Un juge de Nouvelle-Galles du Sud, en Australie, a statué que Mohommed Farhat, 22 ans, qui arbore un tatouage du Hezbollah et qui avait dégradé des voitures et des biens en y taguant à la bombe les slogans « F— Israël » et « Le PKK arrive », n’avait pas agi par motivation antisémite et ne pouvait donc pas être placé sur une liste de surveillance antiterroriste. Le juge Desmond Fagan est parvenu à cette conclusion en estimant que l’hostilité envers Israël et la haine des Juifs étaient deux choses entièrement distinctes. De nombreux membres de la communauté juive contestent vivement cette analyse.
Une nuit de vandalisme au cœur d’un quartier juif de Sydney
Mohommed Farhat avait mené, dans la nuit du 20 novembre 2024, une campagne de destruction de quarante et une minutes dans le quartier de Woollahra, dans l’est de Sydney, considéré comme l’un des bastions de la communauté juive australienne. Avec son complice Thomas Stojanovski, également âgé de 21 ans à l’époque, il avait recouvert de graffitis dix véhicules, incendié deux d’entre eux et dégradé quatre bâtiments dans ce quartier résidentiel. Parmi les inscriptions taguées à la bombe figuraient les slogans « F— Israël » et « Le PKK arrive » — une référence au Parti des travailleurs du Kurdistan, organisation classée terroriste par les gouvernements turc et australien.
À découvrir aussi :
Farhat avait été emprisonné en novembre pour une peine maximale d’un an et huit mois après avoir plaidé coupable de quinze chefs d’accusation, dont plusieurs comptes de dégradation de biens.
Un raisonnement judiciaire contesté
Dans le cadre d’une procédure visant à le placer sous une ordonnance de surveillance antiterroriste prolongée, l’accusation, représentée par la procureure Patricia McDonald, avait fait valoir que les messages retrouvés sur le téléphone de Farhat — évoquant le Hezbollah, la mort de son chef Hassan Nasrallah, les opérations militaires israéliennes au Liban et sa colère face aux événements touchant le sud du pays — démontraient une trajectoire extrémiste.
Le juge Fagan a rejeté cette interprétation, estimant que ces échanges reflétaient simplement des jeunes hommes discutant d’un conflit affectant leurs familles et leur communauté, plutôt qu’une preuve d’antisémitisme ou de risque terroriste futur. Dans sa décision rendue le 30 juillet, le magistrat a conclu que les éléments de preuve n’atteignaient pas le seuil légal requis, estimant que les actes de Farhat avaient été motivés par une rémunération promise plutôt que par une idéologie. Tout au long de l’audience, qui s’est étalée sur une semaine, le juge Fagan a distingué à plusieurs reprises la critique politique de l’État d’Israël de la haine envers les Juifs en tant que groupe, allant jusqu’à déclarer : « Ce n’est pas la même chose. Vous traitez tous les Juifs comme un bloc monolithique. »
Un tatouage minimisé, un aveu de vengeance ignoré
Farhat porte notamment un tatouage représentant le symbole du Hezbollah au niveau du cou, qu’il affirme avoir choisi uniquement pour son esthétique, sans en connaître la signification. Le jeune homme avait par ailleurs affirmé ne pas avoir su qu’il diffamait la communauté juive, expliquant avoir été motivé par l’argent et la drogue plutôt que par des préjugés.
Ce qui rend la décision d’autant plus controversée, c’est qu’un tribunal avait déjà entendu, lors d’une audience distincte en janvier dernier, que Farhat avait tenu des propos menaçants depuis sa cellule après l’attaque terroriste de Bondi Beach, ayant coûté la vie à quinze personnes le 14 décembre. Lors d’un appel téléphonique passé depuis la prison, Farhat aurait déclaré qu’il tuerait les responsables de la fusillade, exprimant vouloir se venger « au nom de la communauté juive » — un aveu qui n’a manifestement pas suffi à convaincre le juge Fagan d’un risque de récidive à motivation antisémite.
Sur les décisions de justice minimisant le caractère antisémite d’actes de violence ou de vandalisme visant des Juifs, notre rédaction avait déjà rapporté le cas de l’agression d’un enfant juif portant la kippa à Montmagny, dont le caractère antisémite n’avait pas été retenu par le juge des enfants, ainsi que la multiplication des graffitis antisémites dans les universités françaises.






