C’est terminé. La direction du Café BaSimta a annoncé ce jeudi que l’établissement cesserait d’ouvrir le Chabbat dès ce samedi. Deux mois de bras de fer dans une ruelle du centre de Jérusalem s’achèvent donc par un recul, présenté par ses responsables comme un choix de responsabilité et par ses adversaires comme une victoire.
Un élément explique en grande partie l’intensité de cette confrontation, et il est absent des récits qui se contentent d’y voir un énième épisode du conflit religieux-laïc : le café est géré par l’organisation « Juifs pour Jésus », un mouvement messianique. Son gérant se définit lui-même comme un juif messianique. Ouvrir le samedi était déjà, pour les manifestants, une transgression ; le faire sous la bannière d’une organisation missionnaire a transformé le dossier en tout autre chose.
Deux mois de samedis sous tension
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L’établissement avait ouvert début juin. Selon ses responsables, il fonctionnait le week-end afin de répondre à une demande des habitants laïcs de la ville. À partir de la mi-juillet, des manifestants haredim ont commencé à se rassembler chaque Chabbat devant la ruelle. Les propriétaires affirment que la protestation ne s’est pas limitée aux slogans : ils font état de dégradations, de jets de pierres et d’affrontements.
Les images qui ont circulé cet été racontent des scènes désormais familières. Des barrières installées aux deux points d’accès menant à l’esplanade du café. Des cris de « Shabbes ! » lancés depuis un côté de la rue. En face, des militants libéraux venus en nombre, et des dizaines de clients qui se présentaient chaque samedi par solidarité autant que pour boire un café. Un samedi, ces clients ont formé une chaîne humaine devant l’entrée pendant que la police dispersait les manifestants par la force et à l’aide de grenades assourdissantes. Un jour d’affluence, le gérant avait commandé cinquante litres de lait, sans savoir si cela suffirait.
Le propriétaire, lui, a toujours soutenu qu’il avait été choisi comme cible parce qu’il était le dernier arrivé. Il faisait valoir que d’autres établissements de la ville ouvrent le samedi — le café Bezalel, le Menza, des commerces de la rue Ben Sira, un Aroma rue Hillel — et rappelait que le café Bezalel avait lui aussi affronté trois mois de manifestations avant que la pression ne retombe. Le couple qui tient l’endroit dit n’avoir jamais imaginé que la protestation durerait, ni qu’elle dégénérerait en heurts avec la police.
« Une décision difficile et douloureuse »
C’est Eli Birnbaum, directeur général de « Juifs pour Jésus », qui a annoncé le retrait. Il évoque une décision difficile et douloureuse, née d’une responsabilité envers les clients, envers la foi du mouvement et envers la société israélienne dans son ensemble. Le café, dit-il, est devenu ces derniers mois un foyer de friction et de danger — une réalité contraire, selon lui, à l’identité de son organisation et à sa conception de l’amour d’autrui, du respect et du rapprochement entre les personnes, y compris face à ceux qui s’y opposent.
Birnbaum a remercié la police israélienne, la municipalité de Jérusalem et tous ceux venus soutenir l’établissement pendant cette période. Il dit vouloir désormais rendre au Café BaSimta ce qu’il devait être au départ : un lieu calme et ouvert, dédié au café, à la culture et à la discussion.
L’épisode s’inscrit dans une histoire longue. La bataille sur le visage du Chabbat à Jérusalem dure depuis près d’un siècle : les affrontements de juin 1931 autour du terrain de football du Maccabi, la rue Bar-Ilan dans les années 1980 et 1990, l’ouverture du parking Karta le week-end. Chaque génération a son point de fixation, et le Café BaSimta aura été celui de 2026.
Reste que la lecture de cette issue diffère radicalement selon l’observateur. La presse haredi titre sur une victoire du combat mené dans la rue. Certains médias du public national-religieux parlent, eux, d’un succès des extrémistes. Deux titres, un même fait — et une ville qui n’en a pas fini avec la question.
Sur le même thème, retrouvez sur notre site : Jérusalem : quand les manifestations haredim tournent à l’affrontement rue Bar-Ilan et Ce que pense un enfant haredi des manifestations de la « Faction de Jérusalem ».






