Il aura tenu moins de trois ans. Le Jerusalem Coffee House, établissement d’Oakland en Californie détenu par un propriétaire palestinien et connu pour son identité militante pro-palestinienne affichée sans détour, a baissé le rideau la semaine dernière. Officiellement, son gérant Abdulrahim Harara consacre désormais son énergie aux procédures qui le visent. Trois fronts judiciaires se sont ouverts contre lui, portés par le département de la Justice des États-Unis, par l’Anti-Defamation League et par le Louis D. Brandeis Center for Human Rights Under Law.
L’affaire de discrimination qui a mené à cette fermeture repose sur les récits de deux clients juifs. Tous deux affirment avoir été pris pour cible dans l’établissement pour un même motif : la casquette qu’ils portaient, ornée d’une étoile de David.
Une casquette, un enfant de cinq ans et une porte
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L’épisode le plus médiatisé est celui de Jonathan Hirsch. Selon sa plainte, il est entré dans le café accompagné de son fils de cinq ans, avec un projet des plus banals : boire quelque chose et faire une partie d’échecs. Le propriétaire l’a interpellé au sujet de l’étoile de David figurant sur son couvre-chef, puis lui a ordonné de sortir.
La scène n’est pas restée un récit contradictoire entre deux versions. Une vidéo de l’échange existe, et elle est accablante. On y voit Harara qualifier le symbole juif de « violent » et demander à Hirsch s’il est sioniste. La vidéo de l’incident est visible ici : voir la séquence.
C’est ce document qui a fait basculer l’affaire d’un litige privé vers une procédure fédérale. Le département de la Justice a déposé une plainte pour violation des droits civiques, accusant le café et son propriétaire de discrimination religieuse dans le traitement réservé à Hirsch et à un second client juif. Autrement dit, ce qui aurait pu rester une querelle de comptoir entre un patron et un consommateur est devenu une affaire d’État.
Un menu daté du 7 octobre
This Jewish man who was harassed and thrown out of an Oakland café along with his child, is reportedly suing the business.
This is the same café that offers a « Sweet Sinwar » item on the menu.
— 𝐍𝐢𝐨𝐡 𝐁𝐞𝐫𝐠 🇮🇷 ✡︎ (@NiohBerg) February 16, 2025
Le Jerusalem Coffee House n’en était pas à sa première polémique. Le 7 octobre 2024, jour anniversaire exact du massacre perpétré par le Hamas en Israël, l’établissement a dévoilé une nouvelle carte. On y trouvait une boisson baptisée « Sweet Sinwar », un nom que les critiques ont immédiatement rattaché à Yahya Sinwar, chef du Hamas et l’un des cerveaux de l’attaque du 7 octobre. Une autre s’appelait « Iced in Tea Fada » — un jeu de mots transparent sur « intifada ». La carte comportait par ailleurs des triangles rouges inversés, symbole devenu associé à la propagande du Hamas pour désigner les cibles israéliennes.
Harara a contesté toute intention de rendre hommage au chef terroriste. Sa défense : Sinwar est un patronyme palestinien répandu, rien de plus. Quant à la date choisie pour lancer ce menu, il a soutenu qu’elle correspondait simplement à l’anniversaire de l’ouverture de son café, et non à une commémoration de l’attaque. Le café avait effectivement ouvert ses portes en octobre 2023.
L’argument n’a convaincu ni les organisations juives ni, semble-t-il, la clientèle. Trois ans plus tard, l’établissement est fermé et son propriétaire affronte plusieurs dossiers de discrimination devant la justice américaine.
This Jewish man who was harassed and thrown out of an Oakland café along with his child, is reportedly suing the business.
This is the same café that offers a « Sweet Sinwar » item on the menu.
— 𝐍𝐢𝐨𝐡 𝐁𝐞𝐫𝐠 🇮🇷 ✡︎ (@NiohBerg) February 16, 2025
Du côté du Brandeis Center, la fermeture a été accueillie comme une victoire. Son président, Kenneth Marcus, a résumé sa position au San Francisco Standard en une formule brève : la discrimination a un prix. Le message vise clairement au-delà de ce seul commerce d’Oakland — il s’adresse à tous les établissements tentés de trier leur clientèle selon les symboles religieux qu’elle affiche.
Pour les deux clients juifs qui affirment avoir été mis dehors pour avoir simplement porté un signe d’appartenance, en revanche, la fermeture ne referme rien. Le combat judiciaire, lui, se poursuit. Ce qu’ils réclament n’est pas la disparition d’un café, mais la reconnaissance formelle qu’un symbole millénaire du judaïsme ne peut pas servir de motif d’expulsion sur le sol américain.
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