Ces dernières années, un débat public animé s’est intensifié autour de la meilleure approche pour sélectionner la chanson qui représentera Israël à l’Eurovision. D’un côté, certains plaident en faveur d’une sélection via une compétition nationale, impliquant le public et renforçant l’engouement pour le concours. De l’autre, des critiques soulignent que cette méthode ne conduit pas nécessairement au choix le plus stratégique ni au titre le plus adapté au marché européen.

La récente controverse entourant la sélection du titre pour l’Eurovision 2025 a ravivé cette discussion, notamment à la suite des revendications d’auteurs et de professionnels du secteur demandant l’annulation de la chanson choisie et la mise en place d’un nouveau processus de sélection. La question mérite d’être posée : une présélection publique est-elle vraiment la meilleure voie pour assurer la réussite d’Israël ? La réponse est sans appel : non.

Une vision dépassée de l’Eurovision

Le public israélien conserve encore une perception obsolète du concours, le voyant comme un simple spectacle flamboyant où la mise en scène prime sur la qualité musicale. Or, la réalité est tout autre. L’Eurovision a considérablement évolué ces dix dernières années, et les titres qui s’imposent aujourd’hui sont ceux qui s’intègrent naturellement dans les playlists des grandes stations de radio européennes. Des morceaux tels que Zitti e buoni (Italie), Voilà (France), Arcade (Pays-Bas) ou Soldi (Italie) ont connu un succès bien au-delà de la compétition.

L’erreur récurrente du public israélien est de chercher un titre qui, selon lui, correspond aux attentes européennes, plutôt que d’opter pour un morceau doté d’une véritable identité musicale et d’un potentiel international. L’exemple de I.M en 2022 illustre parfaitement cette erreur : perçu comme « taillé pour l’Eurovision », il n’a pourtant pas su séduire les audiences européennes. Un processus de sélection basé sur une compétition nationale crée une illusion de démocratie musicale, sans nécessairement servir l’objectif principal : identifier la chanson la plus performante à l’international.

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Les leçons du passé

De 2015 à 2021, Israël a enregistré de remarquables succès à l’Eurovision, y compris une victoire en 2018. Quel fut le dénominateur commun de ces années fastes ? Une sélection principalement confiée à un comité d’experts, ou du moins encadrée par une combinaison limitée de votes publics et de décisions professionnelles. À l’inverse, en 2022, le retour à une présélection publique a conduit à une désillusion marquée.

Un comité d’experts présente plusieurs avantages cruciaux : composé de professionnels aguerris de l’industrie musicale, il est en mesure d’anticiper les tendances et de juger un morceau selon sa qualité artistique et son potentiel international, et non sur la simple popularité du moment. Une telle approche permet d’éviter les biais émotionnels et de garantir une sélection plus réfléchie.

Vers un modèle hybride et plus transparent

Loin d’exclure complètement l’avis du public, un modèle plus équilibré pourrait être envisagé. Une première sélection effectuée par un comité d’experts pourrait aboutir à une présélection restreinte de deux ou trois morceaux, présentés ensuite au public à travers une émission télévisée ou une plateforme numérique. Le vote final serait alors réparti entre le public, un jury de professionnels israéliens et, idéalement, un panel international d’experts de l’Eurovision. Une approche similaire avait été adoptée en 2021, lorsque Set Me Free d’Eden Alene avait été retenu et avait obtenu un classement honorable.

Dans un contexte où l’Eurovision est devenu une compétition exigeante et sophistiquée, Israël se doit d’adopter une stratégie de sélection plus rigoureuse et moderne. Une implication accrue des experts, associée à une transparence renforcée, semble être la clé pour conjuguer ambition artistique et succès international. En adoptant ce modèle hybride, Israël maximiserait non seulement ses chances de victoire, mais contribuerait également au rayonnement de sa scène musicale sur la scène mondiale.