Au milieu d’une grave crise au Liban, le Hezbollah cherchera quand mĂŞme Ă  nuire aux soldats de Tsahal, et voici la raison.

Au milieu d’une grave crise au Liban, la direction du Hezbollah dĂ©cide de risquer une dĂ©tĂ©rioration militaire. La logique israĂ©lienne dit que c’est un suicide. Mais Nasrallah estime que c’est une occasion rĂŞver de donner une image de protecteur au peuple libanais.

Beaucoup cette semaine ont traitĂ© de l’Ă©chec de l’ attaque du Hezbollah près de Shtula et de son rĂ©sultat sur le terrain. Rares sont ceux qui ont demandĂ© ce qui s’Ă©tait passĂ© avec les dirigeants du Hezbollah Ă  Beyrouth. Pourquoi Nasrallah et ses hommes ont-ils dĂ©cidĂ© de retourner sur le champ de bataille dans la rage, d’exiger un prix Ă  l’armĂ©e israĂ©lienne par une autre attaque et risquer une dĂ©tĂ©rioration militaire ?

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« Les sionistes n’ont pas d’autre choix que d’attendre la punition de leurs crimes », voici la raison officielle connue du Nasrallah suite Ă  la liquidation de l’un de ses hommes tuĂ©s par les tirs de Tsahal lors de ses attaques en Syrie , affirmant qu’IsraĂ«l se verrait facturer un prix sanglant en tuant des soldats israĂ©liens.

Faire des promesses, mais aussi les appliquer, c’est ce que Nasrallah a fait il y a dix mois, lorsqu’il a promis de frapper des soldats de Tsahal près du Moshav Avivim, mais ses hommes ont ratĂ© la cible. Nasrallah a donnĂ© une fausse version au libanais dans laquelle il affirmait que ses hommes avaient fait causĂ© des victimes chez les soldats, et qu’IsraĂ«l le cachait.

Cette fois, ses hommes ont affirmĂ© qu’ils n’avaient aucune intention de renoncer Ă  la vengeance mais la perplexitĂ© grandit Ă  la lumière de la situation Ă©conomique du Liban. Pendant des annĂ©es, Beyrouth n’avait pas l’air aussi misĂ©rable qu’aujourd’hui. La valeur de la livre a chutĂ© de 60% en quelques semaines. Les importations sont interrompues car il n’y a rien Ă  acheter. L’enseigne «À louer» Ă©tait accrochĂ©e Ă  de nombreux magasins du centre animĂ© de Beyrouth. L’aĂ©roport international est dĂ©sert, et pour Ă©conomiser l’Ă©lectricitĂ©, le pays est dans les tĂ©nèbres. Des familles ont Ă©tĂ© jetĂ©es Ă  la rue, et ceux qui en ont les moyens envisagent de migrer vers la France ou le Canada. « C’est un peuple fier », m’a dit une connaissance de lĂ -bas cette semaine, « mais aujourd’hui les Libanais sont des gens brisĂ©s ».

Et au Liban, au milieu de la pire crise financière depuis la guerre civile, la direction du Hezbollah dĂ©cide de risquer une dĂ©tĂ©rioration militaire. La logique israĂ©lienne dit que c’est un suicide. Mais Nasrallah a fait une Ă©valuation simple de son Ă©tat et a constatĂ© que dans la plupart des scĂ©narios possibles, cela pourrait ĂŞtre payant pour son organisation terroriste. Si les deux parties sont entraĂ®nĂ©es dans une journĂ©e de guerre, voire mĂŞme plusieurs jours de conflit, le Hezbollah survivra, le Liban rĂ©sistera Ă  l’Ă©preuve et les dirigeants du mouvement dĂ©clareront la victoire.

Ils en profiteront encore plus, si l’armĂ©e israĂ©lienne contient le coup et ne rĂ©pond pas. C’est ainsi qu’IsraĂ«l a agi en janvier 2015, après que le Hezbollah a tuĂ© un officier et un soldat en IsraĂ«l en reprĂ©sailles Ă  une opĂ©ration d’assassinat en Syrie. De cela, il ne gagnera pas de points, mais il ne perdra pas non plus.

