DEUX TĂŠTES VALENT MIEUX QU’UNE ?! – Par RONY AKRICH

 

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Quand les scoops se font rares pour les chaĂ®nes d’information, il devient urgent de trouver un sujet dĂ©tonnant avant l’heure ultime. Notre journaliste dĂ©niche l’affaire du siècle et part interviewer les parents d’un enfant porteur d’une malformation congĂ©nitale : celui-ci a deux tĂŞtes et un unique corps.

Les images diffusées, le soir même, par la télévision et Internet montrent un être humain au physique parfait, si ce n’est ces deux têtes, l’une penchant vers la droite et l’autre vers la gauche.

Des anomalies gĂ©nĂ©tiques se produisent de façon alĂ©atoire dans toute la CrĂ©ation, certaines personnes naissent avec des orteils ou des doigts supplĂ©mentaires, mais des bizarreries d’un tel ordre engendrent toujours l’intĂ©rĂŞt et la curiositĂ©. D’oĂą le statut de cĂ©lĂ©britĂ© actuelle de cet enfant et de ses parents, interrogĂ©s rĂ©gulièrement par l’ensemble des mĂ©dias internationaux.

Il y a là une grande leçon de morale mêlée à ces doubles têtes. Chacun a pleinement conscience de la complexité de l’homme à une tête : un visage, un crâne, un cerveau des plus sophistiqué. Néanmoins tout y est, là, dans une seule et même pièce, pourtant il se pourrait bien que deux têtes soient plus avantageuses qu’une seule, ce qui d’ailleurs nous permettrait sans doute deux fois plus de confusion.

D’un autre cĂ´tĂ©, trop de tout serait source d’embarras et de cacophonie. Nos sages nous ont prĂ©venu «Deux voix qui s’Ă©lèvent en mĂŞme temps ne peuvent pas ĂŞtre clairement entendues.»

 

Le pluralisme est devenu un mot d’ordre contemporain tant en politique qu’en religion, une norme fondamentale du comportement humain et social.

«Pas de souci, nous avons tous raison puisque chacun de nous a ses propres raisons».

MalgrĂ© tout, au plus profond de nos cĹ“urs et dans l’Ă©vidence de nos consciences nous restons lucides, il ne s’agit certainement pas du meilleur des remèdes Ă  nos maux personnels et sociaux.

Nous ne pouvons ĂŞtre tous d’accord et toutes les idĂ©es et toutes les politiques ne sont pas Ă©clairĂ©es, appropriĂ©es et gĂ©nĂ©reuses.

Il y a beaucoup trop de bruit et de confusion dans le monde aujourd’hui.

Chaque personne ayant une idée extravagante se voit accorder temps d’antenne et audience dans les médias et si jamais cette personne, l’organisation ou l’idée se révèle plus réfléchie, elle ne peut trouver place et devient soudainement obsolète. En vérité, nous sommes témoins d’un phénomène intéressant, les prisonniers du système se verrouillent eux-mêmes chaque jour un peu plus.

De nouvelles formes de religions dorĂ©navant plus fondamentalistes, de nouveaux cultes idolâtres, des pacifistes hypocritement humanitaires et de nouvelles philosophies pour une Histoire post-moderne abondent et bĂ©nĂ©ficient d’une attention sĂ©rieuse.

Ils sont tous dans le vent avec leur seconde tête qui bat la mesure, rassurés ou non de pouvoir faire face à ces interminables nouvelles explosions de dissonances.

 

L’état d’Israël, comme son peuple, ne fait pas exception. Il se met en danger à force de douter et de tirer un peu dans tous les sens.

Son pluralisme exacerbé lui nuit plus qu’il ne le promeut tant dans les affaires internes qu’en politique étrangère.

Non, chaque idéologie n’est pas digne de publication, ni tous les extrémismes non-conformistes, ou iconoclastes, dignes de respect et de considération.

Nous n’avons qu’une tĂŞte aux idĂ©es multiples et cela suffit gĂ©nĂ©ralement pour toutes les urgences et la vie quotidienne.

Il fut un temps, «passé», oĂą la corruption, l’infidĂ©litĂ© et le vice forçaient tout individu Ă  se retirer de la vie publique, Ă©crasĂ© et morfondu par le poids de la honte. Aujourd’hui, au vu et su de la pluralitĂ© maladive, on comprend, on accepte, on excuse et l’on dĂ©fend au nom du droit de… Tellement blasĂ©s par toutes les idĂ©es, les dĂ©sordres et les boniments du «festivus» politique, culturel, mĂ©diatique et autres, nos masses populaires souffrent d’apathie et d’impuissance, elles semblent Ă  peine se soucier de leur propre devenir.

Quant aux médias, ils entretiennent ce triste état en recherchant uniquement le sensationnel et l’inouï et en bombardant le public de théories contradictoires.

 

La plupart des images et des infos faussent la route des pauvres bougres, offrant soit du rêve, soit une réalité univoque, franchement dangereuse et traîtresse. D’aucun n’y trouverait le temps d’entendre, ni même de comprendre la totalité des fadaises exponentielles débitées au quotidien par un nombre incommensurable d’esclaves «titrés».

Ici, nos deux têtes sont carrément insuffisantes!

L’avancée technologique serait-elle disponible pour tous les bruits sociaux, politiques, culturels et cultuels qui nous enferment?

L’agression auditive et visuelle devient insupportable, elle empĂŞche la raison du cĹ“ur mais aussi le cĹ“ur raisonnable de s’entendre avec lui-mĂŞme. L’inconsistance des masses et le sentiment de pessimisme qui les imprègne sont consĂ©quents de cet Ă©norme pluriel si souvent confondu dans l’immoral. Il serait trop dommageable d’octroyer au public un tant soit peu d’intelligence et de rĂ©flexion oĂą tout ne serait pas si bon, si bien, si beau, si vrai.

Laissons-lui le garder toute sa tĂŞte!

Par Rony Akrich pour Alyaexpress-News