Le décisionnaire séfarade lance une attaque virulente : « Il est interdit de les compter pour le Minyan »

Dans le paysage religieux et halakhique israĂ©lien, les paroles d’un dĂ©cisionnaire de haut rang ne sont jamais de simples opinions, mais des dĂ©crets porteurs d’un poids social et spirituel immense. Le Rav Avraham Yossef, fils du regrettĂ© Rav Ovadia Yossef et figure centrale du monde de la Torah, a provoquĂ© une onde de choc sans prĂ©cĂ©dent cette semaine. Lors de son intervention hebdomadaire, il s’en est pris avec une violence verbale rare Ă  l’institution judiciaire israĂ©lienne, remettant en cause la lĂ©gitimitĂ© mĂŞme de ceux qui la servent, y compris les magistrats observant les commandements.

Le mot-clĂ© qui dĂ©finit cette sortie mĂ©diatique est l’attaque. Il ne s’agissait pas d’une critique juridique sur un dossier spĂ©cifique, mais d’une offensive idĂ©ologique globale contre le système. Le Rav Yossef a qualifiĂ© l’appareil judiciaire de « honte et dĂ©shonneur pour toute personne intelligente », affirmant que ses membres agissent par pur opportunisme politique. En utilisant des termes particulièrement crus, il a dĂ©crit les juges comme des « individus vides et impĂ©tueux ». Pour ce sage sĂ©farade, la situation actuelle dĂ©passe les clivages politiques habituels entre droite et gauche ; elle relève d’une dĂ©rive morale si profonde qu’elle attriste quiconque possède un minimum de discernement.

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Le Rav Yossef ne s’est pas contentĂ© de mots mĂ©prisants ; il a appelĂ© la communautĂ© religieuse Ă  une rupture totale. Selon lui, il est impĂ©ratif d’ignorer purement et simplement l’existence de ce système. « Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour suivre la voie de la Torah, les ignorer comme s’ils n’existaient pas, et mĂŞme ne pas parler d’eux », a-t-il martelĂ©. Cette volontĂ© d’invisibiliser l’institution judiciaire s’accompagne d’un souhait fervent pour le rĂ©tablissement d’une justice hĂ©braĂŻque authentique, citant la prière traditionnelle demandant au CrĂ©ateur de « restaurer nos juges comme autrefois ». Cette posture marque une volontĂ© claire de bâtir une autonomie spirituelle et sociale, se dĂ©tachant des institutions Ă©tatiques perçues comme hostiles aux valeurs de la Torah.

L’aspect le plus saillant et le plus polĂ©mique de son discours concerne cependant les juges « porteurs de kippa ». Pour le Rav Avraham Yossef, l’apparence religieuse de certains magistrats est un leurre dangereux. Il a fermement mis en garde son auditoire contre l’illusion que ces hommes seraient des « gens de bien » simplement parce qu’ils affichent une piĂ©tĂ© extĂ©rieure. Au contraire, il considère leur participation au système judiciaire civil comme une trahison fondamentale. Dans sa vision, un juif religieux qui rend la justice selon des lois humaines et non selon la Loi de MoĂŻse commet un acte de rĂ©bellion spirituelle.

C’est ici que l’attaque atteint son paroxysme avec une sentence halakhique d’une sĂ©vĂ©ritĂ© extrĂŞme : le Rav a dĂ©crĂ©tĂ© qu’il est « interdit de les compter pour le Minyan ». Dans le monde orthodoxe, exclure quelqu’un du quorum nĂ©cessaire Ă  la prière publique est l’une des formes d’excommunication les plus violentes. Cela signifie que, pour le Rav Yossef, ces juges ont perdu leur statut de membres dignes de la communautĂ© lors des offices. Il justifie cette dĂ©cision en les qualifiant de « mĂ©crĂ©ants » et de personnes qui « lèvent la main contre la Torah de MoĂŻse ». En demandant Ă  ses fidèles de les Ă©carter et de ne pas encourager leur existence sociale, il trace une ligne rouge infranchissable entre le monde de la Torah et celui de la magistrature israĂ©lienne.

Cette dĂ©claration intervient dans un climat de tensions extrĂŞmes en IsraĂ«l, oĂą le rĂ´le de la Cour suprĂŞme et des tribunaux est au cĹ“ur de dĂ©bats nationaux dĂ©chirants. Cependant, l’intervention du Rav Yosef dĂ©place le dĂ©bat du terrain politique vers le terrain thĂ©ologique et communautaire. En traitant les juges de « vides et impĂ©tueux » et en les excluant de la vie synagogale, il radicalise le discours religieux face Ă  l’État. C’est un appel Ă  une forme de dissidence spirituelle, oĂą la loi du pays n’a plus aucune autoritĂ© morale aux yeux des fidèles qui suivent son enseignement.

L’impact de telles paroles sur la cohĂ©sion sociale, notamment au sein des villes Ă  forte population religieuse, pourrait ĂŞtre considĂ©rable. En dĂ©lĂ©gitimant ainsi les acteurs du droit, le Rav Avraham Yosef renforce un fossĂ© qui semble chaque jour plus difficile Ă  combler. Sa volontĂ© de voir la justice hĂ©braĂŻque reprendre ses droits sur la justice civile n’est pas seulement un vĹ“u pieux, mais une directive opĂ©rationnelle donnĂ©e Ă  ses disciples pour qu’ils se dĂ©tournent des structures de l’État souverain au profit d’un système normatif exclusivement religieux.

Pour approfondir les enjeux de ce conflit entre droit et religion, consultez nos analyses sur infos-israel.news :


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