Une enquête conjointe du Shin Bet et de la police israélienne vient de faire tomber un maillon central d’un réseau de contrebande d’armes opérant entre le Sinaï et le Néguev. Le parquet du district Sud a déposé ce lundi devant le tribunal de district de Beer Sheva un acte d’accusation lourd contre Salam Amitel, 20 ans, résident de la localité bédouine de Mesoudei al-Azazme. Le jeune homme est présenté comme une pièce maîtresse d’un réseau d’importation, de commerce et de contrebande d’armes à grande échelle depuis l’Égypte vers Israël, avec un recours systématique aux drones pour faire franchir la frontière aux cargaisons.
Ce que les enquêteurs ont mis au jour dépasse le simple deal isolé. Selon l’acte d’accusation, Amitel a transformé la frontière avec l’Égypte en véritable axe logistique pour les armes, gérant à lui seul une chaîne complète : contact permanent avec des intermédiaires côté égyptien, collecte du matériel livré à divers points de rendez-vous le long de la frontière, transport, dissimulation, puis revente à des acheteurs disséminés en Israël. Chaque arme se négociait à hauteur de plusieurs dizaines de milliers de shekels, un tarif qui donne la mesure du volume d’argent brassé par ce commerce clandestin.
Une grotte-arsenal près de Bir Hadaj
L’un des épisodes détaillés dans le dossier judiciaire illustre l’ampleur du système. Amitel aurait acheté un fusil d’assaut pour 30 000 shekels, qu’il a conservé pendant plusieurs mois, caché dans une grotte à proximité de Bir Hadaj. Cette cache n’était pas un simple point de stockage occasionnel : lors de la perquisition menée sur place, les enquêteurs y ont découvert, en plus des armes longues, deux pistolets, des dizaines de chargeurs, une quantité importante de munitions, ainsi qu’environ 2,3 kilogrammes de haschich, une quantité qui, selon l’accusation, dépasse largement l’usage personnel. La grotte servait donc à la fois de dépôt d’armes et de plateforme pour le trafic de stupéfiants, deux activités que le suspect menait en parallèle.
L’acte d’accusation évoque également un autre épisode, celui d’une opération planifiée avec un habitant du Sinaï pour faire passer trois fusils M-16 au moyen d’un drone. Cette tentative a échoué : l’appareil a été intercepté par les forces de Tsahal et les armes saisies. Après cette interception, Amitel aurait brisé le téléphone portable qui lui servait à organiser la transaction, dans le but déclaré de détruire des preuves et de faire obstacle à l’enquête qui se refermait sur lui.
Un rôle qui dépasse la simple revente
Au-delà de l’achat et de la revente, le dossier lui attribue un rôle actif dans l’assemblage même des armes. Il aurait ainsi aidé son frère et d’autres complices à monter des armes introduites clandestinement depuis le Sinaï, parmi lesquelles des fusils M-16, des kalachnikovs et des mitrailleuses. Ce détail, souligné par l’accusation, place Amitel non pas comme un simple maillon de transport, mais comme un acteur technique du réseau, capable de transformer des pièces détachées ou des armes endommagées en matériel opérationnel prêt à être écoulé.
La liste des charges retenues contre lui est à la mesure de ce rôle : importation d’armes, commerce d’armes, achat, port, transport et détention d’armes, entrave à la justice, infractions liées aux stupéfiants et infractions routières. Un empilement de chefs d’accusation qui reflète la diversité des activités illégales que les enquêteurs du Shin Bet et de la police lui reprochent, sur une période allant de 2025 à 2026.
Cette affaire s’inscrit dans une problématique plus large que les autorités israéliennes surveillent de près depuis plusieurs années : la porosité de la frontière avec le Sinaï, régulièrement exploitée par des réseaux de contrebande d’armes et de drogue qui profitent du terrain désertique et des zones bédouines proches de la ligne frontalière pour organiser leurs échanges. Le recours aux drones, déjà observé dans d’autres dossiers similaires, illustre une évolution des méthodes de contrebande, les trafiquants cherchant à contourner la surveillance au sol par la voie aérienne. L’interception réussie par Tsahal dans le cas des trois M-16 montre toutefois que ces tentatives restent sous étroite surveillance des forces de sécurité israéliennes.
Pour approfondir ce sujet, deux articles déjà publiés sur infos-israel.news éclairent le contexte de ces trafics à la frontière égyptienne :
- La police égyptienne a tiré sur une jeep de Tsahal à la frontière, qui revient sur des arrestations liées au trafic de drogue dans la ville bédouine de Bir Hadaj.
- L’Égypte se prépare à la guerre, mais pas contre Israël, qui détaille l’impact du verrouillage du terminal de Rafah sur les revenus de la contrebande d’armes depuis le Sinaï.






