Il n’a pas mâché ses mots. Le Dr Raz Tsimmt, directeur du programme Iran et Axe chiite à l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS), s’est exprimé ce mardi matin sur la station 103fm, et son diagnostic sur l’état des négociations nucléaires américano-iraniennes a de quoi faire froid dans le dos. Pour lui, la situation actuelle n’est pas le résultat d’un rapport de force défavorable — c’est le résultat d’une erreur de casting.
« Si on cherche la cause de la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, je pense qu’elle réside — et je m’en excuse si c’est un manque de respect envers l’équipe de négociation américaine — dans le fait que c’est ce qui arrive quand on laisse des agents immobiliers négocier avec des révolutionnaires islamiques. »
La formule est aussi précise qu’elle est brutale. D’un côté, des hommes d’affaires formés à la culture du deal, à la recherche du compromis optimal et du bénéfice mutuel rapide. De l’autre, un régime qui ne pense pas en termes commerciaux mais en termes eschatologiques — un mouvement révolutionnaire pour qui la persistance idéologique est une valeur en soi.
Ce que les Iraniens ont obtenu — et ce qu’ils ont promis
Le Dr Tsimmt a détaillé ce qui, selon lui, constitue le cœur du problème dans les accords en cours de négociation : « Ce qui est plus préoccupant, c’est que ces derniers jours nous apprenons une série d’accords — malheureusement moins sur les sujets qui nous intéressent, et davantage sur les sujets qui intéressent les Iraniens. »
Concrètement, il a cité deux avancées iraniennes majeures déjà actées ou en passe de l’être : une exemption de sanctions sur les exportations de pétrole iranien, et le déblocage de 12 milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés à l’étranger — dont six milliards immédiatement depuis le Qatar. « Les Iraniens reçoivent en pratique des avantages économiques très significatifs, et s’engagent sur le papier sur toutes sortes d’accords qui seront peut-être respectés ou ne le seront peut-être pas. »
Sa lecture du mémorandum d’entente qui circule depuis la semaine dernière est également éclairante : ce document aurait été conçu avant tout pour répondre aux préoccupations du président Trump — à savoir la question du détroit d’Ormuz. En échange, les Américains auraient accepté la demande iranienne que toutes les autres questions soient traitées dans des phases ultérieures de négociation.
Les accords parallèles que personne ne voit
Le passage peut-être le plus inquiétant de l’intervention du Dr Tsimmt concerne l’existence possible d’accords non rendus publics : « Je ne suis pas certain qu’il n’existe pas des accords parallèles — conclus par écrit ou oralement — entre les Iraniens et les Américains concernant la phase suivante. »
Cette hypothèse, si elle s’avère exacte, signifierait que ce qui est présenté au public ne constitue qu’une partie de ce qui a réellement été conclu entre les deux parties.
Le détroit d’Ormuz comme levier de bascule
L’expert a également mis en lumière le moment précis où la dynamique des négociations a basculé en faveur de Téhéran. Selon lui, tout a changé lorsque l’Iran a saisi l’ampleur du pouvoir de nuisance que représentait la fermeture du détroit d’Ormuz sur l’économie mondiale : « Très rapidement après la fermeture du détroit d’Ormuz, quand ils ont compris l’ampleur des dégâts qu’ils pouvaient causer à l’économie mondiale, ils sont intervenus dans cette situation, sont arrivés à la conclusion que non seulement ils voulaient survivre à cette campagne, mais qu’ils voulaient exploiter cette carte de négociation pour obtenir des gains significatifs dans tous les domaines qui les intéressent. »
Trump, de son côté, « a vraisemblablement eu peur des conséquences à long terme de la fermeture du détroit d’Ormuz ». Des rapports évoquaient un épuisement des réserves pétrolières susceptible d’entraîner une dégradation économique très significative. C’est ce facteur qui aurait conduit à un glissement d’objectifs : de la question du changement de régime, ou du nucléaire, ou des missiles — vers un objectif unique et immédiat, la réouverture du détroit.
La résistance comme vocation
Derrière l’analyse tactique, le Dr Tsimmt pointe un facteur structurel que les négociateurs américains auraient sous-estimé : la nature profonde du régime iranien. « Ce n’est pas seulement la question idéologique ou les intérêts dans le contexte libanais — c’est un engagement envers l’axe de la résistance, aussi issu d’une vision du monde profonde. Nous voyons dans cette campagne une bataille existentielle et nous sommes prêts à payer des prix très élevés. »
Quarante-sept ans de sanctions n’ont pas brisé la République islamique. Et c’est précisément là que réside, selon lui, le malentendu fondamental des négociateurs américains : ils ont appliqué une logique de coût-bénéfice à un adversaire pour qui le coût est, depuis le début, intégré à l’identité politique du régime. « Il est beaucoup plus facile pour eux, surtout pour le régime, de payer le prix », a-t-il conclu.
L’émission est disponible ici : https://103embed.maariv.co.il/?ZrqvnVq=KGGKLI&c41t4nzVQ=GJL
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