Dans le cadre de ce qu’ils appellent la « vague 86 de l’opération Promesse Vraie 4 », les Gardiens de la Révolution islamique ont lancé des missiles en direction d’Israël avec une inscription pour le moins surprenante : « En vengeance pour toutes les souffrances de Jésus-Christ. » Une formulation qui, pour quiconque possède une connaissance minimale de la théologie islamique, constitue soit une flatterie éhontée adressée à l’Occident chrétien, soit une tromperie délibérée — et vraisemblablement les deux à la fois.
Ce que le Coran dit réellement sur la crucifixion
Il n’est pas nécessaire d’être spécialiste de l’islam pour savoir que cette inscription contredit frontalement l’un des principes les plus clairs et les plus unanimement acceptés du Coran. La sourate An-Nisa (4:157-158) est explicite, sans ambiguïté, et connue de tout musulman instruit, qu’il soit sunnite, chiite, soufi ou ibadite :
« Et à cause de leur parole : ‘Nous avons tué le Christ, Jésus fils de Marie, le Messager d’Allah.’ Or, ils ne l’ont ni tué ni crucifié — mais ce n’était qu’une apparence. Ceux qui ont disputé à ce sujet sont certes dans le doute. Ils n’en ont aucune connaissance — ils ne font que suivre des conjectures. Et ils ne l’ont certainement pas tué. Mais Allah l’a élevé vers Lui. Allah est Puissant et Sage. »
Le message coranique ne souffre d’aucune interprétation divergente sur ce point : Jésus n’a pas été crucifié, n’a pas souffert sur la croix, n’est pas mort de cette manière. Allah l’a élevé vivant vers Lui. Invoquer « les souffrances de Jésus-Christ » comme justification d’une frappe militaire, c’est donc non seulement emprunter à une narrative évangélique que l’islam rejette doctrinalement, mais c’est aussi trahir, au sens propre du terme, le texte sacré au nom duquel la République islamique prétend gouverner et agir.
Un message fabriqué pour une audience occidentale
La cible de cette inscription n’est pas le monde musulman — aucun croyant, aucun clerc, aucun théologien islamique ne pourrait avaliser une telle formulation sans se renier. La cible, clairement, c’est l’opinion publique occidentale et chrétienne. Les Gardiens de la Révolution cherchent à se présenter, le temps d’un missile, comme les défenseurs de Jésus, les vengeurs des souffrances du Christ, les protecteurs d’une religion qu’ils ne partagent pas et dont leur propre livre saint nie l’événement fondateur — la Passion et la Résurrection.
L’opération est grossière, mais elle révèle une intention stratégique réelle : exploiter toute fissure possible dans la cohésion de soutien à Israël en Occident, y compris en tentant de mobiliser les sensibilités chrétiennes. Les Iraniens font, pour reprendre l’expression hébraïque utilisée dans la source, du « tir politique dans toutes les directions » — ils cherchent à toucher simultanément plusieurs audiences avec des messages contradictoires, quitte à se contredire eux-mêmes doctrinalement.
L’incident du Patriarche comme détonateur
Cette tentative de récupération christologique n’est pas née du néant. Les Gardiens de la Révolution semblent vouloir capitaliser sur un incident impliquant le Patriarche — survenu récemment en Israël — pour donner à leur frappe une apparence de solidarité avec les chrétiens d’Orient et d’Occident. L’idée est d’insérer leur action militaire dans un récit de défense des minorités chrétiennes et des lieux saints, un récit qui pourrait résonner différemment en Europe ou en Amérique latine que les justifications habituelles fondées sur la solidarité avec Gaza ou la résistance à « l’entité sioniste ».
C’est une manœuvre de communication qui témoigne d’une réelle sophistication dans la lecture des fractures occidentales — et d’un cynisme tout aussi réel, puisqu’elle utilise une religion comme instrument tactique tout en la contredisant théologiquement.
La contradiction au cœur du régime
Il y a quelque chose de profondément révélateur dans cette inscription. Un régime qui fonde sa légitimité sur l’islam, sur la wilayat al-faqih, sur la primauté de la loi coranique dans tous les domaines de la vie publique et privée, inscrit sur ses missiles une justification empruntée à la théologie chrétienne que le Coran lui-même réfute explicitement. C’est une auto-contradiction que n’importe quel étudiant en théologie islamique pourrait identifier en trente secondes.
Ce paradoxe dit quelque chose d’important sur l’état actuel du régime iranien : sous la pression militaire, économique et politique qu’il subit, il est prêt à sacrifier sa cohérence doctrinale sur l’autel de la communication de guerre. Les missiles portent des slogans, et ces slogans sont désormais déconnectés de toute vérité théologique — preuve, peut-être, que la guerre de l’image est devenue aussi importante, aux yeux de Téhéran, que la guerre des trajectoires balistiques.
Tirer dans toutes les directions : le signe d’un régime sous pression
En définitive, ce que révèle cette inscription sur les missiles iraniens, c’est moins une stratégie cohérente qu’un régime qui improvise sa communication sous la contrainte. Vouloir mobiliser simultanément les musulmans au nom du djihad, les chrétiens au nom des souffrances du Christ, et l’opinion mondiale au nom d’un incident diplomatique local — c’est le signe d’un acteur qui a perdu la maîtrise de son récit et qui tente de compenser par la multiplication des angles d’attaque.
Mais quand les angles se contredisent — quand le missile chiite invoque une théologie que le chiisme rejette — le tir politique rate sa cible, et ce sont les contradictions internes du régime qui apparaissent au grand jour.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
© 2025 – Tous droits réservés
Publicité & Partenariats – Infos-Israel.News
📢Voir nos formats & tarifs publicitaires📢






