Habemus amaleck – Par Crisstov Koisha

 

Sans trop savoir, ni pourquoi, ni comment, je me trouvais aux derniers rangs d’une Ă©glise. Beaucoup d’images reprĂ©sentant des scènes champĂŞtres et bucoliques ornaient les murs froids de ce lieu de « culte ».
Ces tableaux montraient un homme portant une croix en « sac Ă  dos ». Je songeais qu’il devait ĂŞtre difficile de se mouvoir avec un tel bagage.

« Mangez, ceci est mon corps »
Parmi ces nombreuses reprĂ©sentations picturales, il y avait aussi beaucoup de sculptures de cet homme crucifiĂ©. Écoutant le maĂ®tre de cĂ©rĂ©monie, j’eus la dĂ©sagrĂ©able sensation que le Christ Ă©tait en fait Ă©levĂ© au niveau du divin. En regardant cette croix, je ne pus m’empĂŞcher d’imaginer qu’elle reprĂ©sentait une Ă©pĂ©e plantĂ©e sur le sol, celui se trouvant si près de nos pieds. Le curĂ© devait avoir la soixantaine, son discours s’Ă©maillait de psalmodie. Le message Ă©tait tout Ă  la fois redondant, niais et doctrinal….

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« Mangez, ceci est mon corps »
Peut-ĂŞtre Ă©tait-ce la disgrâce de ce lieu mais d’un coup, mon esprit s’envola.

La transsubstantiation Ă©tablie par le concile du Latran 4 au XIIème siècle allait permettre lors de l’eucharistie de consommer (symboliquement) la chair du Christ. En ce temps-lĂ , l’Ă©glise catholique avait un pouvoir considĂ©rable sur le peuple.
Cette anthropophagie psychanalytique fut le point de dĂ©part d’un syndrome collectif qui eut pour funeste consĂ©quence de structurer l’antisĂ©mitisme.
En effet, dès le XIIIème, les pogroms, surtout en Europe du nord, s’intensifient. C’est aussi le point de dĂ©part de cette rumeur nous attribuant la paternitĂ© de meurtres rituels… Tout se passe comme si l’indigestion occasionnĂ©e par ce cannibalisme provoquait un tel trouble, qu’il faille trouver des responsables: et qui mieux que nous, nous qui avons tuĂ© leur Christ…

Remontant des limbes de ce rĂŞve vĂ©nĂ©neux, je repris conscience. Mon radio-rĂ©veil venait de se dĂ©clencher. Le cĹ“ur battant, immobile dans mon lit, j’entendais de ma radio :
« Aujourd’hui le pape François vient de reconnaĂ®tre la Palestine. »

« Ceci est mon sang, buvez-le »