Le président américain Donald Trump et son secrétaire au Trésor Scott Bessent ont multiplié cette semaine les déclarations affirmant que la construction de nouveaux oléoducs à travers le Moyen-Orient permettra bientôt de contourner le détroit d’Ormuz, réduisant à néant l’un des principaux leviers de pression dont dispose l’Iran dans le conflit qui l’oppose à Washington et à Israël. Selon Trump, l’Iran risque de se retrouver avec « un détroit d’Ormuz qui ne sera plus vraiment nécessaire » si Téhéran ne fait pas preuve de plus de pragmatisme dans les négociations.
Scott Bessent a développé cette idée lors d’un échange avec l’animateur de Fox Business Larry Kudlow, en marge d’une réunion des ministres des Finances du G20 à Asheville, en Caroline du Nord. Le secrétaire au Trésor a affirmé que le détroit deviendrait, selon ses termes, « un bout d’eau sans valeur » d’ici deux ans, une fois les nouveaux oléoducs terrestres achevés. Il a précisé que jusqu’à 70 % de l’énergie transitant habituellement par cette voie maritime pourrait, à terme, emprunter ces nouvelles infrastructures terrestres.
Le détroit d’Ormuz constitue un point de passage stratégique pour le commerce mondial de l’énergie : selon l’Agence internationale de l’énergie, il a représenté près de 34 % du pétrole brut mondial transporté en 2025, la majorité de ces exportations étant destinée aux pays d’Asie. Depuis le début du conflit entre l’Iran et la coalition américano-israélienne fin février, l’Iran a considérablement restreint la circulation dans cette zone, contribuant à faire grimper les cours du brut, le Brent étant passé d’environ 72 dollars le baril avant la guerre à plus de 95 dollars récemment.
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Plusieurs pays du Golfe, dont l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Irak et la Turquie, ont effectivement conclu des accords pour construire de nouveaux oléoducs destinés à contourner le détroit. Un projet reliant l’Irak à la Syrie, en particulier, est évoqué comme alternative potentielle, mais sa construction est estimée à environ quatre ans et à un coût de 15 milliards de dollars, ce qui rend peu probable une bascule rapide du commerce pétrolier régional.
Cette perspective a d’ailleurs été accueillie avec un net scepticisme par plusieurs analystes du secteur énergétique. David Goldwyn, ancien envoyé spécial du département d’État américain pour les questions énergétiques, a estimé que les contraintes actuelles sur les exportations via le détroit constitueraient une caractéristique durable de la région pour les années à venir, jugeant peu probable que les États-Unis parviennent à imposer par la voie militaire une liberté de navigation totale dans la zone. L’analyste Robert McNally a pour sa part qualifié de largement exagérée l’idée que le détroit deviendrait « inutile », le décrivant au contraire comme le point de passage le plus stratégique de la planète en matière de flux énergétiques.
Ces déclarations interviennent dans un contexte de pression économique accrue exercée par Washington sur Téhéran, l’administration Trump ayant présenté à la mi-août une vaste opération de sanctions contre le régime iranien, incluant le gel d’avoirs visant près de soixante entités, individus et navires accusés de faciliter le contournement des sanctions par l’Iran. Le Trésor américain a averti les pays tiers qu’ils s’exposaient eux-mêmes à des sanctions s’ils maintenaient des liens financiers avec Téhéran.






