Abandon ? Trump promeut la Syrie et laisse Israël derrière

Il a suffi d’un message. Donald Trump a publié il y a peu, sur les réseaux sociaux, un texte dans lequel il se félicitait de la perspective qu’un oléoduc reliant l’Irak à la Syrie vienne se substituer au détroit d’Ormuz, aujourd’hui dans la ligne de mire iranienne. Le président y partageait, sur un ton de célébration, un article consacré à ce corridor commercial potentiel.

Le geste paraît anodin. Il ne l’est pas. Car ce que le locataire de la Maison-Blanche applaudit là pourrait signaler un virage préoccupant dans la politique énergétique américaine et dans la manière dont Washington promeut ses intérêts régionaux.

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Bassorah–Banias : le tracé qui contourne tout

Le projet est porté par les autorités syriennes en partenariat avec le groupe américain Chevron, et il a déjà reçu l’appui du président Trump. Il prévoit la construction d’un oléoduc reliant Bassorah, dans le sud de l’Irak, à la ville de Banias, sur la côte méditerranéenne de la Syrie.

La logique économique se comprend en un coup d’œil. Depuis avril, quelque cinq mille camions-citernes traversent chaque jour le désert syrien, acheminant du brut du Golfe persique jusqu’à la Méditerranée. Ce qui n’était au départ qu’une expérimentation improvisée d’exportateurs irakiens cherchant à contourner Ormuz, après l’arrêt du trafic maritime provoqué par la guerre américano-israélienne contre l’Iran, est devenu un flux permanent. Le pipeline projeté suivrait exactement le même itinéraire, mais transporterait deux millions de barils par jour.

La Syrie du nouveau président Ahmed al-Charaa se vend désormais comme un corridor terrestre stable, une alternative crédible au détroit le plus disputé du monde, avec un accès direct à l’Europe par le port de Banias. L’argumentaire fonctionne : le contrat final est attendu ce mois-ci, porté par un consortium réunissant Chevron, le français TotalEnergies et des investisseurs syriens et qataris. La Compagnie pétrolière syrienne, entreprise d’État, exploitera l’infrastructure. Des drones et des dispositifs de surveillance avancés sont à l’étude pour la sécuriser, avec un soutien sécuritaire américain à la clé. Des discussions sont même engagées pour prolonger un jour la conduite jusqu’au Qatar, et des analystes estiment que d’autres producteurs du Golfe, le Koweït en tête, pourraient s’y greffer.

Ce qu’Israël perd dans l’affaire

Voilà pour l’économie. La géopolitique, elle, est moins réjouissante vue de Jérusalem.

Ce projet entre en concurrence directe avec le corridor du « chemin de fer de la paix », promu jusqu’ici par les États-Unis eux-mêmes. Ce tracé-là devait relier l’Inde aux Émirats arabes unis, puis à l’Arabie saoudite, traverser Israël et rejoindre l’Union européenne. Israël en était le maillon central — physiquement, économiquement, symboliquement.

Même s’il s’agit d’un projet distinct et non d’un détournement du corridor initialement prévu, le signal envoyé n’échappera à personne. L’administration américaine pourrait s’orienter vers une politique régionale différente de celle qu’elle affichait jusqu’à présent. Et il n’est pas exclu que Trump considère désormais le corridor ferroviaire comme un projet mort.

Il aurait quelques raisons de le penser. Riyad refuse catégoriquement que la ligne transite par Israël tant que celui-ci n’aura pas accepté la création d’un État palestinien. Le blocage est politique, et il dure.

Reste que la substitution est loin d’être neutre. D’un côté, un corridor qui passait par un allié démocratique et faisait d’Israël un carrefour incontournable entre l’Asie et l’Europe. De l’autre, un corridor qui passe par une Syrie sortie de la guerre civile il y a à peine plus d’un an, dirigée par un homme dont le passé n’a pas fini d’être scruté, et dont la stabilité reste à démontrer. L’envoyé spécial de Trump, Tom Barrack, a résumé l’ambition du projet en une formule : faire du détroit d’Ormuz une préoccupation secondaire.

Le calcul de Washington est peut-être froidement rationnel. Il n’en laisse pas moins Israël sur le bord du tracé.

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