Alors que les échanges de frappes entre Israël et l’Iran se poursuivent ce lundi, Téhéran a ouvert un nouveau front — diplomatique et rhétorique celui-là — en tentant de faire porter la responsabilité de l’escalade sur les États-Unis. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a accusé Israël et les États-Unis de « violation du cessez-le-feu », ajoutant qu’il est « impossible de séparer les actions américaines de celles d’Israël ».
Cette déclaration s’inscrit dans une stratégie iranienne bien rodée : lier systématiquement les opérations d’Israël à la politique américaine, de façon à élargir le cadre du conflit et à mettre Washington en position de co-responsable. En présentant les frappes israéliennes comme indissociables d’une volonté américaine, Téhéran cherche à la fois à embarrasser diplomatiquement les États-Unis — qui maintiennent officiellement vouloir préserver une voie de sortie diplomatique — et à justifier ses propres tirs comme une réponse légitime à une agression conjointe israélo-américaine.
Cette rhétorique n’est pas nouvelle, mais elle prend une dimension particulière dans le contexte de ce cycle d’escalade. Donald Trump avait en effet multiplié les déclarations publiques demandant à Israël de ne pas frapper l’Iran, exprimant son souhait de préserver les négociations nucléaires en cours avec Téhéran. En accusant Washington de complicité malgré ces déclarations, l’Iran cherche à démontrer que la parole américaine ne vaut rien — et à fragiliser la position de médiateur que Trump tente d’occuper.
La manœuvre comporte également une dimension intérieure : face aux frappes israéliennes sur son territoire, le régime doit justifier son bilan auprès de sa population et de ses alliés régionaux. Présenter la confrontation comme un conflit contre le tandem Israël-États-Unis permet de mobiliser le sentiment anti-américain et de redéfinir l’enjeu comme existentiel pour l’axe de la résistance. C’est aussi une façon de signaler aux Houthis, au Hezbollah et aux milices irakiennes que l’escalade en cours s’inscrit dans une bataille plus large contre l’hégémonie américaine dans la région.
Pour Israël et Washington, cette déclaration est à la fois prévisible et problématique. Prévisible, car c’est un réflexe constant de la diplomatie iranienne. Problématique, car elle risque de compliquer la position américaine auprès des opinions publiques arabes et de certains alliés régionaux qui préféreraient voir les États-Unis comme médiateurs neutres plutôt que comme belligérants de fait.
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