« Tromperie et exploitation cynique » : l’affaire Carrefour à Eilat

Une plainte déposée ce mercredi 29 avril 2026 met en lumière une faille aussi simple que dérangeante dans la mise en œuvre du programme gouvernemental « le Panier de l’État » : la chaîne de supermarchés Carrefour facturerait dans ses succursales d’Eilat les mêmes prix que dans le reste du pays pour les cent produits subventionnés du dispositif — et ce, en violation directe de la loi sur la zone de libre-échange, qui exonère la ville méridionale de 18% de TVA.

La découverte est l’œuvre d’un habitant d’Eilat qui, après avoir fait ses courses au Carrefour local, a pris la peine de comparer son ticket de caisse avec la liste officielle des prix publiée par le ministère de l’Économie dans le cadre du Panier. L’exemple est implacable : le riz persan classique Sugat (1 kg), affiché à 5,90 shekels dans le programme national, lui a été facturé exactement 5,90 shekels à Eilat — soit le tarif en vigueur dans le centre du pays, TVA incluse. Or la loi impose que ce même produit soit vendu sans TVA à Eilat, ce qui devrait ramener son prix à environ 5 shekels.

Un gain caché de 18% sur le dos du consommateur

Dans la plainte qu’il a adressée à l’Autorité de protection du consommateur et du commerce équitable, à l’administration du contrôle et de la métrologie du ministère de l’Économie, ainsi qu’au directeur général de Carrefour Israël et au responsable réglementaire du réseau, le plaignant développe un raisonnement sans appel. Puisque Carrefour bénéficie d’un remboursement intégral de TVA sur l’achat et le transport des marchandises vers Eilat, la chaîne ne supporte aucun coût de TVA sur ces produits. Facturer malgré tout le prix plein au consommateur local revient donc à encaisser une marge supplémentaire de 18%, financée directement sur l’avantage fiscal prévu par la loi pour les résidents de la ville.

« Le ministère de l’Économie présente le Panier comme une bonne nouvelle pour réduire le coût de la vie », écrit le plaignant dans sa lettre. « Facturer le même prix à Eilat et au centre du pays signifie que le réseau gonfle ses marges de 18% aux dépens d’un avantage fiscal destiné au consommateur. »

Le plaignant souligne par ailleurs que les cent produits sélectionnés par le ministère dans le cadre de l’appel d’offres fonctionnent de facto comme des « produits réglementés » — au même titre que l’électricité, l’eau, le carburant ou certains produits de base sous contrôle des prix, pour lesquels il est établi de longue date que l’exonération de TVA à Eilat doit se répercuter intégralement sur le prix final au consommateur.

Un programme déjà sous le feu des critiques

Cette affaire s’inscrit dans un contexte déjà tendu autour du « Panier de l’État », projet phare du ministre de l’Économie Nir Barkat. Lancé avec fracas et une campagne publicitaire gouvernementale d’un coût estimé à 50 millions de shekels — financée par les contribuables et entièrement dédiée à la promotion de Carrefour — le programme a essuyé de nombreuses critiques dès ses premières semaines d’existence. Plusieurs médias économiques ont révélé que les remises ne s’appliquent qu’à une cinquantaine de succursales sur les quelque 150 que compte le réseau en Israël, et que des magasins entiers ont été précipitamment rebaptisés « La Marché » pour échapper à l’obligation d’appliquer les prix réduits.

Des organisations de défense des consommateurs ont également saisi en urgence l’Autorité de protection du consommateur et la conseillère juridique du gouvernement, dénonçant une publicité trompeuse qui associe le label gouvernemental à l’ensemble du réseau Carrefour, alors que la grande majorité des clients — notamment ceux qui fréquentent les petits magasins de quartier « Carrefour City » — ne bénéficient d’aucune réduction.

La plainte déposée ce mercredi depuis Eilat ajoute une dimension nouvelle et potentiellement juridique à cette saga : non plus une question de nombre de magasins participants, mais une violation présumée d’une disposition légale qui protège spécifiquement les résidents d’une des villes les plus isolées du pays. Le plaignant demande une mise en conformité rétroactive des prix sur l’ensemble des produits du Panier dans les succursales eilaties, ainsi que l’application de sanctions financières à l’encontre de la chaîne pour « tromperie du public et exploitation cynique d’un avantage fiscal accordé par l’État ».


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