Grâce au bracelet de ma mère, j’ai Ă©tĂ© exposĂ© Ă  quelque chose qui m’avait Ă©tĂ© cachĂ© toutes ces annĂ©es »

Connaissez-vous les histoires des YĂ©mĂ©nites qui ont immigrĂ© en IsraĂ«l, et avant mĂŞme de montrer dans l’avion au YĂ©men, on leur a demandĂ© de jeter leurs bijoux pour « ne pas alourdir l’avion » ? Nemocha Cohen connaĂ®t les histoires douloureuses que ses parents ont subis et ont Ă©tĂ© tĂ©moins de ces cas de près.

Rekha a entendu parler de ces histoires dans son enfance, mais n’y attachait pas beaucoup d’importance. « Bien que j’aie grandi Ă  Rosh Ha’Ain, dans une famille yĂ©mĂ©nite profondĂ©ment enracinĂ©e », note-t-elle,  » j’ai Ă©pousĂ© un mari ashkĂ©naze et je suis devenue très Ă©loignĂ©e de la culture yĂ©mĂ©nite de mes parents ».

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Au fil des ans, Restah est devenue patriotique et conservatrice en IsraĂ«l et Ă  l’Ă©tranger, et elle est aussi très active dans le domaine social, mais ne s’est pas du tout occupĂ©e de la question yĂ©mĂ©nite. L’hĂ©ritage Ă©tait un bracelet spĂ©cial et très rare qu’elle a reçu de sa mère, avant son dĂ©cès, et cela l’a exposĂ©e Ă  un monde entier dont elle n’Ă©tait pas au courant, et il semble mĂŞme qu’il y avait quelqu’un qu’elle ne connaissait pas dans l’histoire de son immigration en IsraĂ«l.

Le secret du bracelet

« Avant que ma mère ne dĂ©cède, elle a dĂ©cidĂ© de partager son hĂ©ritage entre nous », et ce fut  le dĂ©but de l’histoire qui a secouĂ© sa vie. « J’ai reçu d’elle un bracelet yĂ©mĂ©nite, en argent. Ă€ cette occasion, j’ai demandĂ© Ă  ma mère de m’en parler, qui l’avait fabriquĂ© et d’oĂą il venait. Cette conversation m’a ouvert une fenĂŞtre sur tout un monde de la culture yĂ©mĂ©nite. Enfant et adolescent, je n’avais pas du tout envisagĂ© cela. Malheureusement, ma mère est dĂ©cĂ©dĂ©e avant qu’elle ne puisse me le rĂ©vĂ©ler. Il y avait des histoires fascinantes, mais le peu qu’elle a dit a suffi pour que je comprenne que je devais continuer Ă  rechercher sur le sujet, et en entendant de plus en plus sur ce sujet. »

Rekha a lu de nombreux livres sur le sujet et a Ă©galement parlĂ© Ă  de nombreuses femmes qui vivaient au YĂ©men. « Il s’avère que la valeur des bijoux pour les femmes yĂ©mĂ©nites Ă©tait bien au-delĂ  de ce que l’on peut supposer », note-t-elle, « puisque les bijoux reprĂ©sentaient leur statut social et Ă©conomique, ils faisaient Ă©galement partie de la dot de la mariĂ©e et Ă©taient une condition prĂ©alable pour le mariage. La vĂ©ritĂ© est que la veille de mon mariage, ma mère a insistĂ© pour m’emmener chez un bijoutier yĂ©mĂ©nite Shimon Saleh, pour m’acheter un ensemble de bijoux yĂ©mĂ©nites. Je ne comprenais pas du tout pourquoi j’en avais besoin, et je ne les ai gardĂ©s que parce que je les ai reçus de ma mère. Aujourd’hui je comprends qu’il Ă©tait très important pour elle que la tradition soit prĂ©servĂ©e. Maintenant que je m’intĂ©resse au domaine, j’ai l’impression que la boucle est vraiment bouclĂ©e avec ma mère « .

Mais qu’y avait-il de si spĂ©cial dans les bijoux au YĂ©men ?

« Au YĂ©men, il Ă©tait courant pour les femmes de porter des bijoux dès leur naissance », explique Remocha. « Nous parlons de bijoux qui ont Ă©tĂ© offerts en cadeau par des hommes – Ă  une femme mariĂ©e par son mari et Ă  une fille ou une fille par son père. Selon les bijoux, il Ă©tait possible de connaĂ®tre le statut de chaque femme, quand au fil des ans des bijoux supplĂ©mentaires ont Ă©tĂ© ajoutĂ©s qui ont Ă©tĂ© donnĂ©s Ă  diffĂ©rentes occasions.  Il y avait des bijoux qui ont Ă©tĂ© donnĂ©s en l’honneur de certains Ă©vĂ©nements, comme quand la fille a grandi, quand elle s’est fiancĂ©e, et bien sĂ»r avant le mariage, dans le cadre de la dot. Lorsque la femme est devenue veuve, les bijoux ont diminuĂ©, car elle devait subvenir Ă  ses besoins et devait de toute façon en vendre une partie.

Crédit : Anvil ProductionsCrédit : Anvil Productions

A quel âge ont-ils reçu le premier bijou au Yémen ?

