DE BEN-GOURION À LA HAUTE SÉCURITÉ : Un historien inculpé d’espionnage en Israël

L’historien Artem Kirpichenok, citoyen russe et israélien, n’a pas eu le temps de récupérer ses bagages. Peu après avoir débarqué à l’aéroport international Ben-Gourion, il a été pris en charge par des agents du Shin Bet et placé en détention. Deux jours plus tard, selon la presse russe, l’historien était inculpé de plusieurs chefs d’espionnage. Le quotidien russe Izvestia rapporte qu’il est détenu dans l’aile de haute sécurité de la prison d’Ayalon. Le journal précise également qu’il s’est rendu plusieurs fois en Iran, dont un séjour de deux semaines à l’automne 2018. Parmi les charges retenues figure le contact avec des agents de renseignement étrangers.

Son avocat a indiqué la semaine dernière, dans un point sur la situation de son client, que l’acte d’accusation devait être lu au tribunal vendredi et que Kirpichenok resterait en prison, une demande de transfert en résidence surveillée ayant été rejetée. Tout en affirmant que « l’état d’Artem est satisfaisant », la défense a dénoncé avec force les conditions dans lesquelles il est conduit au tribunal.

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« Je n’ai jamais vu quelqu’un escorté ainsi »

« Ils le font marcher presque plié en deux, avec des entraves aux poignets et aux chevilles et un poids lourd attaché aux chaînes. En regardant Artem, je n’arrêtais pas de penser aux romans de Dostoïevski et à tout ce que la littérature russe du XIXe siècle a écrit sur les prisonniers envoyés au bagne », a déclaré l’avocat. « J’ai été profondément bouleversé, je ne vous le cacherai pas. En dix ans de pratique juridique et de travail dans les tribunaux, je n’ai jamais vu quelqu’un escorté ainsi. Même les personnes accusées de meurtre ne sont pas traitées de cette manière. C’est sans précédent. »

Nika Dubrovsky, coauteure d’un livre d’histoire avec Kirpichenok, a fustigé l’arrestation sur X, estimant qu’on pourrait « tout aussi bien l’accuser d’être en contact avec des extraterrestres ». « Des arrestations comme celle-ci ressemblent à des sacrifices humains : leur seul but est de souder la société autour d’un danger commun et de la haine d’un « ennemi » », a-t-elle ajouté.

Côté israélien, le parquet du district Centre a annoncé vendredi le dépôt d’un acte d’accusation devant le tribunal de district pour des infractions à la sécurité de l’État, assorti d’une demande de maintien en détention jusqu’à la fin de la procédure, selon Kan. L’affaire fait l’objet d’une interdiction de publication étendue, seuls quelques éléments de base ayant été autorisés : l’accusé a été interrogé dans le cadre d’une enquête conjointe du Shin Bet et de la police, et l’enquête a établi, d’après le parquet, qu’il avait été activé par des services de renseignement étrangers et impliqué dans des activités d’influence contre Israël.

Un ancien soldat de Tsahal devenu critique acharné d’Israël

Qui est Artem Kirpichenok ? D’après Ynet, l’homme de 51 ans est né à Saint-Pétersbourg, a immigré en Israël dans les années 1990, a servi dans Tsahal et obtenu son diplôme à l’Université hébraïque de Jérusalem avant de repartir en Russie vers 2005, après une quinzaine d’années dans le pays. Là-bas, il s’est fait connaître comme historien et publiciste avec une ligne ouvertement critique envers Israël et le sionisme. Parmi ses livres figurent une « Histoire populaire d’Israël » et un ouvrage intitulé « Israël : la voie vers la catastrophe ».

Son avocate en Russie, Inna Levedinskaya-Katz, citée par Izvestia et reprise par Ynet, explique qu’il est « accusé de plusieurs chefs d’espionnage dont le contenu ne peut être publié », qu’elle qualifie de « l’infraction la plus grave qui touche à la sécurité de l’État ». Elle affirme que son client se plaint d’avoir subi des privations de sommeil, une cellule éclairée en permanence et des interrogatoires sous pression et menaces. Sa famille, elle, parle d’« accusations mensongères » et assure que le dossier ne comporte « aucun élément arabe », tout en admettant qu’il est soupçonné d’avoir été en contact avec un agent d’Iran ou du Liban.

Selon la presse israélienne, Kirpichenok était arrivé d’Arménie pour participer à un colloque universitaire. Ses soutiens en Russie, qui ont lancé une pétition adressée aux consulats israéliens de Moscou et de Saint-Pétersbourg, affirment que cette invitation était un piège. Une ancienne députée russe, Daria Mitina, a exprimé la crainte qu’il devienne une monnaie d’échange entre Israël et la Russie. Ses proches soulignent qu’il était revenu en Israël plusieurs fois après son voyage en Iran sans jamais être inquiété. Cette fois, le Shin Bet l’attendait à la passerelle.

Le dossier s’ajoute à la longue série d’affaires d’espionnage au profit de l’Iran mises au jour ces deux dernières années. Relisez notre article sur le réseau démantelé autour d’un couple de Raanana : https://infos-israel.news/reseau-despionnage-iranien-en-israel-arrestation-dun-couple-de-raanana-et-de-trois-autres-agents-presumes/ et sur les rapatriés d’Azerbaïdjan arrêtés pour espionnage : https://infos-israel.news/archives/339850