Entre silence pesant et fêtes discrètes — le monde arabe recalcule sa trajectoire

Le Moyen-Orient arabe ressemblait cette nuit à un champ magnétique qui aurait perdu son pôle. La nouvelle de l’élimination d’Ali Khamenei dans le cadre de l’opération Shaagat HaAri n’a pas été reçue comme un simple événement militaire. Elle a traversé la région comme un séisme tectonique, redessinant en quelques heures les équilibres qui structuraient la géopolitique régionale depuis une génération.


Riyadh et Abou Dhabi : le soulagement derrière la condamnation

Dans les capitales du Golfe, les réactions ont été les plus complexes à décrypter. En façade, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont rapidement publié des déclarations de condamnation — non pas contre Israël ou les États-Unis, mais contre l’Iran. Les frappes iraniennes qui ont touché leurs bases et leurs voies maritimes dans la matinée leur ont offert ce que les diplomates appellent une « échelle en or » : ils n’avaient pas à justifier l’offensive contre Téhéran, il leur suffisait de défendre leur souveraineté face à « l’agression iranienne effrénée ».

En coulisses, les rapports qui filtrent des palais royaux parlent d’un soulagement immense. Pour Riyadh et Abou Dhabi, Khamenei incarnait la menace existentielle par excellence. L’affaiblissement radical de ce qu’ils désignaient comme « la tête du serpent » ouvre pour eux la perspective d’une ère de domination régionale débarrassée du spectre de la menace nucléaire chiite.


Al-Jazeera contre Al-Arabiya : la guerre des récits

La fracture du monde arabe s’est reflétée avec une clarté saisissante sur les écrans de télévision. Al-Jazeera, la chaîne qatarie, a adopté un ton sombre, mettant l’accent sur « l’agression sionisto-américaine » et les risques pour la stabilité régionale. Al-Arabiya, la chaîne saoudienne, empruntait quant à elle un registre radicalement différent : ses commentateurs débattaient déjà de « l’après-Khamenei », diffusant des images des frappes sur les Gardiens de la Révolution et soulignant l’ampleur de la défaillance des renseignements iraniens.

Deux chaînes, deux visions du même événement. Le monde arabe ne parle pas d’une seule voix ce soir, et cette dissonance dit tout sur la profondeur des lignes de fracture qui traversent la région.


L’axe de la résistance : stupeur, silence et menaces impuissantes

À Beyrouth, Sanaa et Bagdad, l’atmosphère est celle d’un deuil mêlé d’une rage sans prise. Le Hezbollah, qui vient de perdre son principal parrain spirituel et financier, est décrit comme en état de choc interne. Les discours belliqueux sur une « guerre totale » continuent de résonner sur toutes les tribunes, mais sur le terrain, la rupture de la chaîne de commandement à Téhéran rend très difficile toute coordination d’une opération d’envergure. La population libanaise, épuisée par des années de crises en cascade, observe avec une anxiété croissante : le rugissement du lion atteindra-t-il les banlieues sud de Beyrouth ?


Jordanie et Égypte : amortir le choc

La Jordanie et l’Égypte, voisines directes d’Israël, jouent cette nuit un rôle d’amortisseurs. Le roi Abdallah a clairement signifié que l’espace aérien jordanien n’était pas une zone de non-droit, après que des intercepteurs ont neutralisé missiles et drones au-dessus du territoire du royaume. Le Caire, de son côté, tient les yeux rivés sur le canal de Suez. Pour les Égyptiens, la chute du régime iranien représente un avantage stratégique indéniable — mais le chaos militaire qui y mène menace directement leur économie déjà fragile, dépendante en partie des revenus du canal et du tourisme.


Ce que tout le monde attend : la rue iranienne

Plus que toute réaction officielle, c’est le peuple iranien que le monde arabe observe en ce moment. Le message de Netanyahu — « Help has arrived » — a résonné sur toutes les chaînes d’information arabes. Si cette nuit devait s’achever par une chute du régime sous la pression du peuple iranien lui-même, le monde arabe se retrouverait dans une réalité entièrement nouvelle : celle où le « croissant chiite » — ce projet religieux et politique porté par Khamenei pendant des décennies — se serait dissous en une seule nuit de feu et d’acier.

Le pôle a disparu. Le champ magnétique cherche encore sa nouvelle orientation.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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