Elle avait 23 ans et prenait le métro new-yorkais comme des millions d’autres habitants de la ville. Ce trajet ordinaire s’est transformé en cauchemar. Une femme s’est approchée d’elle, a commencé à lui crier dessus en l’abreuvant de propos antisémites d’une violence rare, puis l’a physiquement agressée devant les autres voyageurs du wagon. La jeune femme a eu le réflexe de filmer une partie de la scène avec son téléphone portable. Les images ont été relayées par l’organisation Combat Antisemitism Movement et ont provoqué une vague d’indignation aux États-Unis.
Selon les témoignages recueillis et rapportés par N12, l’agresseuse lui a hurlé qu’elle pouvait « sentir les bébés qu’elle avait mangés » et répété à plusieurs reprises que « les Juifs mangent des bébés » — une réactivation d’un des plus vieux canards antisémites de l’histoire, celui du « meurtre rituel », vieux de plusieurs siècles et régulièrement recyclé sous des formes nouvelles. L’agresseuse aurait ensuite étranglé la jeune femme, la fait tomber sur le plancher du wagon, puis lui aurait arraché des cheveux et frappée à plusieurs reprises.
La police a interpellé la suspecte. Les enquêteurs examinent si l’agression doit être qualifiée de crime de haine — une catégorie juridique qui entraîne des peines aggravées dans la législation américaine. L’amie de la victime, qui s’est confiée à N12, a décrit une jeune femme « encore en état de choc » mais « entourée et soutenue par sa communauté ».
The woman being assaulted in this video is a friend of mine… She sent me this video.
It’s terrifying to see what is happening in New York. The fact that this kind of hatred is being expressed so openly, without fear or shame, should alarm everyone. https://t.co/n2CLXj8x8x
— Natalie Sanandaji (@NatSanandaji) June 3, 2026
Un incident parmi d’autres, dans une série qui s’allonge
Cet épisode new-yorkais s’inscrit dans un contexte d’escalade documentée des actes antisémites aux États-Unis et dans le monde occidental depuis le déclenchement de la guerre en Iran. La même semaine, un jeune Israélien vivant et travaillant dans la région de Los Angeles relatait à N12 une scène similaire dans un centre commercial. Il était entré dans une parfumerie pour se renseigner sur des produits, et la vendeuse, après lui avoir demandé d’où il venait et avoir appris qu’il avait servi dans Tsahal, s’était mise à hurler « génocide » avant de le chasser du magasin en l’accusant de « violer des enfants ». « Son regard a changé d’un coup. Elle s’est mise à crier ‘Free Palestine’ et à m’accuser de choses hallucinantes », a-t-il raconté. Il a choisi de quitter le commerce mais de filmer la suite depuis l’extérieur, capturant la femme qui continuait à lancer des injures antisémites en sa direction.
La vague a atteint l’Europe également. En Italie, l’organisation juive LGBT Keshet a été exclue du défilé de la Fierté de Rome au motif qu’elle avait refusé de condamner Israël. Des touristes israéliens ont signalé recevoir des e-mails d’hébergements leur demandant de signer une déclaration d’opposition au gouvernement israélien comme condition de leur séjour. Un restaurant a refusé de servir une cliente après avoir repéré un symbole de l’étoile de David sur son compte Instagram.
La banalisation d’un vocabulaire médiéval
Ce qui frappe dans l’agression du métro new-yorkais — et qui lui donne une résonnance particulière au-delà du fait divers — c’est la nature précise des insultes proférées. L’accusation selon laquelle les Juifs « mangent des bébés » n’est pas une invention contemporaine : elle puise dans la calomnie du « meurtre rituel » qui a alimenté des pogroms en Europe depuis le Moyen-Âge. Sa réapparition dans un wagon de métro new-yorkais en 2026 dit quelque chose sur la façon dont les réseaux sociaux ont permis la résurrection et la circulation de contenus qui semblaient appartenir à une époque révolue.
L’organisation Combat Antisemitism Movement, qui a diffusé la vidéo, souligne que ce type d’incident représente l’extrémité visible d’un phénomène plus large : une montée en puissance d’un discours de haine qui, lorsqu’il n’est pas fermement combattu dans les espaces publics numériques et physiques, finit par se matérialiser en violence physique dans les espaces de la vie quotidienne — ici, un simple trajet en métro dans l’une des villes les plus cosmopolites du monde.
Pour aller plus loin sur le phénomène de l’antisémitisme dans le monde, retrouvez sur notre site : 👉 Londres : des hommes masqués incendient les ambulances de la communauté juive 👉 Deux Juifs assassinés à Manchester : un attentat antisémite le jour de Yom Kippour






