« Totalement hors de contrôle » : l’aveu retentissant de Guterres sur les rapporteurs de l’ONU concernant Israël

La phrase tient en quelques mots, et elle a suffi à embraser l’institution. Dans un entretien accordé au Financial Times, le secrétaire général sortant des Nations unies, António Guterres, a déclaré que de nombreux rapporteurs sont totalement hors de contrôle du point de vue du Secrétariat. Il visait explicitement leur discours sur Israël.

Pour comprendre la portée de la formule, il faut saisir un point technique qui n’a rien d’anodin. Les rapporteurs spéciaux ne sont pas des employés du Secrétariat des Nations unies. Ils sont désignés par le Conseil des droits de l’homme et exercent leur mandat en experts indépendants. C’est précisément cette architecture que Guterres invoquait — et c’est elle qui alimente aujourd’hui la bataille d’interprétation autour de ses propos.

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Car le secrétaire général n’a pas pour autant validé la thèse israélienne d’un biais institutionnel. Interrogé sur ce point dans le même entretien, il a rejeté catégoriquement l’idée d’un parti pris de l’ONU contre Israël.

Les réactions ne se sont pas fait attendre

L’ambassadeur d’Israël auprès de l’ONU, Danny Danon, a relevé l’ironie du calendrier : au moment de quitter ses fonctions, Guterres reconnaît que de nombreux rapporteurs ont échappé à tout contrôle — reste à savoir qui les a laissés y échapper. Et il a ajouté que cela s’était produit sous sa direction.

L’ambassadeur des États-Unis auprès de l’ONU, Mike Waltz, est allé plus loin dans une publication sur X en début de semaine. Selon lui, de nombreux responsables du Secrétariat admettent en privé que des rapporteurs spéciaux comme Francesca Albanese sont hors de contrôle et jettent le discrédit sur l’organisation, mais aucun n’a jamais été sanctionné, même en cas de violation du code de conduite ou d’utilisation du mandat à des fins de guerre juridique. Sa conclusion est sans appel : le système est cassé et doit être réparé.

Francesca Albanese, elle, a répliqué. Interrogée sur X, elle a affirmé que le secrétaire général n’avait jamais voulu dire ce que ses adversaires lui prêtent, qualifiant ces derniers de charognards pro-apartheid.

Le Secrétariat rectifie, la polémique continue

C’est ici qu’intervient l’élément le plus délicat du dossier. Le porte-parole du secrétaire général, Stéphane Dujarric, a déclaré vendredi que, contrairement à ce qui a été rapporté, Guterres n’avait pas dit que les rapporteurs étaient hors de contrôle : il aurait dit qu’ils sont des acteurs indépendants échappant au contrôle du Secrétariat. La nuance sépare un aveu accablant d’un rappel de procédure. Les deux lectures s’appuient sur la même phrase.

Ce qui n’est pas contesté, en revanche, c’est le parcours d’Albanese. Nommée en 2022 par le Conseil des droits de l’homme comme rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, elle a été condamnée par les États-Unis, la France, l’Allemagne, le Canada, l’Italie et d’autres pour sa rhétorique, ses comparaisons entre Israël et l’Allemagne nazie et sa contestation du droit d’Israël à se défendre. Plusieurs pays européens ont réclamé sa démission. Washington l’a sanctionnée, sanctions qu’elle a contestées devant les tribunaux et que le Trésor américain a été contraint de lever à la suite d’une décision de justice.

Quant à l’opinion privée du secrétaire général sur elle, elle est connue depuis des mois. L’ancienne envoyée américaine chargée de la lutte contre l’antisémitisme, Deborah Lipstadt, a rapporté que Guterres avait qualifié Albanese de personne horrible lors d’une conversation à la Conférence sur la sécurité de Munich, en 2024, et qu’il avait employé cette formule à plus d’une reprise. Le porte-parole du secrétaire général a par ailleurs indiqué publiquement que le Secrétariat ne partageait pas grand-chose de ce qu’elle dit. Mais Guterres ne l’a jamais désavouée publiquement ni demandé son retrait.

Hillel Neuer, directeur exécutif d’UN Watch, résume la position de ses détracteurs sans détour. Il décrit Albanese comme la porte-parole de fait du Hamas aux Nations unies, régulièrement encensée par le régime iranien et ses relais. Il rappelle qu’un nombre inédit de démocraties ont réclamé son départ, faisant d’elle la première responsable onusienne des droits de l’homme à être ainsi dénoncée. Sa conclusion : un système de défense des droits humains incapable d’écarter sa figure la plus contestée n’est pas indépendant — il est en panne. Guterres quittera ses fonctions en décembre.

Les images relayées par la source sont disponibles ici : séquence vidéo.

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