Colère à Beyrouth : « Le Hezbollah a aidé Khamenei et Sinouar, vous nous avez entraînés dans vos problèmes ! »

Le chef du parti chrĂ©tien des Phalanges libanaises, le dĂ©putĂ© Samy Gemayel, a rencontrĂ© ce mercredi le Premier ministre libanais Nawaf Salam pour une rĂ©union Ă  forte teneur politique, Ă  l’issue de laquelle il s’est livrĂ© Ă  une charge frontale contre le camp du Hezbollah. Le message, d’une rare fermetĂ© pour la scène politique libanaise, vise directement le parti chiite et ses alliĂ©s, accusĂ©s d’avoir prĂ©cipitĂ© le pays dans une spirale de guerres qui ne le concernaient pas.

« Ă€ tous les fauteurs de troubles : votre arsenal a-t-il seulement rĂ©ussi Ă  protĂ©ger le Liban ? », a lancĂ© le politicien chrĂ©tien. « Celui qui a compliquĂ© la situation du pays et l’a traĂ®nĂ© dans les ennuis ferait mieux de se taire. » Gemayel a ensuite Ă©grenĂ©, guerre après guerre, l’usage qu’il dit avoir Ă©tĂ© fait de cet arsenal : d’abord pour venir en aide Ă  Bachar el-Assad en Syrie, puis Ă  Yahya Sinouar Ă  Gaza, puis enfin Ă  Ali Khamenei et Ă  l’Iran lui-mĂŞme. « Trois guerres de soutien en dix ans, qui ont menĂ© Ă  l’occupation de 15% du territoire libanais et Ă  la mort de milliers de jeunes », a-t-il rĂ©sumĂ©.

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« Ils nous donnent des leçons de patriotisme »

Le ton est restĂ© tout aussi tranchant lorsque Gemayel a Ă©voquĂ© la posture actuelle du Hezbollah et de ses soutiens. « Maintenant, ils nous donnent des leçons de patriotisme », a-t-il ironisĂ©, avant de mettre en perspective ce qu’il prĂ©sente comme une victoire diplomatique arrachĂ©e malgrĂ© un rapport de force très dĂ©favorable. Selon lui, malgrĂ© tous les Ă©carts de puissance militaire entre les deux pays, le Liban a rĂ©ussi Ă  obtenir un engagement d’IsraĂ«l Ă  cesser la guerre sur le sol libanais — Ă  condition, prĂ©cise-t-il, que cessent Ă©galement les « guerres de soutien » et l’utilisation du territoire libanais pour des causes Ă©trangères aux intĂ©rĂŞts nationaux.

Le chef des Phalanges est allĂ© plus loin dans l’analyse des motivations du parti chiite et de ses alliĂ©s. Selon lui, leur objectif rĂ©el n’a rien de patriotique : il s’agit de prĂ©server l’arsenal pour que l’Iran puisse s’en servir Ă  des fins de dĂ©fense, le jour oĂą TĂ©hĂ©ran en aurait besoin. « Nous avons affaire Ă  des gens chez qui ce n’est pas ‘le Liban d’abord’, mais ‘l’Iran d’abord’ », a-t-il martelĂ©.

Un feuille de route claire, selon Gemayel

InterrogĂ© sur la suite des Ă©vĂ©nements, Samy Gemayel a dĂ©taillĂ© ce qu’il considère comme la seule voie possible pour le Liban Ă  ce stade : la mise en Ĺ“uvre intĂ©grale de l’accord conclu, avec une armĂ©e libanaise qui assume enfin sa part de responsabilitĂ© et applique le document signĂ©. Concrètement, cela signifie un retrait israĂ©lien des zones dites « pilotes », l’entrĂ©e de l’armĂ©e libanaise dans ces secteurs, une opĂ©ration de « nettoyage » de la rĂ©gion, et la dĂ©monstration, face Ă  la communautĂ© internationale, que le Liban honore ses engagements.

Le dĂ©putĂ© chrĂ©tien a Ă©galement soulignĂ© que les États-Unis, Ă  travers leur mĂ©diation, aspirent eux aussi Ă  voir cet accord-cadre appliquĂ©, et qu’il s’agit lĂ  d’une opportunitĂ© rĂ©elle pour le Liban de sortir de l’ornière. Il a conclu sur une note de dĂ©fi lancĂ©e Ă  ses adversaires politiques : « Que celui qui a une autre alternative la prĂ©sente. »

Un contexte de tensions croissantes Ă  Beyrouth

Cette sortie s’inscrit dans un climat politique libanais de plus en plus polarisĂ© autour de la question du dĂ©sarmement du Hezbollah, exigĂ© par une partie croissante de l’Ă©chiquier politique — chrĂ©tien, sunnite et druze notamment — mais fermement rejetĂ© par le parti chiite et ses soutiens. Le numĂ©ro deux du Hezbollah, NaĂŻm Qassem, avait lui-mĂŞme averti Ă  plusieurs reprises que son organisation n’avait aucunement l’intention de renoncer Ă  son arsenal, qualifiant les armes du mouvement de « son esprit, son honneur et l’avenir de ses enfants ».

CĂ´tĂ© israĂ©lien, le Premier ministre Benjamin Netanyahou avait confirmĂ© que le Liban avait multipliĂ© les prises de contact avec IsraĂ«l au cours des derniers mois pour ouvrir des nĂ©gociations directes, tout en prĂ©cisant que ces discussions restaient conditionnĂ©es Ă  deux exigences non nĂ©gociables : le dĂ©sarmement complet du Hezbollah, et un accord de paix durable. Reste Ă  savoir si les propos de Samy Gemayel suffiront Ă  faire bouger les lignes au sein d’une classe politique libanaise toujours prise entre la pression populaire pour la souverainetĂ© de l’État et le poids persistant du Hezbollah sur le terrain.