Il y a des histoires qui circulent sur internet et laissent sans voix. Celle de Jitu Munda, 65 ans, originaire de l’État indien d’Odisha, est de celles-lĂ . Cet homme a exhumĂ© le corps de sa sĹ“ur dĂ©cĂ©dĂ©e, l’a enveloppĂ© dans un drap de tissu, et l’a portĂ© sur ses Ă©paules sur environ trois kilomètres de chemin, pieds nus, sous une chaleur Ă©crasante — jusqu’Ă la porte d’une agence bancaire. La raison : la banque lui avait refusĂ© Ă plusieurs reprises l’accès aux fonds de sa sĹ“ur, et exigeait qu’elle se prĂ©sente en personne.
Kala, la sœur de Jitu, était décédée en janvier dernier. Elle laissait derrière elle un compte bancaire contenant 19 000 roupies — soit environ 600 shekels. Une somme modeste, mais considérable pour une famille rurale sans revenus stables.
« Amenez-la nous-mêmes »
Jitu s’est rendu Ă la banque Ă plusieurs reprises pour tenter de rĂ©cupĂ©rer l’argent de sa sĹ“ur dĂ©funte. Ă€ chaque fois, il s’est heurtĂ© au mĂŞme mur. « Je suis allĂ© plusieurs fois Ă la banque et ils m’ont dit d’amener la titulaire du compte pour effectuer le retrait », a-t-il racontĂ©. « Je leur ai dit qu’elle Ă©tait morte, mais ils n’ont pas Ă©coutĂ© et ont insistĂ© pour que je l’amène Ă la banque. »
La situation Ă©tait encore compliquĂ©e par l’absence d’acte de dĂ©cès. Dans les zones rurales d’Inde, l’analphabĂ©tisme et les lourdeurs administratives rendent souvent impossible l’enregistrement officiel des dĂ©cès. Sans ce document, la banque refusait d’agir.
Lundi, poussĂ© Ă bout par la frustration, Jitu a pris une dĂ©cision que personne n’aurait imaginĂ©e. Il est retournĂ© au cimetière du village, a creusĂ© la tombe de sa sĹ“ur, et en a sorti le corps. « J’ai fouillĂ© la tombe par frustration et je l’ai sortie comme preuve qu’elle Ă©tait morte », a-t-il expliquĂ©. Il a ensuite cheminĂ© jusqu’Ă l’agence, portant la dĂ©pouille sur ses Ă©paules.
La stupeur Ă la banque, l’arrivĂ©e de la police
Ă€ son arrivĂ©e, les employĂ©s et les clients prĂ©sents ont Ă©tĂ© sous le choc. La police a Ă©tĂ© appelĂ©e rapidement. L’officier Kiran Prasad Sahu, arrivĂ© sur place, a dĂ©crit la scène : les agents ont trouvĂ© Jitu assis dans la banque, la dĂ©pouille Ă cĂ´tĂ© de lui. Selon les dĂ©clarations de la police, la banque n’avait jamais expliquĂ© Ă cet homme la procĂ©dure appropriĂ©e pour rĂ©cupĂ©rer les fonds d’un proche dĂ©cĂ©dĂ©.
La situation a ensuite pris un nouveau tournant : les employĂ©s ont indiquĂ© que l’unique personne habilitĂ©e Ă accĂ©der au compte Ă©tait un autre frère — lui aussi dĂ©cĂ©dĂ©. La banque a toutefois promis de rĂ©gler la situation selon les procĂ©dures lĂ©gales, une fois les documents mis en ordre. La dĂ©pouille a finalement Ă©tĂ© reconduite au cimetière pour une nouvelle inhumation.
Le scandale viral et ses conséquences
La vidĂ©o de l’Ă©vĂ©nement, captĂ©e par des passants et diffusĂ©e sur les rĂ©seaux sociaux, est devenue virale en quelques heures et a dĂ©clenchĂ© une tempĂŞte d’indignation en Inde. Des internautes ont mis en cause non seulement la banque, mais l’ensemble du système administratif qui abandonne les populations rurales et les communautĂ©s fragilisĂ©es Ă leur sort. Une utilisatrice du nom de Kalpa Priyadarsani a rĂ©sumĂ© le sentiment gĂ©nĂ©ral : ce n’est pas un cas isolĂ©, c’est le symptĂ´me d’un système qui mĂ©prise les ĂŞtres humains, selon elle. Cette histoire, aussi bouleversante qu’elle soit, rĂ©vèle une rĂ©alitĂ© bien plus profonde : celle de millions de personnes pour qui les dĂ©marches administratives les plus basiques relèvent de l’impossible.
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