« GĂ©nĂ©ralement Ă  l’âge de 0 ans, lors de l’accouchement », explique Remocha, « ma sĹ“ur aĂ®nĂ©e est nĂ©e deux jours avant qu’elle n’immigre en IsraĂ«l, et vous pouvez dĂ©jĂ  voir sur les photos qu’elle a un bijou en argent sur son ‘gargush’ – sa petite coiffe. »

Elle note Ă©galement qu’en plus des bijoux habituels en semaine, les femmes yĂ©mĂ©nites avaient des bijoux spĂ©ciaux pour les occasions heureuses, ainsi que des bijoux de Shabbat. « Ce qui Ă©tait spĂ©cial avec les bijoux de Shabbat, c’est qu’ils Ă©taient cousus dans les vĂŞtements, de sorte qu’il n’y aurait aucun problème Ă  les ‘porter ‘ le Shabbat selon la Halacha », prĂ©cise-t-elle. « En effet, Ă  chaque Ă©tape de la vie, le père offrait un bijou Ă  ses filles, le but Ă©tant d’assurer leur avenir et leur existence, car une fois l’homme dĂ©cĂ©dĂ©, il ne resterait plus Ă  la femme que les bijoux et Ă  travers eux, elle se nomme elle-mĂŞme. »

Crédit : Anvil ProductionsCrédit : Anvil Productions

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Injustice impardonnable

Elle souligne que plus elle s’occupait de la question, plus elle commençait Ă  comprendre l’ampleur de l’injustice faite aux rĂ©fugiĂ©s yĂ©mĂ©nites lorsqu’ils ont immigrĂ© en IsraĂ«l. « Cela a commencĂ© avec les autoritĂ©s yĂ©mĂ©nites qui s’assuraient que les femmes laissaient les bijoux derrière elles. On nous a toujours dit que les bijoux avaient Ă©tĂ© pris aux femmes avant qu’elles ne montent dans l’avion, mais je n’ai jamais compris l’ampleur de la violation. Ces bijoux donnaient un  statut Ă  ces femmes, les souvenirs de son mari ont Ă©tĂ© enlevĂ©s Ă  la femme. Et la possibilitĂ© Ă©conomique de subvenir Ă  ses besoins a Ă©tĂ© Ă©clipsĂ©e. Ces femmes sont arrivĂ©es dans un nouveau pays, alors qu’elles Ă©taient dĂ©munies et n’avaient aucun moyen de gagner leur vie sans aucune source de revenu. »
Crédit : Anvil ProductionsCrédit : Anvil Productions

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De plus, Nemocha prĂ©tend qu’une grande injustice a Ă©galement Ă©tĂ© commise du cĂ´tĂ© israĂ©lien envers les orfèvres du YĂ©men. Parce que lorsqu’ils vivaient au YĂ©men, ils Ă©taient considĂ©rĂ©s comme très respectĂ©s et comme des leaders de l’opinion publique, et lorsqu’ils sont arrivĂ©s en IsraĂ«l, il n’y avait personne pour leur accorder le respect qu’ils mĂ©ritaient. « Par exemple, il y avait le cĂ©lèbre orfèvre Shlomo Araki, que le roi yĂ©mĂ©nite lui-mĂŞme a empĂŞchĂ© de quitter le YĂ©men, car il affirmait qu’il devait d’abord former des orfèvres islamiques pour continuer l’art de l’orfèvrerie. Araki Ă©tait aussi celui qui produisait l’argent pour le roi lui-mĂŞme, et c’est lui qui frappait les pièces au YĂ©men. Il avait un statut très Ă©levĂ©, et quand il est arrivĂ© en IsraĂ«l et s’est tournĂ© vers « Bezalel », il n’y avait personne pour reconnaĂ®tre ses capacitĂ©s et ils l’ont fait apprenti . Cela a conduit au fait qu’il a Ă©vitĂ© de s’engager dans l’orfèvrerie en IsraĂ«l et s’est engagĂ© dans l’agriculture. Nous avons tous perdu son travail d’orfèvre spĂ©cial.

La comprĂ©hension de l’hĂ©ritage qui a Ă©tĂ© prise aux YĂ©mĂ©nites est celle qui a fait ressortir le reste ces jours-ci dans une exposition qui sera prĂ©sentĂ©e Ă  la « Tribal Art Gallery » de la rue Baali Al-Malaka Ă  Tel Aviv. « Dans l’exposition, je ne prĂ©sente pas les bijoux en eux-mĂŞmes », souligne-t-elle, « mais des tableaux dans lesquels je les ai dessinĂ©s. Je n’ai intentionnellement peint qu’une partie de chaque bijou, pour montrer son imperfection, pour illustrer tout ce qui a Ă©tĂ© pris de notre part. »CrĂ©dit : Anvil ProductionsCrĂ©dit : Anvil Productions

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Et d’oĂą viennent les bijoux que vous avez dessinĂ©s ?

« J’Ă©tais principalement basĂ© sur une grande collection de bijoux d’un collectionneur yĂ©mĂ©nite qui prĂ©fère ne pas ĂŞtre nommĂ©. De plus, j’ai rĂ©ussi Ă  retrouver l’orfèvre qui a attachĂ© les bijoux Ă  ma mère, j’ai retrouvĂ© sa fille et elle a coopĂ©rĂ© et m’a permis de dĂ©couvrir d’autres bijoux qu’il a fait. Personnellement, j’ai l’intention de porter certains des bijoux Ă  l’ouverture de l’exposition, pour permettre aux gens d’ĂŞtre impressionnĂ©s, et aussi parce qu’Ă  force d’ĂŞtre impliquĂ© dans le domaine, je suis aussi devenu connectĂ© Ă  la culture yĂ©mĂ©nite et je ressens un grand lien avec elle, comme je ne l’ai jamais ressenti auparavant. »