Antisémitisme dans une université au Portugal — et menaces contre un doctorant israélien : « Sinwar est un héros »

Le ministère portugais de l’Enseignement supérieur a saisi le procureur général de l’État, Amadeu Guerra, d’une demande d’ouverture d’une enquête pénale pour soupçon d’antisémitisme, de discrimination et d’incitation à la haine et à la violence à l’université de Coimbra. La saisine, également transmise au département central d’enquête pénale et au parquet du district de Coimbra, s’appuie sur les plaintes déposées contre l’université par un doctorant nommé Bar Harel, de nationalité américaine, portugaise et israélienne.

La démarche fait suite à un courrier officiel transmis le 22 mai par le cabinet du Premier ministre portugais au ministère de l’Enseignement supérieur, lui-même consécutif à une plainte de citoyens reçue environ huit jours plus tôt.

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Affiches, drapeaux du Hezbollah et menaces de mort

Selon la plainte, entre juillet 2024 et mai 2026, des affiches, autocollants et graffitis à caractère antisémite et incitant à la haine contre les Juifs, les Israéliens et les sionistes ont été apposés à la faculté des Sciences et de Technologie ainsi que dans d’autres facultés de l’université (droit, médecine, chimie), avec des phrases telles que « les sionistes devraient porter une carte prouvant qu’ils sont des êtres humains » ou « méfiez-vous des sionistes ». Aux mêmes endroits, des drapeaux du Hezbollah auraient été hissés et des images de soutien au Hamas affichées, aux côtés d’une affiche qualifiant Yahya Sinouar de « héros » — un élément que le document qualifie de possible apologie d’une organisation terroriste.

Harel, toujours selon la plainte, a été la cible de menaces de mort, dont la phrase « ta famille mérite une seconde Shoah », ainsi que d’une agression physique alléguée pour avoir porté un petit drapeau israélien sur son sac. L’étudiant aurait, à la suite de ces événements, abandonné son doctorat en génie informatique au sein de l’université.

Le ministère précise ne pas disposer, à ce stade, de l’identité des auteurs des faits ni d’éléments supplémentaires, et demande au procureur général d’ordonner l’ouverture de procédures d’enquête. Le document détaille les infractions potentielles envisagées : discrimination et incitation à la haine et à la violence, apologie publique d’une organisation terroriste, menaces et atteinte à l’intégrité physique.

Une université accusée de « passivité », qui se défend

Cette saisine du parquet intervient après une décision antérieure du médiateur portugais (l’équivalent du défenseur des droits), qui avait conclu en mars 2026 que l’université avait échoué dans le traitement des plaintes de Harel. Le médiateur avait constaté une « passivité substantielle », l’absence de toute mesure de prévention, de réduction ou de résolution de la situation, et avait même relevé que l’étudiant avait été menacé de poursuites judiciaires s’il rendait cela public — un comportement qualifié d’atteinte aux droits fondamentaux de l’étudiant.

L’université de Coimbra a répondu que, dès réception des signalements de l’étudiant, elle avait mis à sa disposition un accompagnement par les instances compétentes, y compris un soutien psychologique. Selon l’établissement, les plaintes étaient « générales et ne comportaient pas d’éléments concrets tels que l’identification des personnes impliquées, un lieu précis ou une période déterminée », ce qui aurait rendu impossible leur vérification ou tout suivi, malgré des demandes répétées adressées à l’étudiant pour obtenir davantage de précisions. L’université affirme également que les affiches mentionnées par l’étudiant n’ont pas été localisées sur le campus, qu’elle a elle-même saisi les autorités compétentes au sujet de cette affaire, et qu’elle a transmis aux autorités une allégation selon laquelle l’étudiant aurait exigé trois millions d’euros pour renoncer à toute action judiciaire contre elle — une demande que l’université dit avoir « immédiatement rejetée ».

L’affaire fait l’objet, ces derniers jours, d’une large couverture par l’ensemble des médias portugais, sites d’information et grandes chaînes de télévision compris, sur fond de saisine officielle du parquet par le gouvernement.

L’ambassade d’Israël au Portugal a réagi à la décision des autorités dans une publication Facebook, se disant heureuse d’apprendre que les autorités portugaises avaient décidé d’ouvrir une enquête sur l’antisémitisme à l’université de Coimbra, et appelant l’ensemble des autorités à poursuivre la lutte contre l’antisémitisme ainsi qu’à enquêter sur d’autres cas déjà portés à leur connaissance par l’ambassade.

De son côté, l’étudiant a déclaré mener ce combat depuis plusieurs années et que l’ensemble des preuves parle de lui-même. Il s’est dit heureux que les autorités aient décidé d’ouvrir une enquête après de nombreuses plaintes ayant atteint le Parlement européen et après une décision sans précédent sur le continent de la part du médiateur portugais. Il a ajouté se battre pour que les étudiants israéliens et juifs ne soient plus la cible de la haine au sein des établissements d’enseignement, et pour que la loi soit appliquée de manière égale, précisant avoir reçu une aide importante de la part d’avocats, notamment de l’organisation internationale des avocats et juristes juifs.

Ce dossier s’inscrit dans une inquiétude plus large concernant la situation des étudiants juifs et israéliens sur les campus européens, comme le rappelaient déjà nos articles sur le climat de peur ressenti par les étudiants juifs dans les universités britanniques, et sur la désertion des grandes universités américaines par de nombreux étudiants juifs face à la montée des actes antisémites.