Il y a exactement un an, en mai 2025, la Slovénie était l’un des pays les plus hostiles à Israël sur le continent européen. Son gouvernement venait de reconnaître officiellement l’État palestinien. Dans les mois suivants, Ljubljana avait franchi un pas supplémentaire, inédit en Europe : interdire formellement l’importation de produits issus des implantations juives de Judée-Samarie, et suspendre tout commerce d’armement avec Israël. Première nation européenne à prendre de telles mesures à titre officiel. La Slovénie rejoignait ainsi le club des trois États membres de l’Union européenne considérés comme les plus hostiles à l’État hébreu, aux côtés de l’Espagne et de l’Irlande. La chaîne de télévision publique slovène avait même, la semaine dernière encore, boycotté l’Eurovision en raison de la participation israélienne, consacrant ces jours de compétition à une semaine de diffusion intitulée « Voix de Palestine ».
Et pourtant, le tableau est en train de se retourner — radicalement.
Le gouvernement de gauche qui incarnait cette ligne hostile vient de tomber aux élections. Celui qui a été chargé de former la nouvelle coalition s’appelle Janez Janša. Ce conservateur est bien connu des cercles pro-israéliens : il est un ami déclaré d’Israël, et plus précisément un ami personnel de Yossi Dagan, le chef du Conseil régional de Samarie. Les deux hommes s’étaient rencontrés lors d’une visite de Janša en Israël, il y a plus d’un an. Depuis, ils entretiennent un contact régulier.
Dans les semaines récentes, à mesure que les négociations de coalition avançaient à Ljubljana, les deux hommes se sont retrouvés en tête-à-tête dans la capitale slovène — une réunion discrète, « sous le radar », mais dont l’existence a été confirmée. À l’issue de cette rencontre, ils ont enregistré ensemble une courte vidéo officielle. Dans ce message, le futur Premier ministre slovène s’adresse directement aux habitants de Judée-Samarie : « J’envoie mes salutations aux résidents de Judée et Samarie. Je vous souhaite tout le bien, une vie heureuse, la paix et la prospérité. » Yossi Dagan a conclu la vidéo en soulignant l’enjeu stratégique de cette amitié naissante : « Nous prions pour ton succès, car ton succès est le succès de toute l’Europe. Je te promets que nous nous tenons ensemble, et nous vaincrons ensemble. »
Ce virage slovène intervient à un moment particulièrement critique pour Israël sur la scène européenne. Viktor Orbán, Premier ministre de Hongrie et bouclier traditionnel d’Israël au sein des institutions de l’Union européenne, vient de perdre les élections. Budapest n’est donc plus en mesure d’exercer son veto contre les décisions hostiles à Israël. Ce vide s’est déjà fait sentir : une résolution imposant des sanctions à des entités et organisations de Judée-Samarie a récemment été adoptée au niveau européen — une décision qui avait systématiquement été bloquée jusqu’ici par le veto hongrois.
C’est dans ce contexte que le profil du nouveau Premier ministre slovène prend toute sa dimension stratégique. Si la Slovénie assume le rôle d’opposition pro-israélienne au sein de l’Union européenne — celui-là même que jouait la Hongrie d’Orbán — elle peut contribuer à bloquer ou à tempérer les décisions les plus pénalisantes pour Israël, notamment celles concernant les implantations et les sanctions économiques. Pour les habitants de Judée-Samarie en particulier, dont les exportations et les relations commerciales avec l’Europe ont été directement visées par les politiques du gouvernement sortant, ce changement de cap à Ljubljana n’est pas symbolique : il est concret et immédiat.
L’histoire politique de l’Union européenne est faite de ces basculements inattendus. Un seul État membre, en exerçant son droit de veto au bon moment, peut bloquer des mois de pression diplomatique. La Slovénie, petit pays de deux millions d’habitants coincé entre l’Italie, l’Autriche, la Hongrie et la Croatie, est en passe de devenir un acteur clé dans la géopolitique européenne autour du conflit israélo-palestinien — non pas par sa taille, mais par la position de son nouveau chef de gouvernement.
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