les escrocs. La recommandation est claire : avant de valider toute requête Bit, s’assurer minutieusement qu’il s’agit bien d’une réception de fonds et non d’un envoi. En cas de doute, ne pas confirmer.
Ce type d’escroquerie, qui exploite à la fois la confiance accordée aux plateformes numériques grand public et la vulnérabilité de certaines catégories de la population face à des interfaces qu’elles maîtrisent imparfaitement, constitue un phénomène en expansion en Israël comme dans l’ensemble des pays où les applications de paiement mobile se sont imposées dans le quotidien. La sophistication croissante des réseaux frauduleux, leur capacité à recruter des complices via les réseaux sociaux et à brouiller les pistes après chaque opération, rend leur démantèlement d’autant plus complexe.
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