Depuis 1978, une force militaire des Nations Unies surveille la frontière entre Israël et le Liban depuis le sol libanais. Pendant près d’un demi-siècle, cette présence — d’abord modeste, puis considérablement renforcée après la guerre de 2006 — a été présentée comme un élément stabilisateur indispensable dans l’une des zones les plus volatiles du Moyen-Orient. Aujourd’hui, cette présence est sur le point de prendre fin : le mandat de la FINUL (Force Intérimaire des Nations Unies au Liban) a été non renouvelé par le Conseil de sécurité, et son expiration est prévue à la fin de l’année 2026.
Mais le Secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres n’entend pas laisser le terrain vide. Comme le rapportent les agences Reuters et AP, il a présenté au Conseil de sécurité trois options alternatives pour maintenir une présence militaire onusienne au sud du Liban après l’échéance. Toutes trois partagent le même objectif fondamental : assurer une surveillance du cessez-le-feu, soutenir le déploiement de l’armée libanaise et contribuer aux efforts diplomatiques pour éviter une nouvelle conflagration.
Trois options, deux niveaux d’ambition
La fourchette proposée par Guterres dans son courrier au Conseil de sécurité va de la configuration la plus légère à une présence plus substantielle. En termes d’effectifs, les trois options oscillent entre environ 1 980 et 5 525 hommes — soit nettement moins que les quelque 7 500 soldats que compte actuellement la FINUL.
Le Secrétaire général a été direct sur les limites de la solution minimale. Une force de taille réduite ne serait pas en mesure d’exercer une surveillance efficace de la Ligne Bleue — la frontière de facto séparant Israël du Liban — ni de détecter et signaler les violations d’un futur cessez-le-feu. Seule l’option la plus large permettrait, selon lui, de « surveiller de façon crédible les développements sur toute la longueur de la Ligne Bleue ».
Le porte-parole de l’ONU a précisé que Guterres espère que le Conseil de sécurité prenne une décision « dans les meilleurs délais » sur ce dossier, dont l’urgence est évidente compte tenu du calendrier.
Une institution discréditée, un besoin réel
La FINUL a une longue histoire de controverses. Créée en 1978 dans le sillage de la première intervention israélienne au Liban, renforcée après la guerre de 2006, elle a été régulièrement accusée d’impuissance face à l’accumulation par le Hezbollah de dizaines de milliers de roquettes et missiles dans les zones qu’elle était censée démilitariser. Des incidents répétés l’ont opposée à Tsahal — notamment en octobre 2024 lorsque des soldats italiens avaient été légèrement blessés lors d’opérations israéliennes — et sa capacité à exercer un mandat effectif a été remise en cause par plusieurs pays membres.
Six soldats de la FINUL ont été tués dans les derniers mois, ce qui illustre à la fois la dangerosité persistante du terrain et l’exposition des forces de l’ONU dans une zone où les combats n’ont jamais vraiment cessé depuis le début du conflit. C’est dans ce contexte dégradé que le Conseil de sécurité avait décidé, en 2025, de ne pas renouveler le mandat dans sa forme actuelle, mandatant le Secrétaire général pour présenter des alternatives.
Un équilibre difficile à trouver
La proposition de Guterres reflète une tension classique dans les opérations de maintien de la paix de l’ONU : entre une présence symbolique trop légère pour être utile et un déploiement substantiel que les États membres rechignent souvent à financer et à doter en troupes. Dans la situation actuelle — avec la guerre entre Israël et l’Iran encore fraîche, un cessez-le-feu fragile au Liban et le Hezbollah affaibli mais non dissous — la question de qui surveillera effectivement la frontière nord d’Israël reste entière.
Les combats ont repris de façon limitée et sporadique depuis la mise en place d’un cessez-le-feu partiel en avril 2026, et le gouvernement libanais, sous Nawaf Salam, tente d’affirmer sa souveraineté sur le sud du pays tout en naviguant entre les pressions américaines, israéliennes et les résidus de puissance du Hezbollah. Dans ce contexte complexe, le type de force qui sera finalement déployée — et surtout sa capacité à exercer réellement son mandat — déterminera en grande partie l’évolution sécuritaire de la frontière dans les mois à venir.
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