Des vétérans de l’armée américaine expliquent à quoi ressembleront les opérations à Gaza

À quoi ressemblera une opération terrestre à Gaza ? Quelles sont les forces et les faiblesses de Tsahal dans les prochains combats urbains intenses de l’armée ?

Les auteurs du livre « Comprendre le combat urbain » ont rĂ©pondu Ă  ces questions et Ă  d’autres dans une interview avec CNN . Il s’agit du colonel Laem Collins et du major Spencer de l’armĂ©e amĂ©ricaine. Tous deux sont des vĂ©tĂ©rans des guerres en Afghanistan et en Irak et possèdent une vaste expĂ©rience des combats urbains.

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Ni l’un ni l’autre ne pense que Tsahal soit bien prĂ©parĂ© pour une guerre dans une grande ville comme Gaza. Ce type d’opĂ©ration pourrait prendre plusieurs mois car, selon eux, une armĂ©e modernisĂ©e comme l’armĂ©e israĂ©lienne perd beaucoup de ses avantages dans les zones urbaines. « Le principal problème est que l’armĂ©e israĂ©lienne ne sait pas comment mener une opĂ©ration rapide et efficace dans une grande ville. Mais franchement, aucune armĂ©e, y compris l’armĂ©e amĂ©ricaine, n’est prĂ©parĂ©e ou Ă©quipĂ©e pour ce type de bataille », dĂ©clare Spencer. 

« Si vous allez en Israël, vous ne trouverez pas de grand centre d’entraînement pour ce type de combats. Il y a quelque chose là-bas, mais pas à l’échelle de ce qui va se produire à Gaza. Israël est très efficace dans la lutte contre le terrorisme à Jérusalem, mais cela ne s’applique pas aux opérations à grande échelle de ce type », fait écho Collins.

Les experts estiment que l’opĂ©ration Ă  Gaza prendra plusieurs mois. L’armĂ©e israĂ©lienne perd un avantage aussi important que la capacitĂ© de frapper avant de s’approcher de l’ennemi. Tsahal y perdra Ă©galement la possibilitĂ© d’effectuer des « manĹ“uvres combinĂ©es », c’est-Ă -dire de contourner l’ennemi et de l’encercler. Ceci est impossible dans les zones urbaines.

Dans la ville, l’ennemi a de nombreuses possibilitĂ©s de se cacher et de ne pas se faire remarquer par les reconnaissances terrestres ou aĂ©riennes des drones. À Gaza, c’est encore plus dangereux en raison des tunnels Ă  travers lesquels l’ennemi manĹ“uvrera. Le Hamas pourra courir d’immeuble en immeuble, brisant les murs entre les maisons. Il sera difficile de les dĂ©truire lĂ -bas, car il peut y avoir un autre bâtiment ou un autre groupe de civils entre vous et eux. 

Dans un tel environnement, affirment les deux experts, les bombes et les missiles sont moins efficaces. Ils citent comme exemple une situation oĂą, dans une campagne afghane, une bombe de 220 kilogrammes a Ă©tĂ© larguĂ©e sur un bâtiment dans lequel se retranchaient les talibans. Tout le monde Ă©tait sĂ»r qu’il n’y avait aucun survivant. Mais plusieurs talibans ont survĂ©cu et ont tirĂ© sur les AmĂ©ricains au lance-grenades. Les bâtiments en bĂ©ton sont d’une grande aide pour les dĂ©fenseurs.

Le Hamas jouera pour gagner du temps, car le temps est son allié : la pression sur Israël va augmenter en raison des inévitables pertes civiles. « Leur objectif n’est pas de détruire Tsahal. Ils ne peuvent pas le faire. L’objectif est de gagner du temps », disent les experts. 

Tous deux considèrent que le principal avantage de Tsahal réside dans l’utilisation de grands bulldozers militaires. Ils n’ont pas peur des attaques au RPG et peuvent détruire les bâtiments sur lesquels compte le Hamas. « C’est l’une des solutions les plus simples que Tsahal peut utiliser et que l’armée américaine, par exemple, ne possède pas. »

Un autre avantage que Tsahal tentera d’exploiter est la capacité de mener des combats de nuit. 

Comment les Israéliens peuvent-ils combattre dans les tunnels ? Les experts estiment que les gaz lacrymogènes sont le moyen le plus efficace pour chasser les terroristes des tunnels, mais Tsahal ne les utilisera pas : « Israël utilise des gaz, à quoi ça ressemble ? 

Les auteurs du livre sur les batailles urbaines les qualifient unanimement d’« Ă©ponge des troupes » – dans le sens oĂą les batailles urbaines dĂ©vorent les forces de l’armĂ©e qui prend la ville. MĂŞme pour prendre une rue, il faut parfois abattre tout un bataillon, soit environ 900 soldats. Ils rappellent que l’ArmĂ©e rouge a perdu un bataillon de soldats pour chaque rue de Berlin. « Dans les zones ouvertes, pour attaquer, il faut avoir une supĂ©rioritĂ© triple en termes d’effectifs, et dans les zones urbaines, l’histoire montre qu’il faut avoir 15 soldats par soldat ennemi. »

Ă€ titre de comparaison, les auteurs du livre citent la bataille de Mossoul, au cours de laquelle les militants de l’EI ont passĂ© deux ans Ă  crĂ©er des fortifications et des infrastructures militaires. Il a fallu 9 mois Ă  l’armĂ©e irakienne (qui, bien sĂ»r, ne peut ĂŞtre comparĂ©e Ă  l’armĂ©e israĂ©lienne), avec le soutien aĂ©rien de l’US Air Force, pour prendre la ville bâtiment par bâtiment et la dĂ©truire presque complètement.

Selon eux, l’opération à Gaza sera à peu près la même. La ville sera détruite à 80-90% et le restera pendant toute une génération.