Son nom est al-Aidi. Son parcours tient du scénario impossible. Palestinien de naissance, détenteur de la nationalité ukrainienne par sa mère, il a atterri au Liban en août 2025 — non pas depuis un pays arabe voisin, mais depuis l’Éthiopie, en avion direct. L’itinéraire lui-même constituait déjà une anomalie dans un milieu où les profils habituels des agents recrutés par Israël ont une physionomie bien précise.
Selon l’agence Associated Press, qui cite cinq sources sécuritaires et judiciaires libanaises ayant requis l’anonymat, al-Aidi s’est retrouvé au cœur d’un réseau d’espionnage sophistiqué opérant au Liban pour le compte du renseignement israélien. Le dossier ouvert devant le tribunal militaire libanais décrit un homme qui aurait transmis des informations critiques à Israël — un « actif » précieux, selon la terminologie du renseignement.
La fuite de la Dahiyeh
Il y a environ trois mois, al-Aidi a réussi à s’évader de sa cellule de détention, située dans le quartier de la Dahiyeh, bastion du Hezbollah à Beyrouth. Depuis, sa trace s’est perdue. Des responsables libanais affirment qu’il ne se trouvait pas à l’ambassade d’Ukraine au moment de sa disparition. Un responsable ukrainien proche du dossier a confirmé à l’AP que son pays ignorait son emplacement actuel, et a prudemment refusé de dire s’il avait jamais séjourné dans l’enceinte diplomatique.
La Syrie aurait aussi été sollicitée dans les recherches — et ses autorités ont démenti toute connaissance de sa présence sur leur territoire. Les tentatives de le faire passer en Syrie après son évasion auraient échoué, selon deux sources sécuritaires libanaises.
Des implications diplomatiques potentiellement explosives
Un document gouvernemental libanais obtenu par l’AP révèle que l’ambassade d’Ukraine a formellement demandé aux autorités libanaises, en mars dernier, de faciliter la sortie du pays d’al-Aidi à la suite de son évasion. L’agence de sécurité générale libanaise a refusé la demande, au motif qu’un mandat d’arrêt judiciaire avait été émis contre lui dès septembre 2025.
Si des preuves venaient à démontrer qu’al-Aidi a quitté le Liban avec une aide gouvernementale quelconque, les retombées politiques pourraient être considérables. Le gouvernement libanais est déjà sous pression pour avoir mené des négociations directes avec Israël, qui combat le Hezbollah depuis le début du conflit.
Le profil atypique qui intéresse les analystes
Ce qui distingue al-Aidi de la plupart des agents israéliens démasqués au Liban, c’est précisément son profil. Les dossiers judiciaires libanais sont jalonnés de cas de membres ou ex-membres du Hezbollah, ou d’individus liés à l’organisation par des liens familiaux. Lui était un étranger, extérieur à ce milieu. Nicholas Blanford, spécialiste reconnu du Hezbollah, note que l’expansion de l’organisation dans les années post-2006 a mécaniquement facilité les infiltrations israéliennes : les critères de recrutement se sont assouplis et le contexte économique désastreux du Liban a rendu beaucoup plus aisée la tâche des officiers traitants israéliens.
Les dossiers judiciaires évoquent des agents rémunérés entre 2 500 et 20 000 dollars en échange d’informations sur des dépôts d’armes et des bureaux politiques du Hezbollah, souvent recrutés via les réseaux sociaux par des officiers traitants opérant depuis l’étranger, notamment depuis l’Allemagne selon plusieurs témoignages.
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