Le chiffre vertigineux : la moitié du monde hait-elle les Juifs ?

À l’occasion de la JournĂ©e internationale de la mĂ©moire de la Shoah, la commission de l’Aliyah, de l’IntĂ©gration et de la Diaspora de la Knesset a tenu une rĂ©union d’urgence aprĂšs la publication de donnĂ©es jugĂ©es alarmantes par la Anti-Defamation League. Le constat dressĂ© pour l’annĂ©e 2025 est brutal : 20 Juifs ont Ă©tĂ© assassinĂ©s dans le monde pour des motifs antisĂ©mites, dont 15 lors de l’attentat de Sydney pendant Hanoucca, et 46 % de la population adulte mondiale exprimerait aujourd’hui des attitudes antijuives.

Selon le rapport prĂ©sentĂ©, ce chiffre — proche d’un adulte sur deux — marque un seuil historique, traduisant une banalisation et une normalisation de la haine des Juifs Ă  l’échelle planĂ©taire. Pour les reprĂ©sentants de l’ADL, il ne s’agit plus de phĂ©nomĂšnes marginaux, mais d’un courant idĂ©ologique massif, transversal aux continents, aux cultures et aux gĂ©nĂ©rations.

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Une critique politique frontale

Le prĂ©sident de la commission, le dĂ©putĂ© Gilad Kariv, a formulĂ© une critique sĂ©vĂšre Ă  l’encontre de la politique Ă©trangĂšre israĂ©lienne. Selon lui, le gouvernement israĂ©lien fait preuve d’une « indulgence inquiĂ©tante » envers des rĂ©gimes et des mouvements qui se disent pro-israĂ©liens tout en Ă©tant fondamentalement antisĂ©mites.
« Partout oĂč le nationalisme ethnique et le racisme progressent, l’antisĂ©mitisme progresse aussi », a-t-il averti, appelant Ă  rompre avec toute coopĂ©ration opportuniste avec des forces extrĂ©mistes.

La jeunesse juive en premiĂšre ligne

Les donnĂ©es concernant les jeunes sont particuliĂšrement prĂ©occupantes. Aux États-Unis, 2024 a enregistrĂ© un record absolu de 9 354 incidents antisĂ©mites, et la situation sur les campus universitaires est dĂ©crite comme critique.
Selon l’ADL, 83 % des Ă©tudiants juifs ont subi ou Ă©tĂ© tĂ©moins d’actes antisĂ©mites ŚžŚŚ– le 7 octobre, et 81 % dĂ©clarent dissimuler leur identitĂ© sioniste par crainte de reprĂ©sailles.

La directrice gĂ©nĂ©rale de l’ADL, Carole Nuriel, a rĂ©sumĂ© la situation sans dĂ©tour :
« ŚžŚŚ– le 7 octobre, nous faisons face Ă  une vague sombre et massive d’antisĂ©mitisme. Le nombre de Juifs assassinĂ©s en 2025 n’est pas un accident, c’est un symptĂŽme. »

Mémoire de la Shoah sous pression

Le dĂ©bat a Ă©galement portĂ© sur le rĂŽle d’IsraĂ«l en tant que prĂ©sident de l’International Holocaust Remembrance Alliance, un mandat qui s’achĂšvera en mars 2026. Si le ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres souligne que cette prĂ©sidence a renforcĂ© la position d’IsraĂ«l dans la lutte internationale contre l’antisĂ©mitisme, des voix se sont Ă©levĂ©es pour alerter sur des dĂ©rives inquiĂ©tantes.

Un reprĂ©sentant de Yad Vashem a mis en garde contre une réécriture de l’histoire : des confĂ©rences internationales sur la Shoah sont organisĂ©es sans Juifs, et sans rĂ©cit du peuple juif. « La Shoah est universalisĂ©e jusqu’à en perdre ses victimes rĂ©elles », a-t-il averti.

L’ombre nouvelle de l’intelligence artificielle

Enfin, un danger Ă©mergent a occupĂ© une place centrale : l’antisĂ©mitisme alimentĂ© par l’intelligence artificielle.
Le vice-prĂ©sident de l’ADL, Oren Segal, a soulignĂ© que les outils d’IA sont dĂ©jĂ  utilisĂ©s pour produire, amplifier et diffuser des contenus haineux Ă  une Ă©chelle inĂ©dite — mais qu’ils pourraient aussi devenir des instruments de lutte, Ă  condition d’ĂȘtre encadrĂ©s.

« Nous devons nous demander ce que signifie vraiment “Plus jamais ça” Ă  l’ùre technologique », a-t-il dĂ©clarĂ©. « Les intelligences artificielles doivent connaĂźtre, comprendre et respecter l’histoire du peuple juif — sinon elles deviendront des multiplicateurs de haine. »

Une alerte civilisationnelle

Au-delĂ  des chiffres, le message qui ressort de cette session est clair : l’antisĂ©mitisme n’est plus un problĂšme du passĂ©, ni mĂȘme un problĂšme juif — c’est un indicateur de fracture mondiale.
Quand prĂšs de la moitiĂ© de l’humanitĂ© adhĂšre Ă  des stĂ©rĂ©otypes antijuifs, c’est l’ordre moral international lui-mĂȘme qui vacille.