La gigantesque erreur qui, à Dieu ne plaise, viderait Israël de son droit d’existence

Avi Ashkenazi, correspondant militaire senior de Maariv, a publié ce lundi matin une tribune d’opinion particulièrement tranchée sur la riposte israélienne aux tirs de missiles iraniens. Sa thèse centrale est simple et sans nuance : Israël n’avait pas le droit de ne pas répondre. Accepter le diktat américain d’immobilité aurait été une erreur historique dont les conséquences dépassaient de loin la seule nuit de lundi.

La comparaison qu’il choisit est délibérément provocatrice. Selon Ashkenazi, ce qui s’est passé dans la nuit est exactement le même type d’événement que l’incident des tentes sur le mont Dov — un épisode au cours duquel une faiblesse israélienne avait été immédiatement perçue et exploitée par le monde arabe. Tout le monde sait comment le monde arabe a interprété cette faiblesse israélienne à l’époque. Si le Premier ministre avait ordonné à l’armée de l’air de ne pas riposter, écrit-il, il aurait mieux fait de se rendre d’abord à la résidence présidentielle à Jérusalem pour remettre les clés.

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La formule est délibérément brutale, mais elle exprime une conviction fondamentale sur la nature de la dissuasion dans le contexte régional : dans un Moyen-Orient où la puissance se mesure à la volonté de frapper, tout geste de retenue est lu comme un aveu de faiblesse, et tout aveu de faiblesse génère de nouvelles provocations. Renoncer à répondre aux missiles iraniens n’aurait pas produit de la paix — ça aurait produit une invitation à recommencer.

Ashkenazi pointe également une lacune qui l’interpelle dans la gestion militaire de la crise : il n’est pas clair comment, après les salves de missiles iraniens sur Israël, l’ordre de mobilisation de milliers de réservistes n’a pas encore été donné. Tsahal aurait dû, selon lui, mobiliser des divisions de réservistes et les faire monter vers le nord, tracer des flèches bleues en direction de la plaine de la Bekaa et de Beyrouth. Israël était tenu de présenter sa propre équation aux acteurs régionaux.

La justification stratégique qu’il avance tient à l’état réel du rapport de forces. L’Iran a encaissé de sérieux coups lors des cycles de combats précédents et a perdu une partie de sa puissance militaire. Les négociations entre les États-Unis et l’Iran approchent d’un point de décision, et Téhéran n’a pas réellement en main les cartes nécessaires pour dicter aux Américains les conditions de la conclusion de la confrontation. Dans cette situation de faiblesse relative, les Iraniens font ce qu’ils font de mieux : mener des négociations dures tout en exécutant des actes terroristes en parallèle.

C’est dans ce contexte que la pression américaine sur Israël de rester passif prend une dimension particulièrement problématique aux yeux d’Ashkenazi. Plier devant Washington dans ce moment précis — quand l’Iran est affaibli, quand la dissuasion est en jeu, quand le monde arabe observe — aurait constitué un signal catastrophique. Le message envoyé à tous les acteurs régionaux aurait été qu’Israël peut être frappé impunément dès lors que Washington le demande.

La tribune d’Ashkenazi s’inscrit dans le débat plus large qui traverse la classe stratégique et politique israélienne depuis dimanche soir : jusqu’où Israël peut-il — et doit-il — se plier aux exigences de son allié américain sans mettre en danger sa propre crédibilité comme puissance régionale ? La réponse d’Ashkenazi, elle, est sans ambiguïté.

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