Le Hezbollah ne peut perdre toutes les cartes que dans un cas. Si IsraĂ«l entre dans une vraie guerre, comme il l’a fait en 2006. Mais selon leurs estimations, le gouvernement israĂ©lien est plongĂ© dans la crise du corona, est se trouve en profonde rĂ©cession et souffre d’une crise politique de confiance. Dans de telles situation, IsraĂ«l n’entre pas en guerre.

Accumuler des points du public libanais est très important pour le Hezbollah en ce moment. Beaucoup au Liban les blâment pour la destruction de l’Ă©conomie. Ils ont Ă©tabli dans le pays des cèdres un État dans un État, et ont ouvert la porte d’entrĂ©e aux Iraniens, et ceux-ci l’ont fait sien. Il en a fait une arène de guerre et ont fait fuir les investisseurs Ă©trangers. Les reprĂ©sentants du Hezbollah ont siĂ©gĂ© l’un après l’autre dans les gouvernements rĂ©cents, et sont donc partenaires de l’Ă©chec Ă©conomique.

Une brève confrontation militaire permettra Ă  Nasrallah de dĂ©tourner l’attention des Ă©preuves quotidiennes et d’unir les Libanais autour de la question de la sĂ©curitĂ©. Cela rappellera Ă©galement Ă  tous qui est le vĂ©ritable protecteur de la terre. Nasrallah ne cherche pas Ă  faire un grand nombre de blessĂ©s en IsraĂ«l. Il se contentera, s’il lance une attaque, d’en faire une ou deux. Il ne veut pas d’une guerre ni mĂŞme d’une demi-guerre, et s’il y est entraĂ®nĂ©, ce sera un accident pour lui.

Tout ce qui intĂ©resse le Hezbollah ces jours-ci, c’est de ratisser une image de victoire et de dĂ©tourner le regard des libanais face Ă  la faillite financière. Le chef du Hezbollah agit Ă  partir d’une position infĂ©rieure. Comme son ami Yahya Sanwar, qui a harcelĂ© IsraĂ«l pendant deux ans avec des ballons explosifs et des Ă©meutes, sans trop tendre la corde pour ne pas se laisser entraĂ®ner une guerre avec Israel, et Nasrallah fait de mĂŞme.

La comparution devant les camĂ©ras tenues par le Premier ministre et le ministre de la DĂ©fense lundi soir a renforcĂ© le bilan de la situation Ă  Beyrouth. Ils avaient tous les deux l’air fatiguĂ©s et bouleversĂ©s. Leur message selon lequel les dirigeants du Hezbollah entraĂ®nent tout le Liban dans le conflit vise Ă  motiver d’autres personnalitĂ©s du pouvoir, telles que le prĂ©sident chrĂ©tien, ou les riches dirigeants sunnites, ou l’ami de la France, Ă  faire pression sur le Hezbollah pour dissuader l’escalade. Les mots prononcĂ©s par Netanyahu et Gantz Ă©taient tranchants, mais le ton ne traduisait pas la dĂ©termination.

Le chef du Hezbollah est un homme rusĂ© et n’est pas un enfant. Le mois prochain, il aura 60 ans. Dans un an et demi, il fĂŞtera ses 30 ans de mandat. Il est dans le domaine militaire et dans la lutte pour la survie depuis plus d’annĂ©es que n’importe quel homme politique israĂ©lien et n’importe quel officier de l’Ă©tat-major gĂ©nĂ©ral. Il connaĂ®t l’enchevĂŞtrement politique Ă  JĂ©rusalem et connaĂ®t les dĂ©tails du dĂ©ploiement de Tsahal Ă  la frontière. Lundi, il a reçu le message qu’il voulait de JĂ©rusalem :  » Nous sommes Ă©puisĂ©s et nos tĂŞtes sont plongĂ©es dans nos problèmes, Ă©vitez-nous de la guerre maintenant ».

L’auteur est le commentateur des affaires arabes de Gale Tzahal