La bataille émotionnelle autour des jardins d’enfants du système éducatif ultra-orthodoxe approche d’un point culminant : dimanche, le gouvernement israélien doit approuver une nouvelle décision de financement des crèches privées de l’éducation harédi, présentée comme une nécessité destinée à éviter le licenciement de centaines d’éducatrices chevronnées. Mais derrière les déclarations des députés harédim se cache une autre réalité — celle d’associations rentables détenant des actifs considérables, de l’ordre de dizaines de millions de shekels en immobilier et en placements, et qui refusent de respecter des accords antérieurs conclus avec l’État concernant la déclaration des heures d’emploi, condition posée pour l’obtention du financement.
Ces dernières semaines, la pression publique s’est intensifiée du côté du système éducatif harédi pour parvenir à une solution permettant de verser des compléments de salaire aux éducatrices employées dans les crèches privées ultra-orthodoxes. Cent cinquante éducatrices du réseau des crèches de l’Agoudat Israël ont notamment adressé une lettre urgente aux députés harédim de la Knesset, affirmant risquer le licenciement et se retrouver à la rue après des dizaines d’années de service. Elles réclamaient par ailleurs d’être rémunérées selon leur ancienneté réelle, avec des compléments de salaire conformes à la réforme dite « Ofek Hadash » (Nouvel Horizon).
Le Trésor : les crèches craignent l’exposition d’irrégularités
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Un accord conclu il y a environ un an et demi entre le ministère des Finances et les réseaux de crèches harédim conditionne les compléments de salaire à une déclaration complète et effective des heures d’emploi réelles des éducatrices — une donnée qui permettrait de les financer selon leur ancienneté véritable plutôt que sur la base d’une moyenne globale. Or, malgré le temps écoulé depuis cet accord, les associations gérant les réseaux de crèches ne l’ont pas respecté. Selon des sources proches du ministère des Finances, à ce jour, moins de 30 % des éducatrices ont fait l’objet d’une déclaration d’heures d’emploi.
Le Trésor affirme que cette lenteur et ce caractère partiel des déclarations découlent d’une réticence des associations elles-mêmes à coopérer avec les contrôles, par crainte que des irrégularités de gestion ne soient mises au jour. À l’inverse, les associations ultra-orthodoxes affirment coopérer pleinement avec le processus de déclaration, et rejettent la responsabilité sur le ministère de l’Éducation, qu’elles accusent de lenteur et de dysfonctionnements empêchant le traitement des déclarations dans les délais — une situation qui fait craindre que le processus ne puisse être achevé avant la rentrée scolaire prochaine.
La caisse bien remplie des réseaux ultra-orthodoxes
Parmi les associations gérant les grands réseaux de crèches privées figurent le réseau Beit Yaakov, dirigé auparavant par le président de Yahadout HaTorah, le député Yitzhak Goldknopf, jusqu’à sa nomination au poste de ministre de la Construction et du Logement, et aujourd’hui géré par son fils ; le réseau Maayan HaHinoukh HaTorani (Bnei Yossef), fondé par le mouvement Shas ; et le réseau des crèches géré par le parti Agoudat Israël.
Alors que les réseaux se présentent eux-mêmes comme étant en détresse budgétaire, des données rassemblées par l’association Israël Hofshit, qui œuvre pour la transparence et la responsabilité au sein de l’éducation ultra-orthodoxe, dressent un tableau différent. Selon ces données, fondées sur les déclarations des associations au ministère de la Justice jusqu’en janvier 2025, les grands réseaux ont au contraire accumulé des bénéfices et des actifs considérables :
Le réseau de crèches de l’Agoudat Israël affiche un bénéfice annuel de 6,8 millions de shekels et des actifs liquides de 45,7 millions de shekels. Le réseau de crèches Beit Yaakov affiche un bénéfice annuel de 5,2 millions de shekels et des actifs liquides de 140 millions de shekels. Le réseau de crèches Maayan HaHinoukh HaTorani affiche un bénéfice annuel de 5,2 millions de shekels et des actifs liquides de 48 millions de shekels.
Au-delà de ces actifs liquides, qui incluent liquidités et placements, le réseau Beit Yaakov détient également un patrimoine immobilier considérable, évalué à environ 100 millions de shekels selon sa déclaration au ministère de la Justice pour l’année 2023.
« Ce sont des problèmes de riches », résume l’association Israël Hofshit pour décrire l’écart entre la présentation publique des réseaux et leurs données financières réelles. Du côté du ministère des Finances, on ajoute que le dispositif qui doit être soumis à l’approbation du gouvernement risque de créer une prime perverse, récompensant précisément les associations n’ayant pas respecté leur engagement initial de déclaration, au détriment de celles qui ont effectivement coopéré.
Les associations gérant les réseaux de crèches affirment de leur côté que se limiter à leur seul résultat net serait trompeur. Selon elles, ces associations gèrent toute une série d’activités, dont des centres de loisirs périscolaires (tsaharonim), qui leur permettent de rester rentables globalement, même si l’activité des crèches elles-mêmes serait déficitaire et nécessiterait le financement de l’État.






