Il était homme du Likoud depuis des années. Il dirigeait la section locale du parti à Beit She’an, servait comme conseiller municipal, incarnait une droite de périphérie fidèle à Netanyahu. Ce dimanche, Rafi Ben Shitrit — ancien maire de Beit She’an et l’un des fondateurs du « Conseil d’Octobre » — a annoncé son adhésion au parti Israël Beitenou d’Avigdor Lieberman. Un passage qui, venant de lui, dépasse largement le simple mouvement partisan.
Qui est Rafi Ben Shitrit, et pourquoi ce nom compte
Rafi Ben Shitrit n’est pas un politique professionnel en quête de mieux-disant électoral. C’est le père d’Elroï Ben Shitrit z »l, héros d’Israël, combattant de l’unité de collecte de combat 414, basée à Nahal Oz. Elroï est tombé au combat lors du massacre du 7 octobre, pendant la bataille pour le poste de Nahal Oz. Son nom est gravé dans la mémoire nationale de cette journée.
C’est à partir de cette perte — et de la conviction que des responsables n’ont pas été tenus pour compte — que Rafi Ben Shitrit a co-fondé le « Conseil d’Octobre », l’une des voix les plus constantes et les plus déterminées à réclamer la création d’une commission d’enquête d’État sur les événements du 7 octobre. Ce n’est pas un homme qui rejoint Lieberman par calcul de carrière. C’est un père qui a choisi un camp politique en fonction d’une seule boussole : la vérité sur ce qui s’est passé ce jour-là, et la responsabilité de ceux qui ont failli.
Ses mots : un diagnostic de la société israélienne
La déclaration de Ben Shitrit au moment de son adhésion est dense et mérite d’être lue dans son intégralité. Il dit rejoindre Israël Beitenou « précisément maintenant, quand la mosaïque israélienne se fragmente, quand les atteintes aux valeurs étatiques s’intensifient, et face aux défaillances sécuritaires. » Trois diagnostics en une phrase : fragmentation sociale, érosion des valeurs institutionnelles, et l’ombre toujours présente du 7 octobre.
Il détaille ensuite ce qu’il est venu chercher : « un sionisme fort, avec un regard tourné vers la périphérie, une véritable égalité dans le fardeau du service, la création d’une commission d’enquête d’État sur les événements du 7/10, et un Israël juif-démocratique sans compromis. » Et il conclut avec une formule tranchante : « Seul Lieberman mettra de l’ordre ici. »
Le signal politique : un homme de Likoud qui part pour de vraies raisons
Il y a une dimension symbolique forte dans le fait qu’un ancien pilier local du Likoud — quelqu’un qui a servi le parti pendant des années dans une ville de la périphérie israélienne, loin de Tel Aviv et de ses cercles politiques — choisisse de partir. Et pas vers le centre, pas vers un parti nouvellement créé, mais vers Lieberman, dont le positionnement est depuis longtemps celui d’une droite laïque, sioniste, hostile aux compromis avec les partis ultra-orthodoxes et aux exemptions militaires.
Le fait que Ben Shitrit soit un fondateur du « Conseil d’Octobre » donne à ce ralliement une résonance particulière dans la communauté des familles endeuillées et des rescapés du 7 octobre. Ces familles constituent l’un des groupes de pression les plus puissants de la société israélienne actuelle — pas parce qu’ils ont des moyens financiers ou une machine partisane, mais parce qu’ils ont une légitimité morale que personne ne peut contester. Quand l’un d’eux choisit un camp politique, cela envoie un signal que les sondeurs et les stratèges lisent attentivement.
La périphérie, le fardeau, la vérité : les trois piliers d’un engagement
Ben Shitrit mentionne explicitement « un regard tourné vers la périphérie. » Beit She’an n’est pas Tel Aviv. C’est une ville du nord, à majorité séfarade, historiquement Likoud, qui a payé un prix disproportionné lors du 7 octobre et qui continue de vivre sous la menace directe depuis le nord. La périphérie israélienne — Galilée, Néguev, villes de développement — a fourni une part écrasante des soldats tombés depuis le 7 octobre, tout en voyant l’État financer massivement des communautés qui refusent de servir.
Ce couplage — périphérie sacrifiée, centre ultra-orthodoxe subventionné — est au cœur de la rupture que Ben Shitrit incarne. En choisissant Lieberman, il choisit le parti qui a fait de l’égalité du fardeau militaire son combat le plus identitaire, et qui représente une base électorale largement composée d’Israéliens d’origine soviétique installés dans ces mêmes villes de périphérie.
Un mouvement qui arrive au bon moment pour Lieberman
Pour Avigdor Lieberman, ce ralliement est un cadeau politique. Récupérer un ancien cadre du Likoud, père d’un héros national du 7 octobre, fondateur d’une structure citoyenne respectée, qui formule son choix en termes de valeurs et non de calcul — c’est exactement le type de profil qui donne de la substance à un parti et de la crédibilité à son positionnement. Dans un paysage politique israélien en recomposition, où les lignes bougent rapidement, chaque signal de ce genre compte.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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