Les inspecteurs ont demandé de retirer la séparation : des tensions lors de la prière des Selichot à Tel-Aviv

Le militant de droite Mordechai David a entamé mercredi soir une série de prières de Selichot dans l’espace public à Tel-Aviv, qu’il compte organiser en séparation complète entre hommes et femmes. Le premier événement s’est tenu place Habima, et d’autres prières sont prévues ensuite place Dizengoff.

Selon David, il a l’intention de tenir ces prières deux fois par semaine jusqu’à Yom Kippour. Les inspecteurs municipaux sont restés à l’écart, et ce n’est que vers la fin de la prière qu’ils sont venus retirer la séparation, conformément au règlement municipal. Malgré la préparation entourant l’événement, seuls une vingtaine d’hommes et quatre femmes se sont rendus place Habima. Une cloison destinée à créer une séparation entre hommes et femmes avait été installée sur place, mais elle n’est pas restée en position et a été emportée par le vent à plusieurs reprises.

Israel Hai - Toute l actualite israelienne en une seule application gratuite

Des dizaines de policiers se sont déployés dans le secteur pour sécuriser la prière. Au cours de l’événement, des passants ont circulé aux alentours, et quelques remarques ont ponctuellement été lancées par certains d’entre eux, mais aucun affrontement ni incident notable ne s’est produit, la plupart des passants traitant l’événement comme une curiosité plutôt qu’une provocation à combattre.

Entre indifférence des passants et tension avec les autorités

« Il s’agit d’une curiosité. Vous voyez vous-même combien peu de gens sont venus ici. À mon avis, mieux vaut simplement les ignorer et ne pas donner à cet événement plus d’attention qu’il n’en reçoit de toute façon », a déclaré Ronen, un passant venu avec ses enfants.

David compte poursuivre cette série d’événements dans les semaines à venir, avec des prières prévues aussi bien place Habima que place Dizengoff, deux fois par semaine jusqu’à Yom Kippour. Des tensions sont apparues entre les policiers et les fidèles après que les inspecteurs ont demandé le retrait de la séparation et que les fidèles ont refusé de s’exécuter. La prière s’est poursuivie malgré tout, la sculpture de Kadishman présente sur la place servant alors de cloison de séparation improvisée.

Selon des médias israéliens, l’événement s’inscrit dans une série que David prévoit de mener avec des systèmes de sonorisation puissants dans plusieurs places centrales de Tel-Aviv, sur fond de sensibilité et de tension persistantes ces dernières années autour de la tenue de prières et d’événements à caractère religieux dans l’espace public de la ville. Selon d’autres comptes rendus de la soirée, la police et les inspecteurs municipaux s’étaient déployés en nombre par crainte qu’il ne s’agisse d’une provocation susceptible de dégénérer en affrontements, en écho aux émeutes survenues lors de la prière de Yom Kippour en 2023, peu avant le 7 octobre.

Une figure controversée derrière l’initiative

Mordechai David, 27 ans, s’est fait connaître ces dernières années pour ses actions de blocage et de harcèlement visant des manifestants, journalistes et personnalités publiques identifiées à la gauche israélienne, ainsi que pour l’organisation de prières en séparation dans des espaces à forte identité laïque comme la place Dizengoff, qu’il présente lui-même comme une réponse directe aux méthodes de la contestation de gauche. Il a par le passé été condamné pénalement, notamment pour tentative d’incendie lors des émeutes de Bnei Brak sur fond de restrictions sanitaires liées au Covid, et fait l’objet d’ordonnances d’éloignement pour harcèlement. Il bénéficie, selon plusieurs médias israéliens, du soutien affiché de plusieurs ministres du gouvernement, dont le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir.

Le sujet des prières en séparation dans l’espace public tel-avivien avait déjà provoqué une intense controverse par le passé. En 2024, la Cour suprême avait autorisé l’organisation « Rosh Yehudi » à tenir une prière en séparation genrée à l’occasion de Yom Kippour, tout en la déplaçant de la place Dizengoff vers le jardin Meïr, une décision qui avait suscité un vif débat entre défenseurs de la liberté de culte et opposants dénonçant une atteinte au caractère laïc de l’espace public. Un précédent événement similaire organisé par la même organisation avait par ailleurs donné lieu à des manifestations tendues, au cours desquelles un rabbin avait été pris à partie par des dizaines de manifestants.

L’initiative de Mordechai David, bien que n’ayant réuni qu’une trentaine de participants lors de sa première soirée, illustre la persistance de ce clivage entre tenants d’une présence religieuse affirmée dans l’espace public tel-avivien et défenseurs du caractère laïc de la ville, un débat qui ressurgit chaque année à l’approche des grandes fêtes juives.