Alors que l’accusation d’« apartheid » revient régulièrement dans le débat international sur Israël, certains citoyens arabes israéliens ont choisi de s’exprimer publiquement pour contester ce terme à partir de leur propre expérience. Parmi les voix les plus médiatisées figure celle de Yoseph Haddad, chrétien orthodoxe arabe né à Haïfa en 1985 et devenu l’un des porte-voix les plus suivis du pays sur les réseaux sociaux, avec près de deux millions d’abonnés cumulés sur TikTok, X, Instagram et YouTube.
Haddad a grandi à Nazareth, où sa mère enseignait et son père officiait comme prêtre tout en étant homme d’affaires et aviateur civil. Après le lycée, il s’engage dans l’armée israélienne au sein de la prestigieuse brigade d’infanterie Golani, où il devient sergent, commandant une escouade de quinze hommes. Grièvement blessé durant la guerre du Liban de 2006 — un tir de roquette du Hezbollah lui coûte un pied —, il quitte ensuite le pays pour le Canada où il monte une entreprise, avant de revenir en Israël pour étudier les sciences politiques et travailler dans le marketing à Tel-Aviv. C’est finalement en délaissant le monde des affaires qu’il fonde l’association à but non lucratif Together – Vouch for Each Other, dédiée à l’intégration des citoyens arabes dans la société israélienne et à l’encouragement de leur engagement au sein de Tsahal ou du service civique.
Devenu une figure régulière des plateaux des chaînes israéliennes Channel 12 et Channel 13, où il bascule parfois de l’hébreu à l’arabe pour appuyer ses propos, Haddad a construit son argumentaire autour d’une comparaison directe avec l’apartheid sud-africain. Lors d’une conférence à Johannesburg devant 120 étudiants, pour la plupart noirs, organisée durant une « semaine de l’apartheid », il a déclaré que quiconque assimile le conflit israélo-palestinien à l’apartheid réel vécu en Afrique du Sud « fait injustice à leurs parents et grands-parents, qui ont souffert du véritable apartheid ». Il rappelle volontiers que le capitaine de l’équipe nationale de football israélienne est musulman, que treize députés arabes siègent à la Knesset, que des officiers arabes commandent des soldats juifs au sein de Tsahal, et que le président de la plus grande banque du pays, Samer Haj-Yahia, est lui-même arabe.
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🚨 Israeli Arab drops the ultimate truth bomb:
“What makes me laugh the most is when someone tells me:
‘You’re an oppressed Arab in the State of Israel.’”He does the math:
Over ~30 years as an Arab citizen, the State of Israel gave him services, benefits, healthcare, education,… pic.twitter.com/nlGRjNXhmN— Mossad Customer Support (@LionOfJudahX) September 3, 2026
Une autre voix notable est celle de Jonathan Elkhoury, chrétien arabe originaire du Liban, où sa famille a fui les persécutions visant la communauté chrétienne avant de trouver refuge en Israël. Se décrivant comme la preuve vivante qu’Israël n’est pas un État d’apartheid, il explique être né dans un pays qui ne voulait pas de lui, ne le protégeait pas et le désignait, avec sa famille, comme un traître, avant de trouver en Israël la possibilité de vivre en tant que membre d’une minorité tout en jouissant de l’ensemble des droits que le Liban lui avait refusés.
Ces témoignages s’inscrivent dans un contexte où l’accusation d’apartheid, portée notamment par l’organisation israélienne B’Tselem et par Amnesty International, continue de structurer une partie du débat international sur Israël. Haddad avait notamment réagi avec vigueur à la qualification de B’Tselem, écrivant dans une tribune au quotidien Israel Hayom qu’il s’était réveillé un matin pour découvrir qu’il vivait, selon cette organisation, sous un régime raciste destiné à assurer la suprématie d’un seul groupe, alors que sa propre expérience de soldat arabe ayant servi aux côtés de soldats juifs, et plus tard d’employeur dirigeant des centaines de salariés juifs, contredisait selon lui frontalement cette caractérisation.
Ces prises de position ne sont pas sans susciter de vives critiques, y compris au sein même de la société israélienne. Haddad reconnaît lui-même recevoir une hostilité venant de plusieurs directions à la fois : de la part d’Arabes qui ne s’identifient pas à l’État d’Israël, de certains Juifs israéliens d’extrême droite qui estiment que les Arabes n’ont pas leur place dans le pays, ainsi que de militants anti-israéliens à l’étranger. Il a par ailleurs été victime d’une agression physique, avec sa famille, alors qu’ils tentaient d’embarquer sur un vol à Dubaï, incident au cours duquel sa mère a été blessée.






