Le mémorandum d’entente entre Washington et Téhéran n’a pas encore été signé officiellement à Genève que les États-Unis posent déjà leurs conditions de rupture. Pete Hegseth, secrétaire à la Défense américain, a formulé ce jeudi un avertissement sans équivoque : « Les États-Unis reprendront les opérations militaires et rétabliront le blocus si l’Iran ne respecte pas ses engagements. »
Une victoire revendiquée, une vigilance maintenue
La déclaration de Hegseth s’inscrit dans une posture cohérente avec le rôle qu’il a tenu tout au long du conflit. Depuis le déclenchement des opérations militaires américano-israéliennes contre l’Iran fin février 2026, le chef du Pentagone n’a jamais relâché la pression rhétorique. Lorsque Téhéran tardait à s’engager dans des négociations sérieuses, il était celui qui avait déclaré que Washington était prêt à « négocier avec des bombes » si nécessaire. Après la signature du mémorandum, il a affirmé que les États-Unis avaient remporté une « victoire écrasante sur le champ de bataille », ajoutant qu’« Iran avait supplié pour ce cessez-le-feu », que la marine et l’aviation iraniennes avaient été détruites, et que son programme de missiles avait été anéanti.
Hegseth avait aussi précisé que l’accord final devrait répondre à l’ensemble des exigences américaines — faute de quoi de nouvelles frappes seraient lancées. Sa déclaration de ce jeudi n’est donc pas une inflexion de position, mais une confirmation : l’accord actuel est un mémorandum, pas un traité, et son horizon dépend entièrement de la bonne foi iranienne.
Ce que l’Iran doit prouver
Les soixante prochains jours seront décisifs. Le mémorandum d’entente ouvre une période de négociation pour un accord nucléaire définitif. Durant cette phase, l’Iran s’est engagé à maintenir le statu quo de son programme d’enrichissement, à autoriser le retour des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique et à permettre la libre circulation des navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz — sans frais de passage. En contrepartie, les États-Unis lèvent le blocus maritime et permettent à l’Iran d’exporter son pétrole brut sans restriction pendant toute la durée des négociations.
C’est précisément ce dernier point qui inquiète une partie de l’administration américaine. Selon des informations rapportées par les médias israéliens, plusieurs hauts responsables, dont le directeur de la CIA John Ratcliffe, avaient alerté le président Trump en amont de la signature sur les doutes sérieux que suscitent, dans les renseignements américains, les intentions réelles de Téhéran concernant un accord final. Les réserves exprimées par Hegseth lui-même et par le secrétaire d’État Marco Rubio lors des délibérations internes montrent que la méfiance ne s’est pas évanouie avec la signature du mémorandum.
Ce que Washington surveille de près, c’est notamment la réaction iranienne à la présence maintenue de Tsahal dans le sud du Liban. Le ministre des Affaires étrangères iranien Abbas Araghchi a déjà affirmé que toute attaque israélienne au Liban constitue une violation de l’accord — une formulation que Hegseth et ses collègues n’ont pas cautionnée. Un haut responsable américain a précisé que le mémorandum ne prive pas Israël de son droit à la légitime défense.
La logique d’une pression maintenue
L’avertissement de Hegseth ce jeudi remplit une double fonction. Il s’adresse d’abord à Téhéran, pour signaler que l’accord ne constitue pas une carte blanche et que tout manquement aux engagements pris sera suivi de conséquences militaires concrètes. Il s’adresse aussi aux milieux sceptiques à Washington — au Congrès, dans les cercles républicains traditionnels — qui voient dans le mémorandum un accord trop proche de celui de 2015 qu’Obama avait conclu avec l’Iran, et que Trump lui-même avait qualifié d’« accord unilatéral et horrible » avant de s’en retirer en 2018.
La cérémonie de signature formelle est prévue pour ce vendredi 19 juin à Genève, en présence du vice-président Vance et des envoyés Witkoff et Kushner côté américain, et du président du Parlement iranien Ghalibaf côté iranien. Ce sera, selon les médias israéliens, l’une des rares réunions officielles entre des responsables américains et iraniens de haut rang depuis quarante-sept ans.
Mais la vraie date à surveiller viendra soixante jours plus tard — quand on saura si l’Iran a transformé la trêve en accord, ou si Pete Hegseth mettra sa menace à exécution.
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