« Provocatrice Ă  un shekel » : l’affaire des gâteaux de Daniel Amit arrive devant le tribunal

« Pas une critique de consommateur, mais une campagne de diffamation. » C’est en ces termes que la crĂ©atrice de contenu Daniel Amit a rĂ©sumĂ© sa dĂ©cision de porter l’affaire devant la justice. Elle a dĂ©posĂ© au tribunal de première instance de Tel-Aviv une plainte pour diffamation d’un montant de 330 000 shekels contre la journaliste Dana Yerkatzi. La plainte fait suite Ă  une sĂ©rie d’articles et de vidĂ©os publiĂ©s par Yerkatzi au cours de l’annĂ©e Ă©coulĂ©e, dans lesquels elle comparait les gâteaux commercialisĂ©s sous la marque d’Amit Ă  d’autres gâteaux vendus Ă  des prix plus bas. Outre la compensation financière, Amit demande au tribunal d’ordonner le retrait des publications, d’interdire leur diffusion future et d’obliger la dĂ©fenderesse Ă  publier un communiquĂ© de rectification.

La tempĂŞte a commencĂ© en septembre dernier, lorsque Yerkatzi a publiĂ© une sĂ©rie de sujets consacrĂ©s au gâteau au chocolat d’Amit, vendu environ 140 shekels. Ces publications affirmaient que le gâteau Ă©tait fabriquĂ© dans une pâtisserie qui vendait un gâteau similaire Ă  un prix infĂ©rieur de plus de 40 %, une comparaison entre les deux produits Ă©tant prĂ©sentĂ©e Ă  l’appui. Quelques mois plus tard, Yerkatzi est revenue Ă  la charge, cette fois au sujet des gâteaux au fromage d’Amit, affirmant dans l’un de ses sujets qu’on pouvait se procurer « le mĂŞme gâteau ou un gâteau similaire » avec un Ă©cart de prix d’environ 50 %. La confrontation entre les deux femmes s’est poursuivie sur les rĂ©seaux sociaux avant d’atterrir devant le tribunal.

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Des tableaux comparatifs contre des accusations d’amalgame

Selon l’acte d’accusation, les publications ont prĂ©sentĂ© au public une image trompeuse, selon laquelle les gâteaux commercialisĂ©s par Amit seraient en rĂ©alitĂ© les mĂŞmes produits, ou des produits directement comparables, Ă  des gâteaux moins chers. Amit affirme que ces comparaisons ont créé l’impression qu’elle pratiquait des prix excessifs et agissait de façon dĂ©loyale envers les consommateurs. Elle soutient qu’il ne s’agissait pas d’une critique de consommateur lĂ©gitime, mais de comparaisons qui ignoraient des diffĂ©rences substantielles entre les produits : le poids, les ingrĂ©dients, le mode de fabrication, la composition et l’emballage.

Dans son acte de plainte, Amit dĂ©taille que la première vague de publications portait sur son gâteau au chocolat, avant que des articles et des sujets ne visent Ă©galement ses gâteaux au fromage. Ă€ chaque fois, dit-elle, les gâteaux ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©s comme des produits identiques ou similaires Ă  d’autres, avec des comparaisons de prix qu’elle juge non fondĂ©es. Pour Ă©tayer ses affirmations, elle a joint Ă  sa plainte des tableaux comparatifs entre les produits, incluant leur poids, leurs ingrĂ©dients, leur prix et leur emballage, censĂ©s dĂ©montrer qu’il s’agit de produits substantiellement diffĂ©rents.

L’acte de plainte Ă©voque Ă©galement des propos personnels et moqueurs tenus Ă  l’encontre d’Amit et de ses clientes. Dans l’une des vidĂ©os, Yerkatzi aurait dĂ©clarĂ© : « Vous avez entendu parler du gâteau au chocolat Ă  cent quarante shekels de Daniel Amit ? Il est fait par qui, un chef pâtissier du palais de l’ÉlysĂ©e ? » Elle aurait ensuite ajoutĂ© que le gâteau Ă©tait produit par une chaĂ®ne de boulangeries appelĂ©e « Piece of Cake », qui vend un gâteau au chocolat baptisĂ© « Hagiga » pour seulement 80 shekels, avant de conclure qu’il s’agissait d’un « manque de classe, autant chez celle qui achète le gâteau de Daniel Amit que chez celle qui le commercialise ». Selon Amit, ces propos ont créé une image mensongère laissant croire qu’il s’agissait du mĂŞme produit ou d’un produit directement comparable, tout en la prĂ©sentant, elle et ses clientes, de façon humiliante et blessante.

Concernant la confrontation autour des gâteaux au fromage, Amit affirme avoir Ă©tĂ© qualifiĂ©e, entre autres, de « provocatrice Ă  un shekel », de personne « cherchant l’attention sans discernement » et de « chasseuse de likes ». Selon les plaignantes, ces publications ont Ă©tĂ© diffusĂ©es Ă  la tĂ©lĂ©vision, sur les rĂ©seaux sociaux et sur des plateformes numĂ©riques, bĂ©nĂ©ficiant d’une large exposition qui a portĂ© atteinte Ă  sa rĂ©putation, Ă  son image de marque et Ă  la confiance du public envers la marque qu’elle a bâtie.

Une mise en demeure restée sans réponse

Amit affirme qu’avant mĂŞme le dĂ©pĂ´t de la plainte, une lettre de mise en demeure avait Ă©tĂ© envoyĂ©e Ă  la dĂ©fenderesse, exigeant le retrait des publications, l’arrĂŞt de leur diffusion, la publication d’un communiquĂ© de clarification, ainsi qu’une compensation pour le prĂ©judice allĂ©guĂ©. Selon l’acte de plainte, ces demandes sont restĂ©es sans rĂ©ponse. Une lettre a Ă©galement Ă©tĂ© envoyĂ©e en parallèle Ă  l’organisme de diffusion pour lequel travaillait la journaliste, qui a rejetĂ© les accusations le concernant, rĂ©pondant qu’il s’agissait de couverture journalistique et de critique de consommateur lĂ©gitimes, et prĂ©cisant qu’il n’Ă©tait pas responsable des publications parues sur les pages personnelles de la dĂ©fenderesse après qu’elle eut quittĂ© ses fonctions. C’est Ă  la suite de cette rĂ©ponse que les plaignantes ont dĂ©cidĂ© de concentrer leur action uniquement contre la journaliste.

Dans le cadre de sa plainte, Amit demande au tribunal de condamner la dĂ©fenderesse Ă  lui verser une compensation de 330 000 shekels, d’ordonner le retrait de l’ensemble des publications visĂ©es par la plainte, de l’obliger Ă  publier un communiquĂ© de rectification, et de lui accorder les frais de justice et honoraires d’avocat. La dĂ©fenderesse n’a pour l’instant pas rĂ©agi publiquement Ă  ces accusations.

Pour prolonger la lecture sur les affaires de diffamation en IsraĂ«l, notre rĂ©daction avait dĂ©jĂ  couvert le procès de Benny Gantz contre Israel Hayom pour diffamation, ainsi que l’affaire opposant la journaliste Ilana Dayan Ă  un commandant Golani devant la Cour suprĂŞme.