Après la résurrection des morts : devrons-nous nous remarier ?

Une question halakhique aussi rare que fascinante a été posée récemment : un homme ayant traversé un état de mort clinique, puis réanimé avec succès, a raconté par la suite que son âme était montée au ciel avant de redescendre dans son corps. Doit-on, dans ce cas, considérer qu’il est mort pour un temps et qu’il lui faudrait sanctifier de nouveau son épouse par un nouveau mariage ? Et que se passera-t-il, sur ce même principe, le jour de la résurrection des morts ?

La réponse, sur le plan pratique immédiat, est claire : une personne ayant subi une réanimation n’est pas considérée comme quelqu’un qui est mort puis ressuscité. Tant que son décès n’a pas été établi selon les critères de la halakha, son mariage ne s’est jamais rompu, et aucune nouvelle sanctification (kidouchin) n’est nécessaire.

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Ce qu’écrivait le Ben Ish Haï sur les « nouveaux visages »

La question devient en revanche bien plus complexe lorsqu’elle est posée à propos de la véritable résurrection des morts attendue à la fin des temps. Le rabbin Yossef Haïm de Bagdad, connu sous le nom de « Ben Ish Haï », l’un des plus grands décisionnaires du judaïsme oriental au tournant du XXe siècle, a abordé cette question dans son recueil de responsa Rav Pealim, au sein du traité kabbalistique Sod Yesharim. Il y écrit qu’au moment du décès, les liens d’une personne avec ce monde se dissolvent, et que lorsqu’elle se relèvera lors de la résurrection des morts, elle sera considérée, selon ses termes, comme des « visages nouveaux arrivés ici » — c’est-à-dire une personne juridiquement distincte de celle qui existait avant sa mort. Sur cette base, certains ont avancé qu’un nouveau mariage serait alors nécessaire.

Le Ben Ish Haï a d’ailleurs été directement interrogé sur ce sujet par un autre rabbin, qui lui demandait ce qu’il adviendrait d’une veuve remariée : lors de la résurrection, reviendrait-elle à son premier mari ou resterait-elle unie au second ? Le rabbin questionneur s’inquiétait alors d’une contradiction apparente avec un principe fondamental de la Torah, selon lequel une femme remariée après le décès de son premier époux ne peut plus jamais lui être réunie. Le Ben Ish Haï a répondu longuement à cette difficulté, en s’appuyant notamment sur un passage du Zohar sur la paracha Beréchit, selon lequel, après la résurrection, l’âme de la femme retournerait à son premier mari, le corps qui se relèvera étant considéré comme un corps entièrement nouveau, de sorte que tout lien juridique antérieur, propre au corps d’avant la mort, serait annulé — un raisonnement qui, selon lui, permettrait de contourner l’interdit sans le violer, puisqu’il ne s’agirait techniquement pas d’un retour au « même » mari sur le plan corporel.

Une seconde question : à qui reviendra la femme remariée ?

Cette question du sort de la femme remariée après la résurrection a également retenu l’attention du grand décisionnaire contemporain Rav Ovadia Yossef, qui l’évoque dans son propre recueil de responsa, Yabia Omer. S’appuyant lui aussi sur les mêmes sources du Zohar, il rejoint globalement la position selon laquelle l’âme retrouvera son premier époux lors de la résurrection, tout en soulignant la complexité et la sensibilité de cette question, qui touche à la fois au statut du mariage, à la question de la propriété des biens transmis en héritage, et à la nature exacte du corps qui se relèvera.

Ces débats, aussi vertigineux soient-ils, restent néanmoins encadrés par une mise en garde importante formulée par Maïmonide (le Rambam) lui-même. Dans son Igueret Tehiyat Hametim (l’Épître sur la résurrection des morts), il avertit qu’il ne convient pas de multiplier les spéculations sur des sujets dont la connaissance précise échappe à l’entendement humain de ce monde. Selon lui, ces questions ne trouveront leur véritable réponse que le jour où la résurrection des morts adviendra effectivement.

En attendant, la halakha pratique reste simple et sans ambiguïté pour les vivants d’aujourd’hui : une réanimation médicale, aussi spectaculaire soit-elle, ne constitue en aucun cas une interruption du mariage, et aucune démarche halakhique supplémentaire n’est requise dans ce cas. Ces questions fascinantes, qui traversent des siècles de littérature rabbinique, illustrent la profondeur avec laquelle la tradition juive a de tout temps cherché à anticiper, avec prudence et humilité, les mystères de la vie après la mort.

Ce type de question, à mi-chemin entre halakha pratique et pensée juive, rejoint d’autres débats fascinants où la tradition rabbinique s’attelle à des situations inédites, comme la question de savoir si une menorah électrique peut valablement remplir la mitsva de Hanouccah.