L’été 2026 restera gravé dans la mémoire de centaines de millions d’Européens. Trente-huit degrés à Budapest et à Paris ne sont plus considérés comme un événement exceptionnel, mais comme une routine implacable qui s’étire sur de longues journées et revient régulièrement. Les touristes souffrent au même titre que les habitants — et commencent à modifier leurs choix de destinations.
Des données récentes de VisitBritain, l’agence nationale du tourisme britannique, montrent que sur les réservations de vols effectuées durant les six semaines s’étant achevées le 19 juillet, une hausse de 15 % a été enregistrée pour les aéroports écossais par rapport à la même période l’an dernier. Ce chiffre tranche particulièrement avec la tendance observée dans le reste de la Grande-Bretagne : les réservations pour Londres ont chuté de 5 %, pour le reste de l’Angleterre de 4 %, et pour le nord de l’Angleterre de 3 %.
Les données de dépenses racontent une histoire similaire. Au premier trimestre 2026, les dépenses par carte Visa des touristes en Écosse ont été supérieures de 19 % par rapport à la même période l’année précédente. En Angleterre, la même période n’a enregistré qu’une hausse de 3 %, tandis que le Pays de Galles a même connu un recul.
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Quand la chaleur commence à influencer le choix de destination
Une étude publiée cet été par l’European Travel Commission, l’organisme qui fédère les agences nationales de tourisme européennes et suit les tendances de voyage sur le continent, a révélé que 76 % des Européens affirment que les considérations climatiques influencent déjà, d’une manière ou d’une autre, leur comportement de voyage. Parmi ceux qui adaptent leurs projets de vacances, 16 % ont déclaré rechercher activement des destinations où les températures sont plus modérées, et 15 % ont indiqué éviter les régions sujettes à des chaleurs extrêmes ou vérifier les prévisions avant de réserver.
Les recherches en ligne reflètent elles aussi cette tendance. Le groupe touristique Awaze a signalé une explosion de 420 % des recherches pour le terme « coolcations » en l’espace de trois mois, ainsi qu’une hausse de 300 % des recherches liées à la « fuite de la chaleur ». L’Écosse est devenue la destination de vacances intérieures la plus demandée du Royaume-Uni.
Et elle n’est pas seule. D’autres pays du nord bénéficient eux aussi de cet intérêt croissant pour les vacances au frais : les données de Trivago font état d’une forte hausse des réservations britanniques vers la Norvège, la Suède et le Danemark pour l’été en cours. Pendant ce temps, le sud de l’Europe continue de faire face à de longues périodes de chaleur extrême. En juin, des vagues de chaleur inhabituelles ont touché certaines régions d’Espagne, de France et d’Italie, avec des températures approchant, voire dépassant, la barre des 40 degrés dans certaines zones. Le mois d’août a lui aussi connu des périodes de forte chaleur prolongée.
L’Écosse elle-même n’est pas à l’abri du réchauffement : des températures supérieures à la moyenne ainsi que des périodes de sécheresse et des incendies y ont également été enregistrés cette année. L’écart avec le sud de l’Europe reste néanmoins significatif : durant la première moitié de l’été, la température moyenne en Écosse a été supérieure d’environ 0,9 degré à la moyenne saisonnière, contre environ 2,4 degrés au-dessus de la moyenne en Angleterre.
La base de cette croissance existait déjà auparavant. En 2024, l’Écosse a accueilli environ 4,37 millions de touristes étrangers, soit une hausse de 9 % par rapport à 2023 et de 26 % par rapport à 2019. Ils y ont dépensé près de 4 milliards de livres sterling.
Pas seulement la météo : Américains, « Outlander » et Harry Potter
Qui cherche une explication à cette hausse de la demande doit également regarder au-delà des seules températures. Les États-Unis constituent, de loin, le marché touristique international le plus important pour l’Écosse. En 2024, environ 964 000 visites d’Américains ont été enregistrées dans le pays, soit une hausse de 21 % en une seule année. Ces visiteurs ont dépensé environ 1,44 milliard de livres sterling — plus d’un tiers de l’ensemble des dépenses des touristes internationaux en Écosse durant la même période. Cette année, American Airlines a lancé une liaison saisonnière directe entre New York JFK et Édimbourg, United a rouvert une ligne quotidienne saisonnière entre Newark et Glasgow, et WestJet a également repris sa liaison directe entre Glasgow et Toronto.
Il existe aussi une force touristique difficile à mesurer uniquement par le nombre de vols : la télévision et le cinéma. Selon VisitScotland, environ 19 % des touristes ayant séjourné dans le pays ont déclaré que des films, des séries télévisées ou des œuvres littéraires avaient influencé leur choix de s’y rendre. « Outlander », les films « Harry Potter » et « Braveheart » figurent parmi les productions les plus associées à ce phénomène.
Une autre étude a estimé qu’en 2023 seulement, environ 1,14 million de touristes s’étant rendus en Écosse pouvaient voir leur visite liée à un contenu vu à l’écran. Leurs dépenses totales durant leur séjour se sont élevées à environ 787 millions de livres sterling. Édimbourg est l’une des principales bénéficiaires de cette demande : en 2024, la ville a enregistré plus de 5 millions de nuitées, pour des dépenses avoisinant les 2,57 milliards de livres sterling. Ce succès a toutefois un prix : en juillet est entrée en vigueur une taxe de séjour de 5 % du prix de la nuitée, que la municipalité estime pouvoir rapporter jusqu’à 50 millions de livres sterling par an.
Au-delà d’Édimbourg également, des questions commencent à se poser sur les limites de cette croissance. Les Highlands, l’île de Skye et d’autres régions rurales attirent de plus en plus de voyageurs, mais les infrastructures locales ne sont pas toujours adaptées pour absorber un afflux important de visiteurs. Des sites comme les Fairy Pools sur l’île de Skye ou le Royal Mile à Édimbourg connaissent déjà, à certaines périodes, une fréquentation particulièrement dense.






