EnquĂŞte de Tsahal : Aner Shapira z »l a continuĂ© Ă  repousser des grenades dans l’abri blindĂ© mĂŞme après que sa main a Ă©tĂ© amputĂ©e

Il y a des histoires que l’on croit connaĂ®tre, et puis une enquĂŞte arrive, ajoute un dĂ©tail, et tout bascule. L’histoire d’Aner Shapira, sergent-chef de la brigade Nahal, Ă©tait dĂ©jĂ  entrĂ©e dans la mĂ©moire collective israĂ©lienne comme l’un des actes de bravoure les plus foudroyants du 7 octobre. Elle vient de prendre une dimension supplĂ©mentaire, presque insoutenable : selon les conclusions d’une enquĂŞte interne de Tsahal rĂ©vĂ©lĂ©es par sa mère, Aner Shapira a continuĂ© Ă  repousser des grenades hors de l’abri blindĂ© après que sa main avait Ă©tĂ© arrachĂ©e par l’impact d’un RPG.

Ce dĂ©tail n’Ă©tait pas connu jusqu’Ă  prĂ©sent. Il l’est maintenant.

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Aner Shapira n’Ă©tait pas en service ce matin du 7 octobre. Il Ă©tait venu au festival Nova — rave de musique Ă©lectronique organisĂ© près du kibboutz Reim, dans le NĂ©guev — comme simple festivalier, pour danser, pour vivre. Quand les premières rafales ont retenti Ă  l’aube et que des dizaines de jeunes ont pris la fuite en panique, Shapira a fait le choix inverse : entrer dans un abri de fortune, un migun — abri blindĂ© routier — situĂ© le long de la route 232, et ne plus en bouger. Pas pour se cacher. Pour protĂ©ger.

Selon les tĂ©moignages des survivants recueillis depuis, il a Ă©tĂ© le dernier Ă  entrer dans l’abri. Ă€ l’intĂ©rieur, c’Ă©tait le chaos — des jeunes en Ă©tat de choc, terrorisĂ©s, sans aucune formation militaire, sans armes. Shapira s’est prĂ©sentĂ© : « Je m’appelle Aner, je suis combattant de la Sayeret Nahal. Ne vous inquiĂ©tez pas, nous sommes près de la base de Reim, l’armĂ©e va arriver. » Il a tentĂ© de les joindre par radio. Il a essayĂ© de contenir la panique. Il a ramassĂ© un tesson de bouteille — le seul objet Ă  disposition — comme outil improvisĂ©.

Puis les grenades ont commencé à pleuvoir.

Les terroristes du Hamas les jetaient une Ă  une dans l’abri. Shapira les a repoussĂ©es, encore et encore. Selon les tĂ©moignages, il en a Ă©cartĂ© au moins sept avant que la huitième lui explose dans la main. Son père MoshĂ© avait rapportĂ© très tĂ´t après le 7 octobre que la famille avait appris les faits par les survivants eux-mĂŞmes. L’une des premières personnes Ă  les appeler avait dit : « Aner nous a gĂ©rĂ©s tout au long de l’Ă©vĂ©nement, c’est grâce Ă  lui que nous sommes en vie. » D’autres appels ont suivi, tous avec la mĂŞme histoire, les mĂŞmes mots.

Ce que l’enquĂŞte de Tsahal rĂ©vèle aujourd’hui va plus loin encore. Après la blessure au RPG qui lui a sectionnĂ© la main, Shapira n’a pas cessĂ©. Il a continuĂ©. Un homme avec une main arrachĂ©e, sous feu, dans un espace confinĂ© rempli de civils terrorisĂ©s — et il a continuĂ© Ă  repousser les grenades. Ce n’est plus de la bravoure au sens ordinaire du terme. C’est quelque chose qui n’a pas de nom courant dans nos catĂ©gories habituelles.

Aner Shapira avait 22 ans. Musicien autant que soldat, il avait laissĂ© derrière lui des dizaines de chansons qu’il avait Ă©crites et composĂ©es. Son album posthume, sorti après sa mort, comprend dix titres hip-hop qui parlent de violence faite aux femmes, de l’Ă©tat du pays, de deuil — et au cĹ“ur de tout cela, d’amour. Sa famille et ses proches dĂ©crivent un homme dont les qualitĂ©s qui ont Ă©clatĂ© dans ses derniers instants — sang-froid, sens des responsabilitĂ©s, leadership, souci de l’autre — n’Ă©taient pas des rĂ©flexes d’urgence. C’Ă©tait qui il Ă©tait, chaque jour.

Son ami proche Hersh Goldberg-Polin Ă©tait avec lui ce matin-lĂ  dans l’abri. Hersh a Ă©tĂ© emmenĂ© en otage Ă  Gaza, avec Eliya Cohen et Or Levy. Son nom aussi est gravĂ© dans la mĂ©moire du 7 octobre.

Les conclusions de cette enquĂŞte de Tsahal arrivent Ă  la veille du 78e Yom Haatsmaout. Ce n’est peut-ĂŞtre pas un hasard que ce rĂ©cit refasse surface maintenant, Ă  ce moment prĂ©cis du calendrier israĂ©lien, entre Yom Hazikaron — le jour du souvenir des soldats tombĂ©s — et la fĂŞte de l’indĂ©pendance. IsraĂ«l cĂ©lèbre sa survie. Aner Shapira en est, pour toujours, l’un des visages.


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