Le Mossad a t-il failli ?  —  Par Philippe ARNON

Nous sommes très nombreux à penser que le Mossad est le meilleur service de renseignements au monde et nous sommes très nombreux également à être admiratifs devant le succès de ses opérations qui sont toujours le résultat d’une ténacité mais aussi d’une intelligence phénoménales. Je pense à la récupération en Amérique du Sud de cette crapule nazie de Adolf Eichmann ; je pense à l’élimination et jusqu’au dernier, des terroristes qui avaient massacré les sportifs israéliens aux Jeux olympiques de Munich en septembre 1972 ; je pense à l’opération Entebbe ; je pense à l’opération inouïe des bipeurs en septembre 2024 contre la vermine du Hezbollah ; je pense à l’élimination en Iran même de scientifiques iraniens spécialistes du nucléaire et à Téhéran, du chef du Hamas Ismail Haniyeh en juillet 2024. Mais le Mossad n’est pas parfait et il a eu également des échecs retentissants comme en Jordanie quand il a essayé d’éliminer le terroriste Khaled Meshaal ou comme … quand il n’a pu prévoir l’horrible massacre de 1200 braves Juifs le 7 octobre.
Alors quand je vois la raclée retentissante que viennent de se prendre les Américains face à l’Iran et leur posture de pénitents à genoux pris soudain du syndrome de Stockholm (Trump au G7 le 16 juin parlant des responsables iraniens : « Ce sont des gens forts, intelligents »), j’en viens à me poser la question existentielle suivante que doivent se poser bien des Israéliens : était-il fondé pour Israël de s’embarquer avec Trump dans cette guerre ? Le Gouvernement de Benjamin Netanyahou avait-il bien pesé le pour et le contre ? Et surtout, le Mossad lui avait-il présenté, avec la plus grande objectivité et la plus grande exhaustivité, la situation exacte bref, les tenants et les aboutissants ? 
 
En d’autres termes, puisque nous parlons d’échec -je suis désolé mais il s’agit bien d’un échec !- qui a péché … par naïveté ? Le Mossad ? ou Bibi ? C’est sans doute en Iran que le Mossad est le plus fort et donc le mieux implanté. Alors pourquoi n’a t-il donc pas anticipé la résilience du pouvoir iranien ? Pourquoi n’a t-il pas été ainsi en mesure de saisir la capacité des Iraniens à se restructurer et à maintenir le contrôle du pays malgré les opérations de décapitation et les cyber-attaques ? Pourquoi a t-il été surpris par l’ampleur des capacités balistiques de l’Iran et la rapidité avec laquelle ce pays a restructuré son commandement après des pertes majeures ? Mais finalement, qu’est-ce qu’on en sait de tout cela ? Comme on dit, le Mossad n’a pas passé le tambour sur ses « évaluations de menaces » ! Sa nature justement est d’être discret !
 
Car il convient de faire la distinction entre l’avertissement qu’a peut-être indiqué le Mossad au Gouvernement et la décision prise par ledit Gouvernement ensuite. On peut tout à fait penser que le Mossad ait pu documenté la résilience du régime iranien dans ses rapports confidentiels sans que le Gouvernement en tienne compte parce que la stratégie implacable de celui-ci -et tout à fait compréhensible- était d’en finir avec le régime des mollahs … pour permettre à Israël de vivre enfin en paix. Cela peut tout à fait se comprendre dans l’esprit du Premier ministre : mettre le paquet quitte à laisser de côté un peu les réalités. N’oublions pas que depuis sa création en 1948, Israël est en guerre et il n’est pas difficile de comprendre qu’après 78 ans, un chef d’Etat, conscient de la puissance de son armée et tout particulièrement de son aviation, soit tenté … par une « aventure » dont il imagine l’issue comme une délivrance nationale !!!
Après tout, David Barnea, l’ancien chef du Mossad n’avait-il pas affirmé, d’après le New York Times, à Benjamin Netanyahou avant le déclenchement des hostilités qu’une campagne de bombardements intensifs détruirait non seulement l’arsenal balistique et nucléaire iranien, mais créerait surtout des conditions propices au renversement du régime. Il oubliait la désunion de l’opposition iranienne, incapable donc de faire front politiquement et partant militairement ; et cela constitue une lacunde manifeste pour un service de renseignements. Il était persuadé que le régime serait « secoué jusqu’à ses fondations ». Il est vrai par contre, qu’il n’a jamais promis que la chute de celui-ci serait instantanée bref, qu’elle se produirait après quelques jours de bombardements mais plutôt qu’elle prendrait un an et peut-être sans doute, même plus.
Il semble finalement qu’il n’y a pas eu incompréhension entre le Mossad et le Gouvernement quand on sait que Benjamin Netanyahou, lucide et réaliste, a déclaré : « On ne fait pas de révolution depuis les airs ». En résumé, le Mossad a à peu près bien fait son boulot et n’a pas fabulé comme on pourrait le croire. Le gouvernement israélien lui, ne s’est pas lancé tête baissée comme un gamin irréfléchi dans une aventure !!! Alors ? Et bien les Israéliens se sont tout simplement fait tromper ! Par qui ? Mais par les Américains bien sûr, il ne faut pas chercher ailleurs. Pourquoi ? Parce qu’avec leur satané protocole d’accord, les Américains ont arraché des mains des Israéliens, la clé de leur succès à venir : LE TEMPS ! Les Israéliens voulaient aller jusqu’au bout ! Le problème, c’est qu’ils ont négligé le fait que les Américains sont des bourrins pétochards : au Vietnam, en Irak, en Afghanistan. C’est pourtant clair ! Partout où ils sont allés, ils y sont restés bien peu de temps et en sont partis la queue entre les pattes ! « I am the boss » a dit encore Trump au G7. Pour moi, un boss qui baisse son froc n’est pas un boss surtout en plus quand il trompe ses amis qui ne sont pour lui que des marionnettes juste bonnes à servir ses intérêts de bankster !
Je suis goy. Vive Israël !
Philippe ARNON
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